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Laurence Paire-Ficout


rond1.gif (953 bytes) Docteur en Psychologie

E-m@il

Activité de recherche (Communications orales et affichées et publications)

Présentation de l'article "Les difficultés d'accès au langage écrit chez les sourds."

Présentation de l'article "Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual."

Activité d'enseignement
Activité administrative

 

 

rondline.gif (1516 bytes)Activités de recherche Haut de page

 

COMMUNICATIONS ORALES

Séminaire jeunes chercheurs " Société Française d'Acoustique " (Novembre 1992), Bordeaux.
Réunion  " Club de Neuro Audio Acoustique " (Mars 1993). Lausanne.
Colloque " SCIAL' 93 : Sciences Cognitives, Informatique, Apprentissage des Langues " (Octobre 1993). Clermont-Ferrand.
Invitée au séminaire du Laboratoire de Psychologie Expérimentale par Jésus Alegria (Février 1994). Bruxelles.
" 23rd International Congress of Applied Psychology " (Juillet1994). Madrid.
Colloque " Société Française de Psychologie " (Octobre 1994). Montpellier.
Colloque  " Perception Cognition Handicap " (Mars 1996). Lyon.
Colloque " Du signal au sens : modèles et interrogations pour une éducation auditive " ANPEDA, (Mars 1997). Paris.
Journées " Connaître la surdité " SSEFIS, Lyon.

COMMUNICATIONS AFFICHÉES

XXIVe Journées d'Etudes de l'APSLF (Septembre 1993). Aix en Provence.
Sciences en fêtes (Octobre 1995). Lyon.
Salon Handica (Mars 1996). Lyon.
Congrès International de Psychologie (Août 1996). Montréal.

PUBLICATIONS

rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., & Bedoin, N. (1996). Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual. Revue de Neuropsychologie, 6, 239-250.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L. (1997b). Les difficultés d’accès au langage écrit chez des sourds. Les Cahiers de l’audition, 10, 25-28.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L. (1997a). La phonologie est-elle un obstacle pour un sourd ? In F. Andrieux, J-M. Besse, & B. Falaize (Eds.), Illettrismes : quels chemins vers l’écrit ? (pp. 164-171). Paris : Magnard.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., Portalier, S., & Collet, L. (1993). La perception visuelle de la parole: effets du stimulus, de la pratique et de l’entraînement. Actes de Colloque, XXIVème Journées d’Etudes de l’ASPSLF.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., Meric, C., & Portalier, S. ; Collet, L. (1993). Discrimination de syllabes en perception visuelle de la parole. Actes de Colloque SCIAL' 93.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout L. (1994). La segmentation en perception visuelle de la parole. Acte de 23rd International Congress of Applied Psychology. Madrid.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., & Bedoin, N.(1996). Ressemblances et spécificités des mécanismes de lecture chez des sourds et des entendants, Sciences en fête, Lyon.
rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., & Bedoin, N.(1996). Rôle du code phonologique précoce en lecture silencieuse chez des sourds et des entendants. Actes de Colloque : Perception Cognition Handicap. Lyon.
rondb.gif (939 bytes) Baudequin F., Chauveau, L., & Paire-Ficout, L. (1996). Etude du code phonologique précoce chez des lycéens sourds sévères et profonds prélinguaux en lecture silencieuse. Actes de Colloque : Perception Cognition Handicap. Lyon.

ACTIVITES DE RECHERCHE 1990-1998

Maître de Mémoire (1992-1998) : Suivi de 4 mémoires réalisés par des étudiants pour l'obtention du Certificat d'Orthophonie, Université Claude Bernard Lyon 1.
Participation aux séminaires de recherche (1993-1998). Equipe d’Accueil de Doctorants " Perception Cognition Handicap " dirigée par Monsieur Serge Portalier; Département de Psychologie Cognitive, Université Lumière Lyon 2.
Participation aux séminaires de recherche (1990-1994). Laboratoire de Physiologie Sensorielle " Audition et Voix " URA CNRS 1447 dirigé par Monsieur Lionel Collet, Hopital E. Herriot, Lyon.
Echanges scientifiques avec le Laboratoire de Psychologie Expérimentale de l'Université Libre de Bruxelles (Projet soutenu par le Conseil Général).
Participation à l'organisation du Colloque " Perception Cognition Handicap " (Mars 1996). Université Lumière Lyon 2.
Participation à l'organisation d'une animation pour le salon HANDICA (Mars 1996) Lyon.
FINANCEMENTS
Obtention d’une bouse délivrée par le Conseil Général du Rhône.
Obtention d’une bourse doctorale délivrée par l’Association Recherche et Partage.

 

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rondline.gif (1516 bytes)Présentation d'un article de recherche

 

Référence de l'article : Paire-Ficout, L. (1997). Les difficultés d'accès au langage écrit chez les sourds. Les Cahiers de l’Audition, 10 (1), 25-28.

 

 

Les difficultés d'accès au langage écrit chez les sourds.

Laurence Paire-Ficout

 

Université Lumière Lyon 2. Laboratoire Perception Cognition Handicap.
5, avenue P. Mendès- France, 69676 Bron cedex. France.
Email : Paire-fi@univ-lyon2.fr

 

Introduction

L’objectif de cet article est de discuter un certain nombre d’hypothèses sur la manière dont les sujets sourds profonds accèdent et traitent le langage écrit. Les sourds dont il est question sont ceux qui présentent une surdité sévère ou profonde prélinguistique et auprès desquels l’apport prothétique se révèle peu profitable.
Dans la littérature, les travaux sur l’apprentissage de la lecture foisonnent. Il existe cependant un consensus général pour décrire les différentes phases de cette évolution.

Avant même de commencer son apprentissage, l’enfant est capable de reconnaître un certain nombre de mots. Ce sont les mots qu’ils rencontrent souvent dans son environnement comme par exemple COCA-COLA, STOP, Mc DONALD. C’est l’étape logographique qui se caractérise par sa nature picturale : les mots sont traités comme des images. Sur cette base, l’enfant se construit un vocabulaire dont l’étendue est limitée.

