L'équipe de Tuniscom, vient de recevoir de Paris:

Un article de presse qui parle du père de la Tunisie,  Bourguiba, à notre sens a permis la libération de la Tunisie; que naguère, les grands du  monde, d'alors, appelaient.

"le Combattant suprême".

L'article est signé par Patrick Girard de l'hebdomadaire " Evénement Du Jeudi,
"
EDJ " du 23 au 29juillet 1998 "

 

La Tunisie vit sans lui, il survit...

Habib Bourguiba
Onze ans  de solitude

Dépossédé du pouvoir depuis 1987, le " combattant suprême " mène une vie

Courant mai 1998, l'ancien Président tunisien, Habib Bourguiba, aurait été brièvement hospitalisé à Tunis avant de regagner sa résidence de Monastir. De quoi alimenter, dans les chancelleries occidentales, quelques interrogations. En cas de décès, qui représenterait les différents pays concernés aux obsèques nationales du père de l'indépendance tunisienne ? La question n'est pas, n'est plus d'actualité. Elle le redeviendra. Rien d'étonnant à ce que l'on ait oublié l'ex président à vie, déposé le 7 novembre 1987   par son ministre de l'Intérieur, Zine el-Abidine Ben Ali  après que sept médecins l'eurent jugé hors d'état de remplir ses fonctions. Victime de plusieurs crises cardiaques à partir de 1967, atteint deux ans plus tard d'une hépatite virale, souffrant de psychose maniaco-dépressive et de la maladie de Parkinson, le fondateur du Néo-Destour avait effectué de fréquents séjours à l'étranger pour y recevoir des soins. Mais ses brusques accès de colère, ses " absences " lors des conseils des ministres et le rôle disproportionné joué par certains membres de son entourage, en particulier sa nièce Saïda Sassi, faisaient jaser.
Pis, Il régnait alors sur l'ancienne Régence un angoissant climat de fin de règne qui faisait voir l'avenir sous les pires auspices. A l'époque, c'était la Tunisie,  et non l'Algérie, qui paraissait devoir basculer selon un scénario à l'iranienne, l'ayatollah Khomeyni local étant l'inquiétant Rached Ghannouchi, fondateur du MTI (mouvement de la Tendance islamiste, devenu plus tard Ennahda). Autant dire que, en réalisant sans verser une goutte de sang la destitution du Combattant suprême, Ben Ali put,  en novembre 1987, bénéficier d'un quasi-consensus tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de son pays.
Restait à opérer la " débourguibisation " de la Tunisie, tâche peu aisée. La fonte des glaces prit un an ... C'est en effet en octobre 1988 que la gigantesque statue équestre de Bourguiba trônant place d'Afrique, à l'entrée de Tunis, fut déboulonnée. Dans la foulée, on transforma les avenues Habib Bourguiba en avenues du 7 novembre. Bien avant ce premier anniversaire, les portraits de Ben Ali avaient déjà pris la place de ceux du Combattant suprême et, dés le 15 novembre 1987, l'on avait changé l'hymne national.
Rayé de la mémoire collective, Bourguiba avait, dés le 10 novembre 1987, quitté le palais de Carthage pour une villa de Mornag, avec sa nièce, son médecin, son dentiste et quelques domestiques. L'atmosphère tourna vite à une    sorte de huit clos infernal caractérisé par la dégradation des relations entre Bourguiba et sa nièce qui, murmurait-on, pré férait désormais la prison à la vie avec son illustre parent.
En octobre 1988, l'ancien Président fut transféré à Monastir. Débarrassé de son encombrante nièce, Bourguiba fut hébergé dans l'ancienne villa du gouverneur, entourée d'un vaste jardin. Principales activités : Le repos, des repas légers, la télévision, la lecture de la presse française et de biographes de dirigeants révolutionnaires français (Mirabeau, Robespierre) ainsi que la récitation de poètes français du XIXe siècle ( Vigny, Hugo) dont l'ancien président connaît par cœur des centaines de vers.
Son premier contact avec le monde extérieur depuis sa déposition sera sa rencontre, le 14 mars 1989, avec Marie-Claire Mendès France, veuve de l'ancien président du Conseil, principal artisan, côté français, de l'accession de la Tunisie à l'indépendance. Quelques semaines après, le 2 avril 1989, on vit Bourguiba effectuer sa première sortie en public pour aller déposer dans l'urne un bulletin lors de l'élection du nouveau - et seul candidat - président de la République Ben Ali. Une séance largement diffusée en raison de la déclaration faite par l'ancien chef d'Etat : "  Je vote pour Ben Ali, mon fils. "
Signe du caractère irréversible de la " débourguibisation ", le Combattant suprême fut officiellement reçu le 13 mai 1990 au palais de Carthage par son successeur, qui lui annonça qu'il était " désormais libre de ses mouvements ". A l'époque, les mauvaises langues prétendirent que les premiers mots de Bourguiba, furent : "  Bon, ça va, je suis guéri, je peux reprendre le travail ! " En fait, Bourguiba resta cloîtré à Monastir. Mais les visites de ses proches furent facilitées.
Les portes de la villa de Monastir s'entrouvrirent une seule fois pour la presse le 4 novembre 1991. Quelques journalistes purent s'entretenir avec l'ancien chef d'Etat. Il fut question essentiellement  de la guerre du Golfe, de l'intransigeance israélienne sur la question palestinienne et de quelques épisodes de la vie du leader déchu. Depuis cette date, Bourguiba n'a plus eu de contact avec le monde extérieur, à l'exception de la visite que lui rendit, le 13 mai 1993, le Président Ben Ali, venu lui déclarer : " Vous êtes notre Père ". Un père orphelin de ses enfants ...
                                                                                                     Patrick Girard

" EDJ " du 23 au 29juillet 1998


à lire et faire relire...

