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sujet: Les femmes
nationalistes irlandaises et l'insurrection de Pâques 1916
La
rébellion de 1798 en Irlande et la contribution de l'armée
française
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Luttes
Pour la libération
en Irlande
Bernadette
Devlin Mc Aliskey
|
L'Irlande : guerre
de religions ou question nationale
L'auteur montre bien que l'Irlande
a constitué très tôt une réalité
propre. " Pour reprendre la formule du Républicain
Patrick Pearse, écrit-il, l'Irlande était bel et
bien un pays "libre et gaélique" à la
veille des invasions anglo-normandes ", pays qui fut largement
et profondément christianisé.
Si, à partir de la conquête
du XIIe siècle, avec, à l'époque, la bénédiction
du pape qui voulait soumettre une Église gaélique
jugée trop indépendante, jusqu'à une date
récente, la totale mainmise de la couronne d'Angleterre
ne cessa jamais, elle connut bien des difficultés. Elle
eut à combattre l'assimilation qui s'opéra entre
la population d'origine et ses conquérants anglo-normands.
Un peuple aux origines diverses s'est peu à peu forgé
dans ce cadre. Ses dirigeants, quelle que fût leur origine,
ont cherché à s'émanciper du joug britannique.
Cela eut pour conséquence que l'Irlande fut traitée
comme une colonie. Cette situation eut pour effet, notamment,
que " la population de souche gaélique, mais aussi
les Vieux Anglais établis dans l'île depuis les
XIIe et XIIIe siècles, en grande partie celtisés,
restèrent fidèles au catholicisme qui, face à
l'anglicanisme importé par le roi d'Angleterre, apparut
comme la vraie religion nationale irlandaise, celle des colonisés.
Dés 1569, la révolte des chefs irlandais contre
Elisabeth Ière, dans le Munster, se fit au nom de la "défense
de l'Irlande et de la Foi", ainsi que le soulèvement
des grands comtés ulstériens à la fin du
XVIe siècle. La lutte contre l'Angleterre protestante
devint uvre pie pour les catholiques irlandais qui reçurent
désormais le soutien de la papauté, ce qui n'avait
pas été le cas avant la Réforme. L'envoi
dans l'île de missions jésuites et de nonces apostoliques,
l'attitude intransigeante du Saint-Siège en Irlande, considérée
comme une pièce maîtresse de la Contre-Réforme
sur l'échiquier européen et le massacre de milliers
de catholiques irlandais par les puritains de Cromwell, en 1649-1650,
creusèrent un fossé profond, sur des bases non
plus seulement ethniques et nationales, économiques et
sociales, mais aussi religieuses. "
L'auteur évoque ensuite la spoliation du sol - possédé
jusqu'alors essentiellement par de petits tenanciers catholiques
- par l'impérialisme anglais, réalisée dès
le début du XVIIIe siècle, et les mesures discriminatoires
faisaient des catholiques des sujets de deuxième zone.
Les mesures économiques eurent pour conséquences
de dresser contre l'Angleterre colonialiste, non seulement les
catholiques, mais aussi les colons anglicans et presbytériens,
grands propriétaires, négociants et industriels
qui contrôlaient l'essentiel de l'activité du pays,
durement frappés dans leurs intérêts. C'est
cet arrière-plan qui explique que le grand écrivain
Jonathan Swift ait pris position en faveur de l'Irlande contre
l'Angleterre.
En 1782, si la nation irlandaise se vit octroyer une certaine
autonomie, ce fut dans le cadre du Royaume-Uni et cette intégration
ne changea rien à la situation agraire : les meilleures
terres appartenaient toujours à de grands propriétaires
anglais, alors que les catholiques irlandais possédaient
moins de dix pour cent du sol. Le mouvement des " Irlandais
unis ", bâti sur l'idée d'une fraternisation
des différentes composantes d'une nation irlandaise, se
constitua avec la Révolution française, engagea
l'insurrection avec l'aide de deux expéditions françaises
en 1798 qui échouèrent complètement - et
l'insurrection contre l'Angleterre fut vaincue et durement réprimée.
Le sentiment national n'était pas mort. On trouvera dans
la brochure l'évocation de la figure de David O'Connell
et du puissant mouvement dont il fut le dirigeant. On verra comment
les protestants irlandais, à partir de là, renoncèrent
à toute idée d'autonomie et se regroupèrent
contre les " papistes ", malgré une autre tentative
en 1848, au moment de la grande vague révolutionnaire
qui déferla dans toute l'Europe, pour surmonter les clivages
religieux dans le nationalisme irlandais, avec le mouvement "
Jeune Irlande ". Mais, se heurtant à la répression
sans pitié de l'impérialisme britannique et à
l'hostilité du clergé catholique irlandais, le
mouvement fut étouffé dans l'uf. Philippe
Besson évoque ensuite les terribles famines des années
1845 à 1849, dues à la maladie de la pomme de terre,
essentiel de la nourriture paysanne. Il relate le mouvement des
Fenians, la répression dont il fut l'objet, puis aborde
la période contemporaine, qui commence à la fin
du XIXe siècle, montrant l'importance de la Ligue agraire
de Parnell et Michael Davitt : " L'alliance, au sein d'une
même organisation, d'un landlord protestant (Parnell),
chef du parti nationaliste modéré, avec un fils
de tenancier catholique, toujours proche des Fenians, marquait
symboliquement la jonction entre l'opposition politique et le
mécontentement social en Irlande. "
Les élections de 1885 ont représenté un
moment important de l'histoire de l'Irlande contemporaine :
* en soulignant que l'énorme majorité des Irlandais
(85 sièges sur 103) étaient favorables à
une certaine autonomie, pour le moins, vis-à-vis de l'Angleterre
;
* en obligeant le gouvernement britannique à soumettre
au Parlement un projet de Home Rule ;
* en provoquant un véritable choc chez les protestants
irlandais, en particulier dans ce qu'ils croyaient être
leur bastion ulstérien.