 

Ensuite, les lettres de l’alphabet sont présentées à l’enfant, il devient capable d’utiliser les relations qu’entretiennent les lettres ou les groupes de lettres avec les phonèmes. C’est l’étape phonologique. Il construit peu à peu un ensemble de règles de correspondances grapho-phonologiques qui vont lui permettre de décoder tous les mots même ceux qu’il recontre pour la première fois à l’écrit.

Par la suite les mots rencontrés souvent deviennent familiers et acquièrent un certain degré d’automaticité. Il n’est donc plus nécessaire de les déchiffrer segment par segment, lettre par lettre. Les mots sont reconnus directement à partir de leur représentation orthographique qui est stockée dans le lexique mental autrement dit en mémoire. C’est la phase orthographique.

Trois éléments sont importants dans cette évolution. Premièrement, lors de la phase logographique, c’est l’enfant lui-même qui fait ses découvertes. En revanche, la découverte du système alphabétique ne peut se réaliser que dans le cadre d’un apprentissage stucturé. Cela revient à dire que l’enfant lui-même ne peut pas découvrir les règles de correspondances grapho-phonologique. Deuxièmement, la médiation phonologique joue un rôle essentiel dans l’établissement de ces correspondances. Et c’est en grande partie la fonction auditive qui garantit cette médiation. Il s’agit de « fabriquer, à partir du mot écrit, une représentation mentale qui spécifie comment le mot s’entend et se prononce » (Content, 1993). Troisièmement, l’obtention de la signification d’un mot devient automatique si et seulement si l’enfant a construit un système de conversion grapho-phonologique et si ce dernier a acquis un certain degré d’automaticité.

Le lecteur devenu habile possède donc des connaissances (orthographique, phonologique, sémantique) sur un vaste ensemble de mots. L’idée dominante est que le degré de familiarité de ces mots détermine la manière dont le lecteur accède aux connaissances lexicales : si ce sont des mots familiers, le lecteur y accède directement grâce à un code orthographique, si ce sont des mots qu’il n’a jamais rencontrés à l’écrit, il va devoir les convertir en unités phonologiques. Ces deux voies d’accès aux représentations lexicales sont représentées dans les modèles de lecture à double voie. L’une est directe et suppose que la recherche de l’unité lexicale s’effectue directement sur la base d’un codage visuel ou orthographique du mot. L’autre voie suppose une médiation phonologique, c’est-à-dire une conversion en unités phonologiques. Les modèles classiques à double voie sont représentés sur la figure 1.

 

Représentation des modèles de reconnaissance de mots écrits : les modèles classiques à double voie.

Figure 1 : Représentation des modèles de reconnaissance de mots écrits : les modèles classiques à double voie.

La question qui se pose maintenant concerne la possibilité d’appliquer de tels modèles à des personnes sourdes. Nous savons que l’accès aux informations phonologiques est en partie médiatisé par la fonction auditive et que la conscience de ces représentations ne peut se développer que dans le cadre d’un apprentisage. Que se passe-t-il donc pour l’enfant sourd ? Parvient-il à apprécier des correspondances entre les lettres ou groupes de lettres et les phonèmes pour construire un système de règles de correspondances grapho-phonologiques? Ou va-t-il utiliser d’autres procédures pour apprendre à lire en s’affranchissant de la phonologie ?

 

Apprendre à lire sans phonologie ?

Apprendre à lire sans phonolgoie revient à se demander si un sujet peut devenir lecteur en utilisant exclusivement des indices visuels, autrement dit, en recourant à une procédure logographique ? Cela supposerait alors, de la part du sujet, de mémoriser la forme orthographique d’une dizaine de milliers de mots à l’aide d’un nombre relativement réduit de caractères (26 lettres en français). Nous savons d’ores et déjà que le risque de confusion est important. Mais nous savons également que les sourds sont dotés de capacités d’analyse visuelle très performantes. Ils sont, en effet, très précocement encouragés à utiliser des indices visuels et, de fait, le canal responsable de ces traitements est largement sollicité, ne serait ce que pour communiquer en langue des signes ou pour recevoir un message en lecture labiale auquel peut s’adjoindre une aide visuelle comme le LPC. Par ailleurs, de récents travaux en neuropsychologie, en particulier ceux de Neville et ses collaborateurs (1996, pour une sythèse récente en français), ont démontré que ces traitements avaient des substrats neuronaux spécifiques. Les aires corticales normalement destinées au traitement des informations auditives seraient destinées au traitement des informations visuelles chez des sujets sourds dont la langue des signes a été pratiquée depuis la naissance.

Du fait donc que les sourds présentent des avantages pour certains traitements visuels amène à se demander s’ils ne pourraient pas mettre à profit ces capacités au service du traitement du langage écrit. Autrement dit, il s’agit de savoir si les sourds peuvent s’affranchir de la phonologie -si difficile d’accès pour eux- pour parvenir à une lecture efficace ?

C’est une question qui reste pour l’instant sans réponse car elle demeure très peu documentée.
Il existe, en revanche, des arguments qui tendraient à montrer que la phonologie est incontournable tant pour l’apprentissage de la lecture que pour le traitement des mots écrits.

La phonologie est incontournable...

L’idée qu’un lecteur pourrait s’affranchir de la phonologie pour apprendre à lire est difficilement concevable. Tout d’abord parce qu’il existe une relation de causalité entre les deux procédures phonologique et orthographique. La seconde dépend en quelque sorte de la première. Les processus de reconnaissance de mots deviennent automatiques seulement lorsque le système phonologique est performant. Autrement dit, si ce système n’est pas élaboré, la procédure orthographique est compromise. Et cela a également pour conséquence de perturber le fonctionnement des deux voies d’accès au lexique.

