Cet article de Jacques Molénat a été publié dans l'hebdomadaire "L'Évènement Du Jeudi" du 6 au 12 août 1998, dans la rubrique "société"
Les héritiers de Louis Lazare Zamenhof tiennent leur 83ème congrès à Montpellier. Renaissance d'un rêve
Le rêve universaliste rebondit cette semaine à Montpellier. Dans cette ville un brin cosmopolite, 3 000 accros de l'espéranto venus de 65 pays tiennent depuis dimanche leur 83e congrès mondial. Ils représentent l'avant-garde des 2 à 3,5 millions d'habitants de cette planète qui parient sur la langue universelle pour mener vers une mondialisation heureuse.
L'idée a germé à la fin du xix siècle à Bialystok, une petite ville polonaise, proche de la Lituanie, qui vivait sous la botte tsariste. Un chaudron multiculturel. Un jour, le docteur Louis Lazare Zamenhof, un médecin du cru, n'a plus supporté de voir sur le marché des bagarres éclater à tout propos parce qu'un mot mal prononcé dans une langue était volontiers reçu comme une injure. Cet homme, qui parlait le polonais, le russe, le yiddish, l'allemand, décida d'élaborer une langue simple et accessible à tous.
7 500 mots d'usage courant bâtis à partir de 700 racines communes aux langues européennes, des règles de dérivation limpides, pas de contrainte grammaticale, des sonorités évoquant l'italien: l'espéranto était né.
A la différence d'autres préceptes de langue universelle - l'interlingua, l'ido, le novial - restés de simples constructions intellectuelles, la grande chance de l'espéranto est d'avoir été adopté par d'actives minorités jusqu'au Japon, au Vietnam et en Chine. Et d'avoir rallié d'éminents personnages: Léon Toistoï, Jules Verne, Louis Lumière, Pierre Desproges, Jean-Paul II, lequel rate rarement l'occasion de glisser quelques mots en langue espérantiste dans ses messages de Pâques ou du nouvel an.
Les fans de l'espéranto aiment se regrouper par affinités: postiers, enseignants, rotariens, automobilistes, catholiques, athées, homosexuels ont tous leur association espérantiste. Tout ce petit monde adore se retrouver et échanger. En voyage, un espérantiste ne se séparera jamais ni de son Jar Libro, qui recense les associations espérantistes de 80 pays, ni de son Pasporta servo, qui lui donne la liste des espérantophones acceptant de recevoir chez eux d'autres espérantophones.
Le docteur Yvette Vierne, médecin biologiste, aujourd'hui à la retraite, s'est initiée à l'espéranto à l'âge de 18 ans dans un club d'Alès. Elle n'a cessé de parcourir l'Europe, la Chine, le Japon, l'Amérique latine, l'Afrique. Aujourd'hui, elle reçoit chez elle des espérantistes de tous les pays. Son enthousiasme est intact: «L'espéranto m'a ouvert le monde.»
JACQUES MOLENAT
PARLEZ-VOUS ESPÉRANTO?
Je vois la belle fleur: Mi vidas la belan floron.
Je vais: mi iras.
Tu
vas: ci iras.
Il va:li iras.
Nous allons: ni iras.
Vous allez: : vi
iras.
Ils vont: ili iras.
N'OUBLIEZ PAS LE DICO ET LA GRAMMAIRE
7 500 mots d'usage courant formés à partir de 700 racines
communes aux langues européennes sont à la base de la Langue espérantiste.
La
grammaire est fondée sur 16 règles (aucune exception). L'espéranto
ne comporte aucun verbe irrégulier. Douze terminaisons expriment le présent,
le passé et le futur.
QUAND LES ESPÉRANTISTES PARLENT AUX PÉKINOIS