 

2eme copie de l'article

L'article est signé par Patrick Girard de l'hebdomadaire " Evénement Du Jeudi,
" EDJ " du 23 au 29juillet 1998 "

La Tunisie vit sans lui, il survit...

Habib Bourguiba
Onze ans  de solitude

Dépossédé du pouvoir depuis 1987, le " combattant suprême " mène une vie

Courant mai 1998, l'ancien Président tunisien, Habib Bourguiba, aurait été brièvement hospitalisé à Tunis avant de regagner sa résidence de Monastir. De quoi alimenter, dans les chancelleries occidentales, quelques interrogations. En cas de décès, qui représenterait les différents pays concernés aux obsèques nationales du père de l'indépendance tunisienne ? La question n'est pas, n'est plus d'actualité. Elle le redeviendra. Rien d'étonnant à ce que l'on ait oublié l'ex président à vie, déposé le 7 novembre 1987  par son ministre de l'Intérieur, Zine el-Abidine Ben Ali   après que sept médecins l'eurent jugé hors d'état de remplir ses fonctions. Victime de plusieurs crises cardiaques à partir de 1967, atteint deux ans plus tard d'une hépatite virale, souffrant de psychose maniaco-dépressive et de la maladie de Parkinson, le fondateur du Néo-Destour avait effectué de fréquents séjours à l'étranger pour y recevoir des soins. Mais ses brusques accès de colère, ses " absences " lors des conseils des ministres et le rôle disproportionné joué par certains membres de son entourage, en particulier sa nièce Saïda Sassi, faisaient jaser.
Pis, Il régnait alors sur l'ancienne Régence un angoissant climat de fin de règne qui faisait voir l'avenir sous les pires auspices. A l'époque, c'était la Tunisie,  et non l'Algérie, qui paraissait devoir basculer selon un scénario à l'iranienne, l'ayatollah Khomeyni local étant l'inquiétant Rached Ghannouchi, fondateur du MTI (mouvement de la Tendance islamiste, devenu plus tard Ennahda). Autant dire que, en réalisant sans verser une goutte de sang la destitution du Combattant suprême, Ben Ali put,  en novembre 1987, bénéficier d'un quasi-consensus tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de son pays.
Restait à opérer la " débourguibisation " de la Tunisie, tâche peu aisée. La fonte des glaces prit un an ... C'est en effet en octobre 1988 que la gigantesque statue équestre de Bourguiba trônant place d'Afrique, à l'entrée de Tunis, fut déboulonnée. Dans la foulée, on transforma les avenues Habib Bourguiba en avenues du 7 novembre. Bien avant ce premier anniversaire, les portraits de Ben Ali avaient déjà pris la place de ceux du Combattant suprême et, dés le 15 novembre 1987, l'on avait changé l'hymne national.
Rayé de la mémoire collective, Bourguiba avait, dés le 10 novembre 1987, quitté le palais de Carthage pour une villa de Mornag, avec sa nièce, son médecin, son dentiste et quelques domestiques. L'atmosphère tourna vite à une    sorte de huit clos infernal caractérisé par la dégradation des relations entre Bourguiba et sa nièce qui, murmurait-on, pré férait désormais la prison à la vie avec son illustre parent.
En octobre 1988, l'ancien Président fut transféré à Monastir. Débarrassé de son encombrante nièce, Bourguiba fut hébergé dans l'ancienne villa du gouverneur, entourée d'un vaste jardin. Principales activités : Le repos, des repas légers, la télévision, la lecture de la presse française et de biographes de dirigeants révolutionnaires français (Mirabeau, Robespierre) ainsi que la récitation de poètes français du XIXe siècle ( Vigny, Hugo) dont l'ancien président connaît par cœur des centaines de vers.
Son premier contact avec le monde extérieur depuis sa déposition sera sa rencontre, le 14 mars 1989, avec Marie-Claire Mendès France, veuve de l'ancien président du Conseil, principal artisan, côté français, de l'accession de la Tunisie à l'indépendance. Quelques semaines après, le 2 avril 1989, on vit Bourguiba effectuer sa première sortie en public pour aller déposer dans l'urne un bulletin lors de l'élection du nouveau - et seul candidat - président de la République Ben Ali. Une séance largement diffusée en raison de la déclaration faite par l'ancien chef d'Etat : "  Je vote pour Ben Ali, mon fils. "
Signe du caractère irréversible de la " débourguibisation ", le Combattant suprême fut officiellement reçu le 13 mai 1990 au palais de Carthage par son successeur, qui lui annonça qu'il était " désormais libre de ses mouvements ". A l'époque, les mauvaises langues prétendirent que les premiers mots de Bourguiba, furent : "  Bon, ça va, je suis guéri, je peux reprendre le travail ! " En fait, Bourguiba resta cloîtré à Monastir. Mais les visites de ses proches furent facilitées.
Les portes de la villa de Monastir s'entrouvrirent une seule fois pour la presse le 4 novembre 1991. Quelques journalistes purent s'entretenir avec l'ancien chef d'Etat. Il fut question essentiellement  de la guerre du Golfe, de l'intransigeance israélienne sur la question palestinienne et de quelques épisodes de la vie du leader déchu. Depuis cette date, Bourguiba n'a plus eu de contact avec le monde extérieur, à l'exception de la visite que lui rendit, le 13 mai 1993, le Président Ben Ali, venu lui déclarer : " Vous êtes notre Père ". Un père orphelin de ses enfants ...
                                                                                                               Patrick Girard

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