D’autre part, un autre argument, qui fait encore l’objet de débat en psycholinguistique concerne le rôle de la phonologie dans les processus de reconnaissance de mot écrit. Jusqu’alors, la plupart des modèles classiques et en particulier les modèles à double voie, défendait l’idée selon laquelle la phonologie interviendrait uniquement pour les mots inconnus, pour lesquels il n’existe pas encore de représentation orthographique dans le lexique mental. Dans cette logique, aucun traitement d’ordre phonologique n’a lieu pour les mots familiers.

Cependant, un nouveau courant de recherche tend à montrer que la phonologie participe à la reconnaissance de mots indépendamment de leur degré de familiarité. Des techniques expérimentales permettent d’étudier, d’une manière très précise, les codages qui interviennent dans le traitement d’un mot écrit et permettent aussi de déterminer à quel moment ils interviennent. La technique d’Amorçage Sémantique Médiatisé par la Phonologie présente ces avantages. Elle consiste à présenter très rapidemant sur un écran d’ordinateur un premier mot (chant) pour lequel il existe un autre mot qui se prononce de la même manière (champ), lié au deuxième mot (pré). Le sujet doit appuyer le plus vite possible sur la touche OUI si ce dernier est un mot (pré) ou sur la touche NON si ce n’est pas un mot (cla). Des réponses plus rapides sont attendues quand les deux mots sont liés indirectement (chant-pré) que s’ils ne sont pas liés (nuage-blé), ce qui témoigne de l’intervention d’un code phonologique précoce.

Des données antérieures ont mis en évidence l’existence d’un code phonologique très précoce qui intervient lors des 100 premières millisecondes du traitement du mot écrit chez des sujets entendants (Bedoin, 1995, Paire-Ficout & Bedoin, 1996). Ce codage s’effectue de manière automatique parallèlement à un code orthographique lors des premières étapes de traitement.

La question qui a été posée concerne la possibilité, pour des lecteurs sourds sévères et profonds, d’utiliser un tel code en lecture silencieuse. Les sujets sont âgés de 15 à 30 ans, et présentent des niveaux de parole très divers. Les consignes sont dispensées à l’oral ou en français signé. La tâche consiste à appuyer le plus vite possible sur la touche OUI lorsqu’un mot apparaît à l’écran ou sur la touche NON pour indiquer que ce n’est pas un mot. Le logiciel enregistre les temps de réponse pour chaque essai. L’expérience dure environ 10 minutes.

Les résultats ont montré que le codage phonologique précoce observé à 100ms chez des lecteurs entendants n’apparaissait pas chez des lecteurs sourds (Paire-Ficout & Bedoin, 1996). Le but des expériences suivantes était de voir s’il pouvait se manifester plus tardivement. Les résultats ont en effet confirmé cette intuition : le code phonologique précoce apparaît vers 150ms pour se stabiliser vers 200ms chez des lecteurs sourds.

La différence temporelle dans l’intervention d’un code phonologique entre les lecteurs entendants et sourds peut s’interpréter en terme de « robustesse » des connaissances phonologiques. Les sourds, en particulier ceux qui ont paticipé à ces expérimentations, ont construit des connaissances phonologiques grâce à des expériences indirectement dérivées de l’audition telles que la lecture labiale, l’articulation, la dactylologie, etc. Et ces expériences indirectes ne sont en quelque sorte pas aussi puissantes que l’expérience auditive pour garantir la construction de connaissances phonologiques précises. Le caractère moins robuste de ces connaissances (Jacqueline Leybaert écrit que ces connaissances sont moins spécifiées chez les sourds, 1993 ; 1995) aurait comme conséquence de rendre moins automatique le codage phonologique précoce chez les lecteurs sourds.

La question de savoir grâce à quel processus cognitif un sujet sourd parvient à élaborer de telles connaissances fait l’objet de différentes hypothèses. Les plus fécondes actuellement suggèrent que toutes les expériences linguistiques agissent favorablement, de façon directe ou indirecte, sur la construction de connaissances phonologiques. L’éducation orthophonique favorise le recours à la multisensorialité, c’est-à-dire à l’utilisation de divers canaux sensoriels de manière à ce que l’enfant parviennent à extraire des indices discriminants pour chacun des phonèmes de la langue.

Le canal visuel en particulier est privilégié pour remplir cette fonction : la lecture labiale, le LPC, l’écrit, la dactylologie ainsi que la langue de signes peuvent avoir ces fonctions. Il est important, cependant, de noter que la lecture labiale, à elle seule, est insuffisante pour remplir cette fonction. L’image labiale des mots « gare » et « car », par exemple, est identique, ainsi que celle des mots « pain » « bain » « main ». Le Langage Parlé Complété permet de lever ces ambiguités et permet aussi, comme l’ont montré l’équipe de Jésus Alegria (Alegria, 1992 ; Leybaert & Charlier, 1996) qui étudie de manière très approfondie les apports du cet outil depuis plusieurs années, de favoriser la prise de conscience des différents contrastes phonologiques.

Le canal proprioceptif ou kinesthésique peut aussi contribuer à discriminer ces contrastes. Le fait par exemple de sentir où les vibrations se produisent ou comment l’air se répartit lors de la production d’un mot en comparaison à un autre sont autant d’indices qui vont permettre à l’enfant sourd de favoriser son exercice de discrimination des différents phonèmes de la langue. Il est clair que le canal auditif, dans la mesure où il peut être exploité, va également contribuer à ce travail de discrimination.

Conclusion

Deux hypothèses ont été étudiées, celle, d’une part, qui concerne la possibilité d’apprendre à lire sans phonologie, ce qui représenterait une économie considérable en mécanismes neuropsychologiques pour une personne sourde et celle, d’autre part, qui traite de la possibilité de construire et d’utiliser des connaissances phonologiques chez un lecteur sourd.