Dès lors se produisit une brutale et outrancière
confessionnalisation d'un problème politique, sur des
positions très tranchées et schématisées
: protestants = unionistes, catholiques = home rulers. L'auteur
montre qu'il y eut instrumentalisation par les Britanniques du
problème religieux, l'utilisant en particulier pour diviser
le prolétariat, entretenant une séparation entre
ouvriers britanniques et ouvriers irlandais, ce qui a fixé
de graves limites à la lutte de classe en Angleterre même,
au point que Marx - dont deux textes fondamentaux sont reproduits
dans la brochure - écrivit : " La tâche spéciale
du Conseil central à Londres [de l'AIT, la Première
Internationale ouvrière] est d'éveiller dans la
classe ouvrière anglaise la conscience que l'émancipation
nationale de l'Irlande n'est pas pour elle une question abstraite
de justice et de philanthropie, mais la première condition
de son émancipation sociale. "
L'étude de Philippe Besson aborde ensuite l'insurrection
de Pâques 1916 - saluée en particulier par Lénine
- avec à sa tête, notamment, James Connolly, pionnier
du mouvement ouvrier en Irlande, fondateur du Parti républicain
socialiste irlandais. Une répression féroce s'ensuivit,
la révolution étant restée cantonnée
à Dublin, Connolly, blessé, fut fusillé,
assis
On lira le texte de la proclamation de la République
qui, à la fois présente un caractère progressiste
très affirmé et, en même temps, est placée
sous l'invocation du Très-Haut : contradiction qu'on retrouve
encore aujourd'hui et que l'histoire permet d'expliquer. C'est
un problème évidemment, inutile d'en débattre
longuement, mais c'est un de ces héritages lourds d'une
histoire particulièrement tourmentée qui, y compris
dans sa marche en avant, a charrié inévitablement
certaines scories du passé.
Puis c'est la naissance de l'Irlande actuelle, partagée
entre l'Ulster britannique et l'Éire indépendante.
L'auteur évoque la grande grève de 1920 qui vit,
à Limerick, le drapeau rouge flotter tandis qu'un conseil
ouvrier administrait la localité ; il analyse, peu après,
la place de l'Église en République d'Irlande aujourd'hui,
étudie la Constitution de 1937 toujours en vigueur, profondément
marquée par l'influence catholique - préambule,
rôle de la famille et des femmes, bien commun, culte officiel
et délit de blasphème -, un long, passage est consacré
à la mainmise de l'Église sur l'école :
quatre-vingt treize pour cent du primaire, soixante-quatre pour
cent du secondaire, avec subventionnement de l'État à
hauteur de 90 % de leur budget ; de même l'Église
contrôle-t-elle l'essentiel de la santé et des affaires
sociales
Autant dire que la laïcité est, dans
ce pays, terra incognita.
En conclusion, ce souhait dicté par la situation actuelle
et l'histoire : seule une Irlande libre, unie et séculière
pourra apporter une réponse authentique aux problèmes
qui assaillent cette île. Au terme d'une démonstration
qu'il n'est pas possible de reprendre ici, Philippe Besson écrit
: " Ce ne sont pas les problèmes de religion qui
justifient la partition de l'Irlande, c'est la partition qui
permet de les utiliser comme moyens du maintien de la domination,
fondée sur la discrimination et le communautarisme. "
Voilà un bon résumé du problème et,
en se gardant de toute approche analogique absurde, on peut se
dire, en fin de lecture, que bien des questions abordées,
surtout dans la période immédiatement contemporaine,
se posent aussi dans d'autres pays, même si c'est sous
d'autres formes nécessitant des réponses appropriées
; elles se posent y compris là où on pouvait estimer
que l'Histoire les avait définitivement réglées
Une brochure à lire.
L'Irlande : guerre de religions ou question nationale ?, Philippe
Besson, Libre Pensée du Cantal, Maison des associations,
8 place de la Paix 15000 Aurillac - 30 F.
La rébellion de 1798 en
Irlande et la contribution de l'armée française
La Déclaration d'Indépendance
américaine de 1776 prouva aux Irlandais qu'un peuple pouvait
se libérer de la tyrannie anglaise. La Révolution
française de 1789 insuffla un nouveau vent de liberté
qui eut de profondes répercussions en Irlande. Sa doctrine
de "Liberté, Egalité et Fraternité"
inspira directement le mouvement réformiste irlandais
mené par les Irlandais Unis. En 1791, année de
la parution du pamphlet de l'américain Thomas Paine, Les
Droits de l'Homme, défendant les idées de la Révolution
française, un groupe de Presbytériens radicaux
de Belfast ayant servi dans les Volontaires Irlandais - une armée
protestante constituée de 80 000 hommes - formèrent
un Club politique : la Société des Irlandais Unis.
Theobald Wolfe Tone, son principal dirigeant, était un
jeune avocat protestant du barreau de Dublin, convaincu que la
doctrine républicaine française représentait
la solution aux malheurs de l'Irlande. Le Club politique se donnait
pour objectifs l'émancipation des catholiques, la mise
en place de réformes parlementaires et l'indépendance
de l'Irlande sous un gouvernement républicain. Theobald
Wolfe Tone allait, ainsi, jeter les bases du nationalisme républicain
et devenir l'un des pères fondateurs de l'Irlande moderne.
Il souhaitait "unir tout le peuple d'Irlande, abolir le
souvenir de toutes les dissensions passées, substituer
le nom commun d'Irlandais aux dénominations particulières
de protestants, catholiques et dissenters (presbytériens)."
Les presbytériens, descendants des Ecossais établis
au nord-est de l'île au siècle précédent,
partageaient dans une certaine mesure le sort des Irlandais catholiques,
car, comme eux, ils ne pouvaient pas jouir pleinement de leurs
droits civiques, dont le droit de vote, en raison de leur refus
de se convertir à l'anglicanisme. C'est ce qui explique
sans doute que beaucoup de presbytériens aient rejoint
la Société des Irlandais Unis. Après les
presbytériens de classes moyennes, les catholiques commencèrent
à venir grossir les rangs de l'organisation, notamment
à Dublin où un Club fut créé un mois
plus tard.
Lorsque la guerre
entre la France et l'Angleterre débuta en 1793, la Société
des Irlandais Unis fut déclarée illégale
de peur qu'elle ne recherche l'assistance de la France. Sous
les coups de la répression, elle se transforma en société
secrète et militaire. Son programme modéré,
émancipation catholique et réforme parlementaire,
fut alors abandonné au profit de la révolution
et de l'établissement d'un gouvernement républicain.
