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Les
chansonsLe chevalier au barillet
Jean de la Chapelle
Il s’agit d’un conte, très chrétien, en vers du XIIème siècle. Le conte, même dans la traduction possède d’assez beaux moments, j’espère ne pas l'avoir trop abimé en résumant...
Il était une fois un riche chevalier dont la vie cheminait de plaisir en plaisir. En fait, elle courait de pêché en pêché. Car le chevalier ne respectait pas Dieu, ne craignait pas le Diable et ne se souciait pas de son salut. Il commettait toutes sortes de mauvaises actions allant même jusqu'à faire gras le Vendredi, y compris le Vendredi Saint où Son Seigneur avait connu le martyr. Il tuait les pèlerins, dérobait les marchands, n’épargnait clerc ni moine, ermite, ni chanoine, ni nonne ni converse. Il pêchait par tous les moyens connus et défendus : par pensées, par actes, par omission, par orgueil, par volonté, par hasard. Quoiqu’il fasse, il pêchait sans repentir. Il vécut ainsi près de trente ans.
Un Vendredi Saint, alors qu’il avait demandé de la viande, ses domestiques lui proposent d’aller se confesser auprès d’un saint ermite qui vivait dans la forêt. Le chevalier, par désir de butin, part voir l’ermite. Après avoir béni les compagnons du chevalier, l’ermite se tourne vers ce dernier . - Aujourd’hui, on doit renoncer à tout mal, se repentir, se confesser et doucement penser à Dieu. - Qu’ai-je à faire de cela ? - Sire, n’en faites rien pour moi, mais seulement pour Dieu. L’ermite parle tant et si bien qu’il amène le chevalier à se confesser. Il réussit même à lui imposer une pénitence. Comme le chevalier ne souhaite ni se fouetter pour ses pêchés, ni jeûner, ni partir en pèlerinage, ni réciter des prières, l’ermite lui impose de remplir un tout petit baril, l’équivalent d’une mesure de vin.
Le chevalier va à la fontaine, y plonge le barillet et le ressort vide. Il réessaye, s ‘énerve, rien n’y fait, le barillet reste vide. Le chevalier décide, dans son orgueil, de partir à la recherche de l’eau qui rentrera dans ce barillet. Sur les chemins, à chaque eau qu’il rencontre, il éprouve son barillet, mais en vain : goutte n’y rentre. Sa colère croît et se renforce.
Son cheval est volé, ses chaussures durent peu. Il vend ses habits. Il va par le froid, par le chaud, à travers les lieux incultes, les ronces, les épines. Il n’a robe ni toit. Il va nu et déchaussé, il apprend à mendier. Il voyage par le monde. Il n’y a ni rivière, ni ruisseau, ni fontaine, eau fangeuse ou eau claire qu’il n’ait tenté. Mais il ne peut puiser goutte.
Au bout d’un an, il revient à l’ermitage. L’ermite ne le reconnaît pas tant il est changé : noir de hâle et de crasse sans ses beaux habits, il est épuisé. Le chevalier raconte ses errances, ses douleurs, ses chagrins, ses tentatives et l’échec de sa pénitence. L’ermite se met en colère : « tu as essayé sans repentir, sans amour, le cœur non contrit, ta pénitence ne te sert à rien. Dieu te hait. » Alors le chevalier se met à pleurer. Une seule de ses larmes suffit à faire déborder le barillet.
Enfin, pur et repenti, il meurt d’épuisement et de chagrin dans les bras de l’ermite. Ses anciens compagnons l’enterrent, le barillet sur sa poitrine.