Il apparaît que la médiation phonologique joue un rôle essentiel dans les processus d’apprentissage de la lecture. Il apparaît également que lorsque nous lisons, même silencieusement, nous faisons appel à des représentations de type phonologique et que ces dernières jouent un rôle dans les processus de reconnaissance de mot écrit.

Ces données amènent finalement à la conclusion que la phonologie est incontournable pour apprendre à lire et pour traiter le langage écrit. Cela est du moins valable pour des systèmes d’écriture alphabétique - comme le français. Il serait intéressant d’étudier la manière dont les sourds accèdent à un système d’écriture logographique tel que le chinois où la phonologie a un rôle plus secondaire (Peereman& Holender, 1990).

Dans l’immédiat, les données disponibles nous permettent d’avancer l’idée que les sujets sourds peuvent développer des connaissances phonologiques et surtout utiliser leurs représentations dans les processus de reconnaissance de mot écrit. L’intervention de ces représentations est simplement plus tardive comparativement aux lecteurs entendants (200ms au lieu de 100ms). Cette différence s’explique probablement par le caractère moins précis de ces connaissances chez les lecteurs sourds. Il serait maintenant intéressant de se demander si cette différence apparaît également chez des lecteurs sourds éxposés au LPC depuis leur plus jeune âge.

Bibliographie

rondb.gif (939 bytes) Alegria, J. (1992). Lecture, phonologie et surdité. In A. Bentolila (ed), Lecture et Ecriture. Actes II. (pp. 75-100). Paris: Les entretiens Nathan.

rondb.gif (939 bytes) Content, A. (1993). Le rôle de la médiation phonologique dans l'acquisition de la lecture. In J.P. Jaffré, & M. Fayol (Eds), Lecture-Ecriture : acquisition, Les actes de la Villette (pp. 80-96), Paris : Nathan Pédagogie.

rondb.gif (939 bytes) Leybaert, J. (1993). Reading in the deaf : The role of phonological codes. In M. Marschark & M.D. Clarck (Eds.). Psychological perspectives on deafness (pp. 269-309). London : Lawrence Erlbaum Associates.

rondb.gif (939 bytes) Leybaert, J. (1995). Spelling development in deaf and hearing children: Evidence for use of morpho-phonological regularities in French, Reading and Writing, 7, 89-109.

rondb.gif (939 bytes) Leybaert & Charlier (1996). Rôle de la lecture labiale et du Cued-Speech dans la formation de représentations phonologiques par l’enfant sourd. Actes du Colloque PCH’96, 77-85.

rondb.gif (939 bytes) Neville, H. & Bavelier, D. (1996). L’extension des aires visuelles chez les sourds. La Recherche, 289, 90-93.

rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L. (1997). La phonologie est-elle un obstacle pour un sourd ? (à paraître).

rondb.gif (939 bytes) Paire-Ficout, L., & Bedoin, N. (1996). Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual. Revue de Neuropsychologie, 6 (2) 239-250.

rondb.gif (939 bytes) Peereman, R. & Holender, D. (1990). La reconnaissance des mots dans les écritures non-alphabétiques, European Bulletin of Cognitive Psychology, 10 (3), 289-339.

 

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rondline.gif (1516 bytes)Présentation d'un article de recherche

 

Référence de l'article : Paire-Ficout, L., & Bedoin, N. (1996). Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual. Revue de Neuropsychologie, 6(2), 239-250.

 

 

Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual.

Laurence Paire-Ficout et Nathalie Bedoin

 

Université Lumière Lyon 2. Laboratoire Perception Cognition Handicap.
5, avenue P. Mendès- France, 69676 Bron cedex. France.
Email : Paire-fi@univ-lyon2.fr

 

Résumé.

Cette recherche étudie les différences qualitatives entre les codes phonologiques précoces de sujets entendants et sourds profonds pré-linguaux, en lecture. Une expérience d'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie montre l'influence de la lisibilité labiale dans le processus de reconnaissance de mot écrit, en lecture silencieuse, chez les sourds. Mais cette variable visémique participe à un codage qui n'est pas à même d'activer des connaissances sémantiques dans les 100 premières ms de traitement. En revanche, chez les entendants, un code phonologique précoce peut activer à lui seul des connaissances sémantiques pendant ce même délai. De plus ce phénomène n'apparaît que lorsque le mot est facile à lire sur les lèvres.

 

Introduction.

La recherche présentée pose la question de l'intervention d'un code phonologique précoce dans la reconnaissance de mot chez le lecteur sourd profond pré-lingual. Il s'agit de dégager des différences qualitatives, quant aux aspects sous-tendant ce code, entre lecteurs sourds et entendants. Les interactions précoces entre traitements graphémiques et traitements d'ordre phonologique sont parfois étudiées en évaluant l'effet de variations portant uniquement sur un aspect phonologique du stimulus. Les résultats montrant de telles interactions n'ont cependant pas toujours pu être répliqués.

Une autre approche compare l'influence de ressemblances graphémiques et phonologiques dans des couples de stimuli, ou entre des pseudo-mots et des unités lexicales (pseudo-mots homophones ou effets respectifs de ressemblances graphémiques et/ou phonologiques d'un pseudo-mot avec un mot). Elle apporte des arguments plus largement favorables à des interactions grapho-phonologiques précoces en lecture, mais la question reste ouverte.

Une autre technique, d'usage plus récent (l'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie, ou ASMP), nous a fourni, dans de précédentes recherches, des données permettant de préciser à quel moment l'interaction de traitements graphémiques et phonologiques pouvait activer des connaissances sémantiques sur la base d'un mot écrit (Bedoin, 1994b). Il s'agit de présenter sur écran un mot amorce, pour lequel il existe un homophone sémantiquement lié au mot cible (exemple: maire - océan), ce dernier devant faire l'objet d'une décision lexicale. Un masque visuel (xxxxx) succède immédiatement à l'amorce. Une réponse plus rapide pour de tels couples que pour ceux qui ne présentent pas de lien sémantique médiatisé par la phonologie, suggère que l'unité lexicale correspondant à l'homophone de l'amorce (en l'occurrence: mer) a été activée, et ceci sur la base d'un traitement phonologique de l'amorce. Cette technique permet donc de savoir si l'amorce a fait l'objet d'un codage phonologique.