Theobald Wolfe Tone prit, alors, contact avec le gouvernement
français et finit par convaincre les ministres d'organiser
une expédition en Irlande. Le commandement en fut confié
au Général Hoche. Les moyens accordés furent
loin d'être ceux escomptés par les Irlandais Unis,
car le Directoire français préféra lancer
ses campagnes d'Italie puis d'Egypte plutôt que de concentrer
toutes ses forces dans une invasion de l'Irlande. Si cette dernière
option avait été choisie, l'avenir de l'Irlande
en eut peut-être été changé. La France,
quant à elle, aurait eu des bases navales à des
centaines de kilomètres des côtes ouest françaises
et, ainsi, aurait pu contrôler la principale route maritime
vers les Amériques.
PREMIERE TENTATIVE
Une flotte française constituée
de 15 000 soldats, dont Wolfe Tone, quitta donc la rade de Brest
le 15 décembre 1796 mais ne parvint pas à accoster
à Bantry Bay (comté de Mayo) sur la côte
ouest de l'Irlande, en raison de fortes tempêtes. L'invasion
fut donc abandonnée et la flotte repartit pour la France.
La répression s'abattit alors sur Irlande. Le 30 mars
1798, la loi martiale fut proclamée à travers tout
le pays. Afin de mettre à genoux le mouvement des Irlandais
Unis, la méthode du gouvernement anglais consista en l'utilisation
de la milice irlandaise catholique réputée pour
sa violence, et les "yeomen" (des forces locales servant
le gouvernement) dans le but de découvrir des armes rebelles
cachées. Ils eurent recours à la torture, aux arrestations
et aux incendies de maisons. L'armée anglaise du Général
Lake lança une campagne de terreur, brûlant des
habitations, massacrant le bétail, torturant et tuant
des villageois. Ces atrocités poussèrent les Irlandais
Unis à accomplir leur dessein.
Malgré les arrestations de nombreux membres influents
du mouvement - dont Lord Edward Fitzgerald, Samuel Neilson, John
et Henri Sheares - les dirigeants fixèrent la date de
l'insurrection au 24 mai 1798. Des paysans armés de piques,
de fourches et de faux, accompagnés de femmes et d'enfants
allaient rapidement rejoindre les Irlandais Unis.
Au total, 100 000 Irlandais se soulevèrent
contre le gouvernement anglais. En l'espace de quatre mois, 30
000 personnes furent tuées dont, principalement, des paysans,
des femmes et des enfants. La rébellion de 1798 fut l'événement
le plus tragique et le plus violent de l'histoire irlandaise
du XVIIIème siècle. En effet, des atrocités
terribles furent commises en représailles par les deux
camps, les Irlandais insurgés et l'armée anglaise.
Des gens furent torturés, brûlés, tués
et des femmes violées.
La rébellion se
déroula principalement dans des villes stratégiques
occupées par des garnisons anglaises et sur des collines
où se regroupaient et campaient les rebelles. Les forces
opposées combattaient également sur les routes
reliant ces villes. Mieux équipée militairement,
l'armée anglaise allait prendre l'avantage lors des combats
dans les villes, et inversement, les engagements dans les campagnes
allaient avantager les rebelles. A la différence de l'armée
anglaise, les officiers de l'armée rebelle, à quelques
rares exceptions près, n'étaient pas des militaires
de carrière. Beaucoup d'entre eux avaient servi auprès
des Volontaires Irlandais mais n'avaient jamais livré
de combats. De nombreux vétérans de cette armée
ayant été arrêtés avant l'insurrection,
de jeunes officiers inexpérimentés durent apprendre
l'art militaire sur le terrain. A l'exception des rebelles du
comté du Wexford, les insurgés n'allaient guère
faire preuve d'habileté tactique, choisissant le plus
souvent des attaques frontales meurtrières pour leurs
propres troupes.
A Dublin, le premier jour
de la rébellion, les Irlandais Unis s'emparèrent
des malles-poste, donnant ainsi le signal de l'insurrection.
Ceux-ci furent néanmoins rapidement écrasés
par les forces anglaises, et virent leur rêve de prendre
le contrôle de la capitale disparaître à jamais.
Mais alors que les Irlandais Unis de la région de Dublin
étaient vaincus, ceux de la province d'Ulster, menés
par le presbytérien Henry Joy McCracken, se soulevèrent
à leur tour. Le 7 juin, 3000 Irlandais Unis attaquèrent
la ville d'Antrim et, le 9 juin, la rébellion, menée
par le protestant Henri Munroe, s'étendit au comté
de Down. La bataille la plus célèbre d'Ulster fut
celle de Ballinahinch au cours de laquelle les rebelles furent
néanmoins battus par des forces anglaises amplement supérieures
aux leurs. Le gouvernement anglais disposait de 100 000 hommes
en Irlande, contre 15 000 Irlandais Unis; aussi les forces étaient-elles
très inégales. Armés principalement de piques,
équipés de peu d'armes à feu et de seulement
quelques canons, face à l'artillerie anglaise et aux charges
de cavalerie, les rebelles essuyèrent défaite sur
défaite. Dans les mains des rebelles inexpérimentés,
les mousquets pris sur les cadavres des soldats de l'infanterie
anglaise n'étaient pas d'une grande utilité, trop
difficiles, voire impossibles à manier.
La révolte d'Ulster dura moins d'une semaine avant d'être
écrasée par l'armée anglaise. Henry McCracken
et Henry Munroe furent alors capturés et exécutés
par pendaison. Pendant ce temps, dans le sud-est, à Wexford
et dans les montagnes du Wicklow, la rébellion prit des
proportions beaucoup plus conséquentes. Ainsi, dès
le 29 mai, les Irlandais Unis avaient pris le contrôle
de la partie nord et centrale de la ville de Wexford. Ils pensaient
pouvoir rapidement conquérir les autres villes du comté,
ne sachant pas que la rébellion au nord du Leinster avait
été écrasée, et qu'aucune autre révolte
ne se déclencherait dans les comtés avoisinants.
Le foyer de la rébellion resta donc le comté de
Wexford lequel s'érigea en république administrée
par un Directoire de huit hommes - quatre protestants et quatre
catholiques. Edward Roche, l'un des dirigeants des Irlandais
Unis de Wexford, lut la proclamation de la république
aux Irlandais et justifia leur action au nom de l'indépendance
de l'Irlande.