Afin d'étudier le décours temporel de celui-ci, nous avons fait varier le délai séparant l'apparition de l'amorce et celle de la cible (Stimuli Onset Asynchrony: SOA). Un effet d'ASMP apparaît pour un SOA de 100 ms (amorce de 50 ms et masque de 50 ms), comme le montrent aussi Lesch & Pollatsek (1993) dans une tâche de prononciation en anglais. Il semblerait donc qu'en plus d'un code visuel, un code phonologique précoce puisse activer des connaissances sémantiques dès les 100 premières ms de traitement d'un mot. Répliqué avec des pseudo-homophones en amorce (dans notre exemple, maire devient merre), cet effet semble effectivement pré-lexical (Bedoin, 1994a). Il disparaît cependant lorsque le masque intervient plus tard (SOA de 200 ms), sans doute une vérification orthographique (telle que décrite par Van Orden, 1987) a-t-elle alors le temps de s'effectuer, rejetant, parmi les candidats, ceux qui ont été sélectionnés essentiellement sur des indices phonologiques. L'effet d'ASMP réapparaît avec un SOA de 250 ms ou de 280 ms pour devenir plus systématique avec un SOA de 500 ms, témoignant vraisemblablement d'un code phonologique plus tardif et post-lexical. Dans la recherche présentée ici, nous nous intéressons au code phonologique intervenant dans les 100 premières ms de traitement d'un mot en lecture silencieuse, chez les lecteurs entendants et sourds profonds.

Il est tout d'abord légitime de se demander si un tel code peut se manifester chez des sourds profonds prélinguaux. En effet, l'existence d'entrées phonologiques est en partie garantie par les expériences auditive et orale. Chez les sourds, dépourvus d'audition depuis la naissance, ces expériences sont limitées, ce qui a pour conséquence immédiate de perturber l'acquisition naturelle et spontanée du langage oral, ainsi que l'élaboration d'un assembleur phonologique performant. Par conséquent, le maniement de la langue écrite est particulièrement laborieux. Aussi, l'idée selon laquelle les sourds utilisent un code exclusivement visuel (visuo-orthographique) en lecture a dominé pendant longtemps. Puis, des travaux plus récents ont mis en évidence la capacité des sourds à effectuer des traitements d'ordre phonologique. Dans des tâches d'association de paires d'images, les sourds mémorisent plus facilement les couples présentant un lien phonologique (exemple: chair/bear) que les couples ne présentant aucun lien (exemple: girl/bus), (Hermelin & O'Connor, 1973). De même, des paires de mots homophones (exemple: ate/eight) sont mieux mémorisés que des paires associées aléatoirement, même lorsque ces items sont présentés à l'écrit (Dodd & Hermelin, 1977, exp. 1). Selon Conrad (1979), c'est l'intelligibilité de la parole qui détermine la capacité à utiliser un code phonologique. C'est pourquoi il propose de distinguer les sourds "visuo-orthographiques" à parole peu intelligible, des sourds "phonologiques" à parole intelligible. Force est de constater que ces codes mis en évidence sont post lexicaux : ils deviennent disponibles après la reconnaissance des mots.

Certaines données suggèrent également qu'un code phonologique interviendrait lors de traitements plus précoces, en particulier dans le processus d'accès au lexique conduisant à la compréhension. En effet, la capacité des sourds à lire des pseudo-mots (Leybaert & Alegria, 1992) ainsi que leur capacité à utiliser des relations entre segments phonologiques et graphèmes (Hanson, Shankweiler, & Fischer, 1983; Hanson 1986) ont été démontrées. Ceci témoigne de leur aptitude à mettre en rapport des séquences de lettres avec les éléments phonémiques correspondants, c'est-à-dire à réaliser un processus d'assemblage pré-lexical. Dans cette logique, il est intéressant de se demander quel support, autre que l'audition, est impliqué dans ce codage.

Une contribution majeure à l'origine de ce code proviendrait d'informations visuelles fournies par la lecture labiale (Dodd & Hermelin, 1977; Alegria & Leybaert, 1991; Alegria, 1992). L'influence de la lisibilité labiale sur le rappel de listes de syllabes présentées à l'écrit a été relevée (Campbell & Wright, 1989). Les sourds rappellent plus facilement les listes de syllabes composées de phonèmes bien labialisés (exemple: pa, ba, ma) que celles comportant des phonèmes non labialisés (exemple: ka, ga, ra), effet n'apparaissant pas chez les entendants. Cela suppose l'intervention de composantes visuo-articulatoires (ou visémiques, le visème étant l'ensemble des indices visibles qui accompagnent la parole) dans le codage phonologique d'items écrits en vue de leur mémorisation. Pour notre part, nous souhaitons savoir si ces composantes jouent aussi un rôle dans le traitement précoce des mots lors du processus de reconnaissance en lecture.

Afin de contribuer à la description des codes phonologiques participant à la reconnaissance de mots en lecture chez les entendants et les sourds, cette recherche met en oeuvre la technique de l'ASMP et teste deux hypothèses.

Dans la première, il s'agit de savoir si les sourds profonds pré-linguaux peuvent disposer d'un code phonologique, susceptible d'activer des connaissances sémantiques lors des 100 premières millisecondes du processus de reconnaissance de mot, en lecture silencieuse, tout comme les entendants. Pour cela, nous comparons leurs performances à celles de sujets entendants dans une épreuve de décision lexicale sur des stimuli visuels verbaux, apparaissant après un mot amorce présenté 50 ms et un masque visuel de 50 ms. Dans certains cas, les amorces sont des mots pour lesquels il existe un homophone sémantiquement lié à la cible (exemple: chant-pré). Nous attendons de meilleures performances pour de tels stimuli que pour des couples sans lien particulier (effet d'ASMP), ce qui témoignerait d'un codage phonologique de l'amorce, seule base possible de l'activation du sens de l'homophone (ici: champ) pré-activant la cible (ici: pré).