Les insurgés de Wexford remportèrent une série
de victoires et prirent les deux plus grandes villes du comté
- Enniscorthy et Wexford - mais furent néanmoins incapables
d'étendre la rébellion aux comtés les plus
proches en raison de leurs défaites à New Ross
(5 juin) et à Arklow ( 9 juin). La défaite de New
Ross fut un désastre pour les rebelles. Sur les 10 000
hommes engagés au début de la bataille, seuls 3000
survécurent. Lors de l'attaque, à l'est d'Arklow,
les rebelles perdirent certains de leurs meilleurs combattants.
Sous le commandement du Général Needham, la très
grande majorité des 1500 rebelles, n'était, une
fois encore, armée que de piques, de fourches et de faux,
très peu sachant se servir d'armes à feu. Au cours
de la bataille proprement dite, ils perdirent des leaders importants
dont le Père Michael Murphy ce qui les poussa finalement
à abandonner leur assaut. Plus de 500 rebelles furent
tués et des centaines furent blessés. N'ayant pu
prendre Arklow, les rebelles restèrent cantonnés
au sud-est du comté au lieu de rejoindre la rébellion
se déroulant en Ulster. L'échec à Arklow
signifiait qu'il leur était désormais impossible
de rejoindre Dublin et d'organiser une révolution dans
tout le pays. Dans les comtés de Wicklow et de Wexford
les maisons, les églises et les commerces furent brûlés
par les deux camps. Une fois l'insurrection terminée,
il ne restait quasiment plus de maisons encore debout dans l'ouest
et le sud du comté de Wicklow.
Le 12 juin, tout espoir de conquérir la ville de New Ross
s'était évanoui. Les insurgés commençaient
sensiblement à manquer d'armes et de munitions. En Ulster,
au cours de la bataille de Ballynahinch, le 13 juin 1798, les
rebelles, toujours aussi faiblement armés, avaient été
vaincus par les hommes du Général Nugent, et seule
une invasion française semblait désormais pouvoir
sauver les rebelles du comté de Wexford. Le 16 juin, les
renforts anglais, tant attendus, arrivèrent à Dublin,
ce qui permit au Général Lake de concentrer ses
troupes et de coordonner une attaque sur Wexford, seule ville
irlandaise restant encore aux mains des insurgés.
Le 21 juin, les rebelles se replièrent tous à Vinegar
Hill, près d'Enniscorthy, afin de livrer bataille aux
10 000 hommes du Général Lake. Bien qu'ayant occupé
la colline pendant un mois, les insurgés n'avaient ni
fortifié leur position, ni organisé de défense.
Malgrè la participation courageuse des femmes au combat,
épuisée et à cours de munitions, l'armée
rebelle fut finalement contrainte de se retirer de la colline.
La cavalerie britannique pourchassa et tua tous ceux qu'elle
voyait s'enfuir. Toutefois, la très grande majorité
de l'armée rebelle réussit à éviter
l'encerclement et à se retirer de Vinegar Hill sans dommage.
Le général Lake avait atteint son objectif, capturer
Vinegar Hill, mais l'armée ennemie restait, donc, largement
intacte. Le gros des troupes insurgées poursuivit le combat
pendant un mois dans les montagnes du Wicklow et à l'ouest
du comté de Wexford avant d'être finalement contraint
de se rendre. Les leaders de la rébellion dans les différents
comtés furent tous condamnés à mort et exécutés,
pour avoir trahi le gouvernement anglais.
Un mois plus tard, le 22 août 1798, une flotille de trois
bateaux français arriva sur la côte ouest irlandaise
alors que l'insurrection touchait à sa fin. Environ 1000
militaires chevronnés, conduits par le Général
Humbert, accostèrent à Killala dans le comté
de Mayo. D'autres expéditions françaises devaient
suivre avec des renforts d'hommes et de munitions. Cependant,
Hardy, le Général français qui dirigeait
l'expédition suivante dut faire face à des problèmes
financiers et météorologiques, et ne parvint à
gagner les côtes irlandaises, en compagnie de Wolfe Tone,
que le 16 septembre. Napper Tandy réussit à accoster
avant eux avec ses 400 soldats et une importante cargaison d'armes
et de munitions.
Le 22 août, le Général Humbert et ses hommes
réussirent à repousser la petite garnison anglaise
présente sur place et à s'emparer de la ville de
Killala. Le général Humbert déclara à
la population qu'ils étaient venus dans le but de libérer
l'Irlande du joug anglais. Des centaines d'Irlandais Unis vinrent
se joindre à eux et les aidèrent à préparer
les opérations à venir en réquisitionnant
des provisions au nom du gouvernement provisoire du Connacht.
En apprenant l'arrivée des Français, les Commandants
anglais Cornwallis et Lake ordonnèrent l'envoi de renforts
dans le Connacht. Ne sachant pas si le Général
Hardy avait accosté et croyant que la meilleure défense
était l'attaque, le Général Humbert et ses
hommes se lancèrent à l'assaut de la position anglaise
de Ballina, à quelques kilomètres de Killala. Ils
parvinrent, le 27 août, à prendre la ville de Castlebar
aux mains des Anglais et à s'emparer d'armes, de munitions
et de pièces d'artillerie. Cette victoire impressionnante
permettait au Général Humbert de contrôler
la moitié du comté de Mayo et une importante partie
des côtes ouest de l'Irlande.
Des Irlandais Unis de tous les comtés continuèrent
à venir grossir les rangs de l'armée française.
La république fut proclamée le 31 août et
John Moore élu président. Mais les généraux
anglais renforcèrent leurs garnisons dans le comté
et se préparèrent à attaquer Castlebar.
Sans aucune force d'opposition, la ville fut très facilement
reprise par les Anglais. En effet, se sentant menacés,
le Général Humbert et 1000 Irlandais Unis avaient
quitté Castlebar précipitemment le 4 septembre,
et se dirigeaient rapidement vers le comté de Sligo dans
le but de rejoindre l'Ulster. Sur leur route, ils durent livrer
bataille au Général Lake qui les talonnait. Mais,
sans aucune nouvelle des renforts français tant attendus,
les chances de succès de l'expédition française
diminuèrent de plus en plus. Le Général
Humbert conduisit ses troupes à Ballintra et traversa
le fleuve Shannon.
Les Français et les Irlandais Unis s'opposèrent
à l'armée anglaise sur une petite colline à
Ballinamuck, entre Cloon et Granard, dans le comté de
Longford. Là, ils furent très rapidement vaincus,
le 8 septembre 1798. Les Français opposèrent un
semblant de résistance, pour la forme, alors que les Irlandais
Unis se battirent courageusement. Le Général français
et ses hommes, démotivés face à l'importance
des forces anglaises, se rendirent très rapidement, laissant
les Irlandais se faire massacrer. C'est ainsi qu'au total plus
de 500 Irlandais Unis furent tués, sabrés par la
cavalerie ou mitraillés dans les tourbières. Toutefois
un millier parvint à s'enfuir. Seulement 20 soldats anglais
périrent, les pertes françaises étant, quant
à elles, extrèmement faibles. Tandis que les Français
étaient traités comme des prisonniers de guerre
et renvoyés en France par le premier bateau, les Irlandais
furent, pour la plupart, exécutés par balle ou
par pendaison. Lors de cette expédition en Irlande le
nombre de morts français s'éleva à 22 et
le nombre de blessés à 14 !
Deux semaines après leur victoire à Ballinamuck,
les Anglais reprirent Killala, laissant plusieurs centaines de
rebelles morts. La république du Connacht n'existait plus.
John Moore, son président, fit partie de ceux qui furent
jugés hâtivement et pendus. Une semaine plus tard,
donc le 16 septembre, l'expédition de renfort, forte de
3000 hommes conduits par le Général Hardy, accompagné
de Wolfe Tone, accosta dans la baie de Rutland (Donegal). La
flotille tomba sur l'escadre anglaise et dut se rendre. Wolfe
Tone fut reconnu, arrêté et conduit à Dublin.
Traduit en cour martiale le 10 novembre, il revendiqua ses actes
et réclama, par égard pour son uniforme de chef
de Brigade de l'armée française, d'être fusillé
comme un soldat et non pendu comme un malfaiteur. Ses juges le
condamnèrent, néanmoins, à la pendaison.
Mais, refusant la corde infâme, il se trancha la gorge
dans sa cellule et agonisa pendant une semaine avant de mourir,
le 19 novembre 1798. Sa mort marqua la fin définitive
de l'insurrection de 1798.
Il est impossible de connaître le nombre réel d'Irlandais
Unis tués lors de cette rébellion, puisque le premier
recensement en Irlande n'eut lieu qu'en 1821. Cependant, on estime
qu'entre 50 000 et 60 000 Irlandais périrent. La conséquence
politique immédiate de ce conflit fut l'abolition du Parlement
irlandais en 1801, alors que son indépendance législative
était acquise depuis 1782. Désormais, le sort des
Irlandais dépendait des pleins pouvoirs du Parlement de
Londres. L'île était rattachée à la
Grande Bretagne par l'Acte d'Union, lequel donna naissance au
Royaume Uni.
Les années 1790 venaient de prouver qu'en Irlande la société
était divisée en trois catégories : anglicans,
dissenters (presbytériens) et catholiques, respectivement
des citoyens de première, de seconde et de troisième
classe. Paradoxalement, en 1798, les nationalistes irlandais
avaient endossé le républicanisme des presbytériens
radicaux de Belfast. La communauté protestante - essentiellement
au travers des presbytériens - et la communauté
catholique avaient, alors, montré leur solidarité
face à leurs ennemis anglais. Mais cette union allait
disparaître au dix-neuvième siècle, et seuls
les catholiques allaient revendiquer les idées républicaines
de Wolfe Tone. Presbytériens et anglicans allaient finalement
s'unir face à la menace du catholicisme. Les protestants
républicains allaient en quelques années devenir
unionistes et défendre tous liens avec la Grande Bretagne
protestante.
Le 3 juillet 1998, le Premier
Ministre irlandais, Bertie Ahern a déclaré, quant
à lui, lors de la commémoration de la rébellion
de 1798, que l'indépendance nationale représentait
un idéal noble, insistant, lui aussi, sur la remarquable
contribution des presbytériens. Selon Bertie Ahern, les
principes démocratiques des Irlandais Unis - pluralisme,
non-sectarisme, libertés civiques et religieuses - ont
toujours été et demeurent un exemple à suivre
pour les années à venir.
Gerry Adams, lors de son discours à Vinegar Hill en février
1998, a déclaré que son mouvement se réclamait
de la doctrine républicaine de Theobald Wolfe Tone, et
a souhaité voir l'union des catholiques, des protestants
et des dissenters dans une Irlande indépendante, libérée
de tous liens avec la Grande Bretagne. Il a ainsi rendu hommage
aux presbytériens qui se sont battus en Ulster en 1798
et a regretté que le chemin de ces deux communautés
se soit ensuite séparé. Il a affirmé être
convaincu que l'Irlande serait, un jour, réunifiée.
Sophie Lefebvre
-Sarrazin,
J., Jobit, J.-L, Fontaine L.-O, La Descente des Français
en Irlande-1798-, Paris: La Vouivre, 1998.
-Poirteir, Cathal, The Great Irish Rebellion of 1798, Dublin:
Mercier Press, 1998.
-Folley, Terence (ed.), Eyewitness to 1798, Dublin: Mercier Press,
1996.
-Furlong, Nicholas, Keogh Daire, Mighty Wave: The 1798 Rebellion
in Wexford, Dublin: Four Courts Press.
-Bartlett T.(ed.), Life of Theobald Wolfe Tone, Dublin: Liliput
Press, 1998.