La deuxième hypothèse porte sur le rôle de la lecture labiale en tant qu'élément constitutif du code phonologique précoce en lecture. Pour cela, nous faisons varier le degré de lisibilité labiale des mots amorces dans l'épreuve de décision lexicale. Nous pensons que les amorces faciles à lire sur les lèvres font plus aisément l'objet d'un codage phonologique chez le lecteur sourd. Ainsi, pour ces sujets, nous attendons à la fois des temps de réponse différents selon la lisibilité de l'amorce et un effet d'ASMP plus marqué lorsque l'amorce est facile à lire sur les lèvres.

Méthode.

Sujets. 32 étudiants entendants, dont 16 filles et 16 garçons (23,2 ans ; s = 2,8) de l'Université Lumière Lyon 2 et 7 sourds profonds pré-linguaux, dont 3 filles et 4 garçons (28,4 ans ; s = 7,3) ont participé à l'expérience. Tous sont dotés d'une vue normale ou corrigée.

Matériel. L'expérience a été réalisée avec le logiciel PsyScope, sur un Macintosh IIci. La liste comporte 72 couples de stimuli visuels. Les amorces sont toujours des mots ; 50% des cibles sont des mots et 50% sont des pseudo-mots. Parmi les 36 couples dont la cible est un mot, 12 ont en amorce un mot pour lequel il existe un homophone lié sémantiquement à la cible (MHL, exemple: chant - pré), 12 ont pour amorce un mot homophone sans lien (MHS, exemple: boue - dame), et les 12 autres un mot non homophone sans lien (MNS, exemple: chou - pie). Dans chacune de ces catégories, 50% des amorces ont un degré de lisibilité labiale élevé et les 50% restant un degré de lisibilité labiale faible. Les premières sont initialisées par des phonèmes bien labialisés comme /p/, /b/, /m/, les secondes par des phonèmes postérieurs donc non visibles comme par exemple /k/, /g/, /r/. Ce critère de lisibilité labiale a été évalué par des orthophonistes et testé sur des sujets sourds ; nous n'avons retenu que des mots classés comme extrêmes. Afin que la même proportion de cibles soit précédée d'un mot homophone dans le cas d'une réponse négative et dans celui d'une réponse positive, un tiers des pseudo-mots-cibles est précédé d'un mot homophone. Entre les différentes catégories, nous avons équilibré le nombre de lettres, de phonèmes et de syllabes des amorces (tous monosyllabiques) ainsi que des cibles, en veillant aussi à réduire le nombre de lettres et de phonèmes partagés par les amorces et leur cible.

Procédure. Les sujets, assis devant l'écran, sont testés individuellement. Un point de fixation apparaît au centre de l'écran pendant 800 ms, suivi d'un intervalle de 400 ms. Apparaît ensuite le mot amorce pendant 50 ms, immédiatement suivi d'un masque visuel (xxxxx). Puis vient la cible qui reste à l'écran jusqu'à ce que le sujet donne sa réponse. Un intervalle de 2000 ms précède l'arrivée de l'item suivant. Les sujets ont pour consigne de porter attention à l'amorce et de faire une décision lexicale sur la cible, de façon aussi rapide et précise que possible. La moitié des droitiers et la moitié des gauchers répondent en appuyant sur une touche avec l'index gauche pour une décision négative et l'index droit pour une décision positive. Les autres font l'inverse. Après 10 essais, l'expérience commence.

Résultats.

Pour chaque groupe (entendants et sourds), nous avons réalisé une analyse de variance à deux facteurs - Lisibilité Labiale de l'amorce, deux niveaux: faible et forte; Amorce, trois niveaux: mot homophone lié (MHL), mot homophone sans lien (MHS) et mot non homophone sans lien (MNS) - sur les temps de réponse pour les décisions positives exactes, en supprimant les temps supérieurs au double de la moyenne et inférieurs à la moitié de celle-ci. Nous avons également pratiqué deux analyses par items, avec un plan hiérarchisé imbriquant le facteur Items dans le facteur Amorce. Les taux d'erreurs étant très faibles (< 7%), nous ne présentons pas d'analyse à leur sujet.

Pour le groupe des entendants, l'effet de l'amorce n'est significatif ni par sujet, ni par item. L'effet de la lisibilité labiale de l'amorce n'est pas significatif non plus (648,05 ms si la lisibité labiale est faible et 661,77 ms si elle est forte). L'interaction Lisibilité Labiale X Amorce est, quant à elle, significative [F(2, 62) = 3.811, p=.028]. Pour les cibles précédées d'un MHL, les temps de réponse sont plus brefs que pour les cibles précédées d'un MHS (effet d'ASMP) si l'amorce est facile à lire sur les lèvres [F(1, 62) = 4.507, p=.038 pour les sujets et F(1, 558) = 3.523, p=.061 pour les items], mais pas si elle a une faible lisibilité labiale [F(1, 62) = 2.896, p=.09] pour les sujets et F(1, 558) = 1.862, p=.173 pour les items] (voir fig. 1).

Pour les sujets sourds, l'effet de la lisibilité labiale est significatif [F(1, 6) = 4.654, p=.07 pour les sujets, F(1, 233) = 4.235 p=.04 pour les items], les temps de réponse étant plus courts lorsque l'amorce est difficile à lire sur les lèvres (793,01 ms) que lorsqu'elle est facile (879,95 ms). L'effet de l'amorce n'est significatif ni par sujet, ni par item et l'interaction Lisibilité Labiale X Amorce non plus. Aucun effet d'ASMP n'apparaît, que l'amorce soit facile à lire sur les lèvres ou non (voir fig. 2).