Les
femmes nationalistes irlandaises et l'insurrection de Pâques
1916
Quelques années avant la
première guerre mondiale, les unionistes irlandais se
rendirent compte que l'autonomie irlandaise (Home Rule) était
imminente. Ils décidèrent de faire tout ce qui
était en leur pouvoir pour s'y opposer, et ainsi maintenir
l'union entre l'Irlande et la Grande Bretagne. En 1912, une organisation
militaire unioniste, les Volontaires d'Ulster (Ulster Volunteers)
fut donc mise en place, et plus de 200 000 unionistes s'engagèrent
formellement à contrer une possible autonomie en signant
un Covenant ("Solemn League and Covenant"). En réaction,
les nationalistes irlandais créèrent leur propre
organisation militaire, les Volontaires Irlandais (Irish Volunteers)
en Novembre 1913. Le 2 avril 1914, Cumann na mBan (le Conseil
des Femmes Irlandaises), l'organisation féminine dépendant
des Volontaires Irlandais, fut officiellement formée.
En mai, un autre groupe nationaliste féminin, les Filles
d'Erin (Inghinidhe na hEireann) , s'unit à Cumann na mBan,
tout en formant, néanmoins, une branche distincte. Le
retard pris dans la mise en vigueur de l'autonomie irlandaise,
à cause de la guerre, apporta beaucoup de désillusions
aux républicains irlandais, et les persuada de répandre
leurs idées révolutionnaires au sein des organisations
nationalistes. En raison de l'influence d'une organisation républicaine
radicale, appelée la Fraternité Républicaine
Irlandaise (Irish Republican Brotherhood), les Volontaires Irlandais
décidèrent de lancer une insurrection dans la capitale
irlandaise.
La tâche principale des femmes de Cumann na
mBan consista, tout d'abord, à récolter des fonds
dans le but d'armer les Volontaires Irlandais, puis de leur apporter
les secours d'urgence lors de l'insurrection. Le rôle de
cette nouvelle organisation suscita une forte polémique
parmi les femmes nationalistes car, contrairement aux Filles
d'Erin, les femmes de Cumann na mBan n'étaient pas indépendantes,
ni politiquement, ni économiquement, et servaient d'auxiliaires
aux Volontaires Irlandais. C'est pourquoi, certaines femmes nationalistes,
telles que Constance Markievicz, une riche Comtesse issue de
l'aristocratie protestante, et Helena Moloney, une actrice célèbre
du théâtre de l'Abbey de Dublin, préférèrent
combattre au sein de l'Armée des Citoyens (Irish Citizen
Army) , créée par James Connolly, le leader socialiste
de l'époque, partisan de l'égalité entre
les hommes et les femmes.
Les femmes de Cumman na mBan étaient toutes irlandaises
de naissance ou de descendance comme le préconisait leur
Constitution. La plupart venaient de familles nationalistes et
leur mari ou leur(s) frère(s) avaient rejoint les Volontaires
Irlandais. En plus de leurs activités militaires, telles
que les Transmissions ou le tir (pour seulement certaines branches),
des activités éducatives, sociales et économiques,
furent instituées. Les membres assistaient à des
cours de gaélique, d'histoire et de danses irlandaises
afin de défendre et de perpétuer la culture irlandaise.
En outre, pour soutenir l'économie irlandaise, ces femmes
ne portaient que des vêtements fabriqués dans leur
pays. Des bals folkloriques (ceilidhs), des concerts et des tableaux
vivants relatant le passé héroïque irlandais,
furent également organisés dans le but de récolter
des fonds pour les Volontaires Irlandais.
A la fin de 1914, près de
70 branches de Cummann na mBan étaient réparties
sur tout le territoire irlandais et même quelques-unes
en Angleterre. Grâce aux fonds récoltés,
des armes et des munitions furent achetées en Allemagne
et amenées par bateaux à Howth, près de
Dublin, le 26 juillet 1914. Molly Childers et Mary Spring Rice,
deux femmes de Cumann na mBan, participèrent à
cette opération délicate. Les armes et les munitions
furent ensuite cachées dans la campagne irlandaise. A
Dublin, durant l'hiver précédent l'insurrection,
les femmes de Cumann na mBan confectionnèrent des vêtements
et préparèrent des trousses de secours pour les
Volontaires. Seules, quelques femmes au sein de Cumann na mBan,
principalement les femmes des leaders, furent informées
de la date choisie pour la rébellion.
Mais l'insurrection de Pâques 1916, organisée par
l'Armée des Citoyens et les Volontaires Irlandais, fut
vouée à l'échec dès le début.
En effet, le projet était connu par le Gouvernement Britannique,
depuis l'arrestation de Roger Casement, un Volontaire Irlandais
chargé de rapporter d'Allemagne, par bateau, les armes
destinées à l'insurrection. Par conséquent,
Eoin Mac Neill, le leader des Volontaires, donna l'ordre d'annuler
le soulèvement; mais l'autre moitié de l'organisation,
environ 1 500 hommes, décida de poursuivre le plan prévu.
Plus de 200 femmes nationalistes furent alors mobilisées.
Le lundi de Pâques 24 avril 1916, des membres des Volontaires
Irlandais et de l'Armée des Citoyens, regroupés
sous le nom d'Armée Républicaine Irlandaise, prirent
d'assaut les bâtiments stratégiques de Dublin, dont
la Grande Poste, et proclamèrent l'avènement de
la République Irlandaise.
Environ 90 femmes participèrent activement à cette
insurrection; 60 d'entre elles provenaient de Cumann na mBan,
les autres de l'Armée des Citoyens. Le rôle des
femmes de Cumann na mBan consista principalement à soigner
les blessés, à faire la cuisine et à porter
des messages d'une section à une autre. Contrairement
aux femmes de l'Armée des Citoyens, elles n'étaient
pas supposées prendre directement part au combat, aussi
n'étaient-elles autorisées à porter des
revolvers que pour se défendre. Elles ne bénéficiaient
pas d'un statut égal aux hommes dans la mesure où
elles furent essentiellement cantonnées dans des tâches
domestiques. Toutefois, des tâches stratégiques
leur furent assignées. Elles furent notamment chargées
de réunir les armes et les munitions cachées dans
la capitale, puis de les répartir dans les différents
postes et commandements.
En portant leurs messages, le plus souvent à bicyclette,
elles jouèrent un rôle stratégique essentiel
lors du soulèvement. Les femmes étaient plus aptes
à livrer des messages car elles passaient plus facilement
inaperçues, et ne représentaient pas des cibles
pour l'armée britannique. Elles permirent ainsi d'informer
tous les Volontaires de l'évolution des opérations
et de coordonner leurs actions. Parfois, elles transportaient
également des armes et des vivres, car les insurgés
subissaient de gros problèmes d'approvisionnement.