 

 

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Discussion.

Lisibilité labiale.

Certains travaux ont montré que la lisibilité labiale pouvait affecter le traitement du langage parlé ou la mémorisation à court terme chez des sourds profonds pré-linguaux. D'après nos données, cette caractéristique semble également jouer un rôle dans les 100 premières ms de traitement qu'ils opèrent sur un mot écrit. L'influence de la lisibilité labiale de l'amorce suggère en effet que leur processus de reconnaissance de mot en lecture admet des composantes visémiques. L'idée d'un code phonologique mis en place en partie grâce à la lecture labiale chez les sourds a déjà été avancée. D'après Alegria (1992), ces sujets pourraient s'appuyer sur des informations issues de la lecture labiale dans la construction d'un tel code, pour la mise en place duquel les entendants se baseraient largement sur des éléments articulatoires et auditifs. La construction de ce code serait probablement le reflet de leur expérience orthophonique, durant laquelle est renforcé l'entraînement de saisie visuelle des micro-mouvements produits par les articulateurs. Aussi l'existence d'un effet de la lisibilité labiale pourrait-il ici être interprété comme un indice de la participation d'un code phonologique au processus de reconnaissance de mot écrit chez les sourds.

Afin d'expliquer que cet effet se traduise par un retard de la décision sur la cible lorsque l'amorce est facile à lire sur les lèvres, nous suggérons l'interprétation suivante. Le codage phonologique des amorces dotées d'une bonne lisibilité labiale serait plus facile, permettant de les traiter de façon plus approfondie. Mais étant donnée la rapidité de succession amorce-cible (SOA=100ms), la mobilisation de capacités de traitement pour reconnaître l'amorce se ferait au détriment de la reconnaissance de la cible. Lorsqu'un mot comporte, au contraire, un phonème initial invisible, son correspondant articulatoire est certainement difficile à reconnaître par le sourd, qui aurait aussi tendance à le confondre avec d'autres correspondants articulatoires. Il s'ensuit que de tels phonèmes (abstraits) seraient plus flous et ambigus. Aussi, les règles de traduction graphème-phonème qui les impliquent seraient-elles moins efficaces. Un codage phonologique nécessitant leur utilisation ne pourrait se développer, ce qui limiterait l'approfondissement du traitement de l'amorce. Dans notre expérience, les capacités de traitement seraient alors disponibles pour une reconnaissance rapide de la cible.

Codage phonologique, sémantique et lisibilité labiale.

Nous avons observé une absence d'effet d'ASMP chez les sourds : les réponses ne sont pas plus rapides dans la condition où l'amorce et la cible sont sémantiquement liées via la phonologie. Cette donnée ne permet pas d'affirmer qu'aucun code phonologique n'intervient lors d'une étape aussi précoce. Elle montre simplement qu'aucun code phonologique n'est alors à même d'activer à lui seul des connaissances sémantiques. Tout se passe comme si le codage (certainement d'ordre phonologique) sensible à la lisibilité labiale permettait de traiter l'amorce de façon plus approfondie lorsqu'elle est facile à lire sur les lèvres, sans toutefois être suffisamment complet pour activer, à lui seul, des connaissances sémantiques.

Le résultat le plus surprenant de notre expérience est l'interaction entre les variables Amorce et Lisibilité Labiale chez les entendants. Certes, l'effet principal de la lisibilité labiale n'est pas significatif, mais son interaction avec le type d'amorce suggère que cette variable a une influence plus spécifique. Comme chez les sourds, les temps de réponse sont plus longs lorsque l'amorce est facile à lire sur les lèvres, s'il n'existe aucun lien entre l'amorce et la cible (MHS et MNS). Ceci suggère, tout d'abord, que la lisibilité labiale est susceptible d'affecter le traitement d'un mot écrit chez des lecteurs entendants. Mais contrairement à ce qui est observé chez les sourds, la facilité de lecture labiale de l'amorce n'est plus source de retard, lorsque l'amorce et la cible présentent un lien sémantique médiatisé par la phonologie. Ceci se traduit par un effet d'ASMP (réponse plus rapide en présence d'un lien sémantique médiatisé par la phonologie qu'en l'absence d'une telle relation) dans la seule condition où l'amorce est un mot facile à lire sur les lèvres. La différence d'effet d'ASMP selon la lisibilité labiale suggère que des aspects visémiques constituent l'une des composantes d'un code phonologique, même chez des entendants. Ces résultats s'accordent avec ceux de McGurk & McDonald (1976) qui ont montré que les entendants exploitaient les informations provenant de la lecture labiale: un sujet, à qui sont présentées simultanément la syllabe /ba/ en modalité auditive et la syllabe /ga/ en modalité visuelle (une bouche réalise les gestes articulatoires correspondant à cette syllabe), va systématiquement dire qu'il a perçu la syllabe /da/. Cette illusion perceptive résulte de l'intégration des deux sources d'information et suggère que l'information visuelle fournie par les articulateurs fait partie intégrante du processus de traitement de la parole chez les entendants. Toutefois, ces données s'appliquent à une situation expérimentale toute particulière conduite à l'aide d'un matériel audio-visuel. L'interaction étudiée dans notre recherche concerne, quant à elle, le lien entre un matériel écrit et des composantes labiales, relation à ce jour peu documentée expérimentalement.

Conclusion.

Cette étude visait à préciser d'éventuelles différences entre les codes phonologiques en lecture silencieuse utilisés par des personnes entendantes et sourdes profondes pré-linguales. Une expérience d'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie nous a permis de montrer l'influence de la lecture labiale dans le processus de reconnaissance de mot chez les sourds. Par ailleurs, cette variable visémique, constituant vraisemblement une dimension de leur code phonologique, n'est pas à même d'activer des connaissances sémantiques dans les 100 premières ms de traitement. Aussi, serait-il intéressant, pour poursuivre ce travail, de tester si un temps de traitement de l'amorce plus important permet d'effectuer un codage phonologique suffisamment complet pour servir de support à l'activation de connaissances sémantiques.

Chez les entendants, nous avons montré non seulement une influence de la lisibilité labiale du mot amorce, mais surtout l'interaction de cette variable avec la présence d'un lien sémantique médiatisé par la phonologie. En effet, chez ces derniers, lors des 100 premières ms du traitement d'un mot écrit, il s'avère qu'un code phonologique peut activer à lui seul des connaissances sémantiques, à condition que ce mot soit facile à lire sur les lèvres.

 

Références.

rondb.gif (939 bytes) Alegria, J. (1992). Lecture, phonologie et surdité. In A. Bentolila A. (Ed.), Lecture et écriture, Actes II (pp.75-100). Paris: Les Entretiens Nathan.

rondb.gif (939 bytes) Alegria, J., & Leybaert, J. (1991). Mécanisme d'identification de mots chez les sourds. In R. Kolinsky, J. Morais, & J. Segui (Eds.), La reconnaissance des mots dans les différentes modalités sensorielles: Etudes de psycholinguistique cognitive (pp. 277-304). Paris : Presses Universitaires de France.

rondb.gif (939 bytes) Alegria, J., & Leybaert, J. (1992). Codes phonologiques et identification de mots chez les enfants sourds. In P. Lecocq (Ed.), La lecture, processus, apprentissage, évaluation, troubles (pp. 231-252). Lille : Presses Universitaires de Lille.

rondb.gif (939 bytes) Bedoin, N. (1994a). Codages phonologique et sémantique dans les premières étapes de traitement d'un mot écrit. Paper presented at the Xème Colloque International SGAV, Parcours d'Acquisition du Langage: Psychologie et Didactique. Poitiers, France. Submitted at Revue de Phonétique Appliquée.

rondb.gif (939 bytes) Bedoin, N. (1994b). Phonological and semantic codes and word recognition in reading. Paper presented at the 23rd International Congress of Applied Psychology. Madrid, Espagne.

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rondb.gif (939 bytes) Conrad, R. (1979). The deaf school child. London : Harper and Row.

rondb.gif (939 bytes) Dodd, R., & Hermelin, B. (1977). Phonological coding by the prelinguistically deaf. Perception and Psychophysics, 21, 413-417.

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rondb.gif (939 bytes) Lesch, M. F., & Pollatsek, A. (1993). Automatic access of semantic information by phonological codes in visual word recognition. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory and Cognition, 19 (2), 285-294.

rondb.gif (939 bytes) Leybaert, J., & Alegria, J. (en prép.). Use of morpho-phonological regularities by deaf children.

rondb.gif (939 bytes) McGurk, H., & McDonald, J. (1976) Hearing lips and seeing voices. Nature, 264, 746-748.

rondb.gif (939 bytes)Van Orden, G. C. (1987). A ROWS is a ROSE : Spelling, sound and reading. Memory and Cognition, 15, 181-198.

 

Abstract.

We study qualitative differences between early phonological codes in hearing subjects and in pre-lingual deep deaf subjects in reading. A phonologically mediated semantic priming experiment points out the effect of lipreadability in the printed word recognition process, in silent reading, in deaf subjects. But this “ visemic ” variable is involved in a code that is unable to activate semantic knowledges during the first 100 ms of the process. However, in hearing subjects, an early phonological code can be the only base for the activation of some semantic knowledges during this delay. In addition, this phenomenon appears only when the word is easy to read on the lips.

 

rondline.gif (1516 bytes)Activités d'enseignement Haut de page

 

Enseignante spécialisée auprès d'enfants sourds (1989-1992). Institut Plein Vent, St Etienne.
Chargée de cours - (ATER, 1996-1997).
Université Claude Bernard Lyon 1, Institut Techniques de Réadaptation, Ecole d'Orthophonie, (1992-1998, 25 h/an) : Introduction à la psychologie cognitive - Psychologie et surdité - Incidences de la surdité sur l’apprentissage du langage oral et écrit - Développement psycholinguistique de l’enfant sourd profond.
Université de Savoie. Interventions auprès de futurs enseignants spécialisés préparant le CAPEJS (Certificat d'Aptitude au Professorat d'Enseignement aux Jeunes Sourds) (1992-93, 24 h), Chambéry.
Université Claude Bernard Lyon 1. Interventions auprès de futurs enseignants spécialisés préparant le CAPSAIS (1992-95, 10 h/an), Lyon.
 

Université Lumière Lyon 2 :

rondb.gif (939 bytes) TD 2ème année DEUG (1993-1998, 24 h/an). Psychologie cognitive et différentielle : Réflexion sur le thème de la surdité - Initiation aux techniques expérimentales - Elaboration d’une expérimentation en lien avec le sujet proposé.

rondb.gif (939 bytes) TD Licence (1994-1998 24h/an). Unité de valeur de préprofessionnalisation s’adressant principalement à des étudiants préparant le concours de l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) : L’intégration de l’enfant handicapé sensoriel à l’école.

rondb.gif (939 bytes) TD de statistique 2ème année DEUG (1996-1998 24h/an). Moyenne - Variance - Ecart-type - Test de comparaison de moyenne - Test du chi 2.

rondb.gif (939 bytes) TD de Maîtrise (1996-1998 24h/an).  Elaboration du stage. Réflexion autour de la notion de stage - Accompagnement dans les démarches de demande de stage auprès d’une institution - Simulation d’entretien avec support vidéo.

rondb.gif (939 bytes) Interventions dans le cadre de la Formation Continue auprès des Interprètes en Langue des Signes (1994-1995, 14 h). Notion de mémoires : mémoire sensorielle, mémoire à court terme, mémoire de travail, mémoire à long terme. Applications à des situations d’interprétariat.

 

rondline.gif (1516 bytes)Activités administratives Haut de page

 

 

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