Des missions dangereuses et cruciales leur furent confiées.
Par exemple, sur l'ordre de Tom Clarke, un des leaders, Leslie
Price transporta des munitions et des messages, toutes les nuits,
du quartier général de la Poste Centrale à
l'avant-poste dirigé par Ned Daly au Capuchain Hall dans
Church Street, et leur permit, ainsi, de coordonner leurs opérations.
Julia Grenan porta des messages de James Connolly jusqu'à
Dundalk. Elle remit, notamment, un message aux Commandants des
forces armées britanniques dans lequel Patrick Pearse,
l'un des principaux leaders des Volontaires, les menaçait
de prendre des otages s'ils détruisaient, à nouveau,
une de leurs infirmeries de fortune portant l'emblème
de la Croix Rouge. Margaret Skinnider risqua également
sa vie en livrant des messages des insurgés du jardin
public de St Stephen's Green à destination de ceux de
la Grande Poste. Enfin, Elizabeth O'Farrell fut chargée
par Patrick Pearse de remettre l'acte de reddition au Général
Lowe.
En fait, Eamonn de Valera, le futur
Président de l'Irlande, fut le seul Commandant irlandais
à refuser l'aide des femmes de Cumann na mBan qu'il considérait
comme étant sans doute trop gênantes, voire incompétentes.
Sa garnison installée dans les bâtiments des filatures
Boland (Boland's Mills), fut la seule à ne recevoir l'affectation
d'aucune femme. Certaines des femmes, ayant tenté leur
chance auprès de De Valera, s'occupèrent finalement
des blessés et de la cuisine auprès de Thomas Mac
Donagh, un autre leader de la rébellion dirigeant la garnison
installée dans l'usine Jacob (Jacob's Factory). Quant
aux femmes de l'Armée des Citoyens, elles occupèrent
une place de premier plan auprès des combattants.
A l'opposé des Volontaires Irlandais, l'Armée des
Citoyens autorisait l'adhésion des femmes car ses membres
revendiquaient le principe d'égalité des droits
et des chances pour tous les Irlandais - y compris les femmes
- figurant dans la Proclamation de la République Irlandaise
. Ce principe était novateur, et, par là-même,
révolutionnaire. En effet, aucun autre pays ne l'avait
encore adopté. Les femmes de l'Armée des Citoyens
étaient également autorisées à porter
des armes et à combattre. Néanmoins, la majorité
de ces femmes fit partie du corps d'ambulance que certains membres
masculins ont ensuite nommé, "la section des femmes".
Ses membres féminins les plus influents provenaient principalement
de la classe moyenne, comme Nellie Gifford, Madeleine ffrench-Mullen,
Kathleen Lynn, alors que la base féminine était
principalement constituée de jeunes ouvrières,
renvoyées de l'usine Jacob, pour leur adhésion
à un syndicat.
Constance Markievicz fut la seule à faire partie à
la fois de l'Armée des Citoyens et de Cumann na mBan.
Etant en désaccord avec le rôle d'auxiliaire des
femmes de Cummann na mBan, elle choisit de combattre, en tant
que tireuse d'élite, auprès des membres de l'Armée
des Citoyens, dans le jardin public de St Stephen's Green à
Dublin, où elle fut promue Commandant en Second. Quatorze
autres femmes combattirent comme elle l'arme au point, dont Margaret
Skinnider. Cette dernière mena une escouade chargée
de lancer une bombe contre le Shelbourne Hotel, alors occupé
par des soldats britanniques. Elle fut grièvement blessée
lors de cette opération mais, en fait, la seule femme
à subir ce sort. Sous le commandement de Sean Connolly,
Helena Moloney, un autre membre de l'Armée des Citoyens,
participa activement avec huit de ses consurs à
l'assaut contre le château de Dublin. Quand Sean Connolly
mourut, elles furent contraintes de se rendre, et furent emprisonnées
à la prison de Kilmainham comme les autres leaders de
la rébellion. Cependant, la grande majorité des
femmes de l'Armée des Citoyens occupait une fonction médicale.
Certaines se distinguèrent, et devinrent un exemple pour
l'ensemble des femmes nationalistes. Madeleine ffrench-Mullen,
responsable du poste de secours situé dans le pavillon
de St Stephen's Green, s'occupa des blessés avec l'aide
de quatre autres femmes de Cumann na mBan. Avec Constance Markievicz,
le docteur Kathleen Lynn, fut la seule femme à occuper
le rang de Capitaine au sein du bataillon retranché dans
le collège royal des Chirurgiens (College of Surgeons).
Au tout début de l'insurrection, elle parcourut les rues
de Dublin, avec Constance Markievicz, afin de livrer du matériel
médical aux différents postes. Chargée de
donner des cours de secourisme à tous les membres de l'Armée
des Citoyens, le docteur Kathleen Lynn joua un rôle essentiel
au sein de cette milice ouvrière.
Toutefois, même si, contrairement aux femmes de l'Armée
des Citoyens, les femmes de Cummann na mBan n'étaient
pas sur le devant de la scène, leur rôle fut tout
autant crucial. Chacun sait l'importance que requiert l'approvisionnement
des troupes. De plus, grâce à leur dévouement,
ces femmes sauvèrent des vies et réussirent à
maintenir le moral des insurgés jusqu'à la reddition.
Au total 34 d'entre elles remplirent des fonctions diverses dans
la Grande Poste, dont Louise Gavan Duffy, Desmond FitzGerald
et Rose Ann Murphy qui se chargèrent de nourrir les Volontaires.
Certaines, comme Nellie Gifford à St Stephen's Green distribuèrent
des repas aux différents avant-postes sous les tirs des
soldats britanniques. Beaucoup risquèrent ainsi leur vie
en ravitaillant les insurgés. En effet, la nourriture
représenta un problème majeur lors de cette insurrection,
car elle fit défaut dans presque tous les postes avancés
et les commandements.
Le vendredi suivant, pressentant une reddition immédiate,
les dirigeants de l'insurrection demandèrent aux femmes
présentes dans la Grande Poste de partir afin d'éviter
leur arrestation. Sur les 31 femmes, seulement trois d'entre
elles - Winifred Carney, la secrétaire de James Connolly,
Elizabeth O'Farrell et Julia Grenan - restèrent jusqu'à
la reddition. Avant le départ des femmes de Cumann na
mBan, Patrick Pearse ne manqua pas de saluer leur courage et
leur dévouement. Enfin, elles furent chargées d'emmener
les blessés à l'hôpital Jervis Street, puis
de remettre des messages aux familles des Volontaires. Le nombre
croissant de civils tués par l'armée britannique
finit de convaincre les rebelles de mettre un terme à
leur soulèvement.
Elizabeth O'Farrell servit d'intermédiaire entre les insurgés
et le commandement britannique au cours de la reddition. Elle
fut conduite à Four Courts (le palais de justice de Dublin)
par le Commandant britannique Wheeler afin de remettre l'ordre
de reddition à Edward Daly, puis à Constance Markievicz
et au Commandant Mallin à St Stephen's Green. Ces derniers
ne comprirent tout d'abord pas cet ordre, étant eux-mêmes
déterminés à tenir jusqu'au bout. Néanmoins,
ils finirent par l'accepter car il était signé
de la main de leur dirigeant, James Connolly. Elizabeth O'Farrell
fut ensuite conduite auprès d'Eamonn De Valera, de Thomas
MacDonagh et d'Eamonn Ceannt. A la distillerie Marrowbone Lane,
toutes les femmes nationalistes, sous le commandement d'Eamonn
Ceannt, se rendirent avec les hommes et restèrent à
la prison de Kilmainham à Dublin pendant une semaine.
La plupart des femmes nationalistes emprisonnées furent
libérées le 9 mai. Seulement cinq femmes de l'Armée
des Citoyens, dont Constance Markievicz, Helena Moloney et Kathleen
Lynn, furent emprisonnées plus longuement à Kilmainham,
puis internées à la prison d'Aylesbury en Angleterre.
A Kilmainham, elles entendirent les exécutions des 16
dirigeants de l'insurrection. Environ 1 800 insurgés furent
également enfermés dans cette prison. En tant que
femme, Constance Markievicz échappa à la peine
de mort. Condamnée à un an et deux mois de prison,
elle fut la dernière personne à être libérée.
A sa libération, en juin 1917, elle fut accueillie en
héroïne nationale par une foule en liesse. La population
avait été choquée par les exécutions
et s'était rendu compte que la cause irlandaise n'avait
pas disparu. Au contraire, l'indépendance irlandaise semblait
redevenir un noble dessein digne de sacrifices humains. Constance
Markievicz fut la seule femme irlandaise à être
unanimement saluée par le peuple irlandais. Son expérience
carcérale la poussa à lutter toute sa vie contre
les conditions de détention déplorables des prisonniers
politiques. En 1918, alors qu'elle était détenue
à la prison d'Halloway, elle fut la première femme
irlandaise élue ministre à une élection
parlementaire en Grande Bretagne et en Irlande. A l'instar des
autres ministres appartenant au Sinn Fein, elle refusa de siéger
au Parlement de Westminster, et, en tant que ministre du Travail,
fit partie du premier Parlement républicain irlandais
(Dail Eireann), alors clandestin et dirigé par Eamonn
De Valera.
Cumann na mBan reprit ses activités après l'insurrection
et se chargea principalement de collecter des fonds pour venir
en aide aux prisonniers et à leur famille. Ses membres
allaient à nouveau jouer un rôle essentiel lors
de la Guerre d'Indépendance puis de la Guerre Civile.
Pendant l'insurrection de Pâques 1916, les femmes nationalistes
apportèrent donc une aide précieuse et déterminante
aux insurgés. En effet, sans elles, l'insurrection n'aurait
sans doute pas duré près d'une semaine. Néanmoins,
leur courage et leur dévouement ont été
passés sous silence par les historiens irlandais pendant
plus de 70 ans. Mais grâce aux travaux récents d'historiennes
irlandaises, il est désormais possible d'avoir connaissance
de leur combat pour l'indépendance. Il est temps que les
historiens prennent en considération la contribution des
femmes au sein du mouvement nationaliste, et restaurent leur
place dans les livres d'histoire.
Sophie
Lefebvre
Bibliographie sélective:
- Ruth, Taillon, When
History was made, The Women of 1916, Belfast: Beyond the Pale
Publications, 1996, 130p.
-Margaret, Ward, In their Own Voice, Women and Irish Nationalism,
Dublin: Attic Press, 1995, 176p.
-Anne, Haverty, Constance Markievicz, Irish Revolutionary, London:
Pandora, 1988, 250p.
-Anne Pons, Constance ou l'Irlande, Une biographie de la comtesse
Markievicz, Paris: Nil Editions, 1997, 298p.
-Roger Faligot, James Connolly et le mouvement révolutionnaire
irlandais, Rennes: Terres de Brume Editions, 1997, 319p. (En photo: Constance Markievicz)
Avec l'entrée en guerre de
la Grande Bretagne en 1914, le mouvement des Volontaires Irlandais
se scinda en deux. La majorité conduite par le parlementaire,
John Redmond offra ses services à la Grande Bretagne et
alla combattre les Allemands. Ils prirent le nom de Volontaires
Nationaux (National Volunteers). Les autres gardèrent
le nom de Volontaires Irlandais et furent officiellement dirigés
par Eoin MacNeill, le fondateur du mouvement.
Inghinidhe na hEireann fut la première organisation féminine
nationaliste créée en 1900 par Maud Gonne, une
des figures nationalistes les plus importantes de l'époque.
Cette organisation fut directement impliquée dans le mouvement
culturel irlandais (Gaelic Revival) dont le but était
de remettre au goût du jour la langue et la culture gaéliques.
- En 1913, durant les grèves
de Dublin , l'Armée des Citoyens avait été
créée pour protéger physiquement les travailleurs
contre les gangs des patrons.
- Elle fut proclamée sur les marches de la Grande Poste
par Patrick Pearse, un de ses signataires.
- En 1918, le droit de vote à une élection parlementaire
en Grande Bretagne et en Irlande, ne fut accordé qu'aux
femmes de plus de trente ans.
- Droit de vote à une élection parlementaire en
Grande Bretagne et en Irlande, ne fut accordé qu'aux femmes
de plus de trente ans.
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