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Docteur en Psychologie
E-m@il
Activité de recherche (Communications orales et affichées et publications)
Présentation de l'article "Les difficultés d'accès au langage écrit chez les sourds."
Présentation de l'article "Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual."
Activité d'enseignement
Activité administrative
COMMUNICATIONS ORALES |
| Séminaire jeunes chercheurs " Société Française d'Acoustique " (Novembre 1992), Bordeaux. |
| Réunion " Club de Neuro Audio Acoustique " (Mars 1993). Lausanne. |
| Colloque " SCIAL' 93 : Sciences Cognitives, Informatique, Apprentissage des Langues " (Octobre 1993). Clermont-Ferrand. |
| Invitée au séminaire du Laboratoire de Psychologie Expérimentale par Jésus Alegria (Février 1994). Bruxelles. |
| " 23rd International Congress of Applied Psychology " (Juillet1994). Madrid. |
| Colloque " Société Française de Psychologie " (Octobre 1994). Montpellier. |
| Colloque " Perception Cognition Handicap " (Mars 1996). Lyon. |
| Colloque " Du signal au sens : modèles et interrogations pour une éducation auditive " ANPEDA, (Mars 1997). Paris. |
| Journées " Connaître la surdité " SSEFIS, Lyon. |
COMMUNICATIONS AFFICHÉES |
| XXIVe Journées d'Etudes de l'APSLF (Septembre 1993). Aix en Provence. |
| Sciences en fêtes (Octobre 1995). Lyon. |
| Salon Handica (Mars 1996). Lyon. |
| Congrès International de Psychologie (Août 1996). Montréal. |
PUBLICATIONS |
ACTIVITES DE RECHERCHE 1990-1998 |
| Maître de Mémoire (1992-1998) : Suivi de 4 mémoires réalisés par des étudiants pour l'obtention du Certificat d'Orthophonie, Université Claude Bernard Lyon 1. |
| Participation aux séminaires de recherche (1993-1998). Equipe dAccueil de Doctorants " Perception Cognition Handicap " dirigée par Monsieur Serge Portalier; Département de Psychologie Cognitive, Université Lumière Lyon 2. |
| Participation aux séminaires de recherche (1990-1994). Laboratoire de Physiologie Sensorielle " Audition et Voix " URA CNRS 1447 dirigé par Monsieur Lionel Collet, Hopital E. Herriot, Lyon. |
| Echanges scientifiques avec le Laboratoire de Psychologie Expérimentale de l'Université Libre de Bruxelles (Projet soutenu par le Conseil Général). |
| Participation à l'organisation du Colloque " Perception Cognition Handicap " (Mars 1996). Université Lumière Lyon 2. |
| Participation à l'organisation d'une animation pour le salon HANDICA (Mars 1996) Lyon. |
| FINANCEMENTS |
| Obtention dune bouse délivrée par le Conseil Général du Rhône. |
| Obtention dune bourse doctorale délivrée par lAssociation Recherche et Partage. |
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| Les difficultés d'accès au langage écrit chez les sourds. Laurence Paire-Ficout |
Université Lumière Lyon 2.
Laboratoire Perception Cognition Handicap. |
Introduction |
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Ensuite, les lettres de lalphabet
sont présentées à lenfant, il devient capable dutiliser les relations
quentretiennent les lettres ou les groupes de lettres avec les phonèmes. Cest
létape phonologique. Il construit peu à peu un ensemble de règles de
correspondances grapho-phonologiques qui vont lui permettre de décoder tous les mots
même ceux quil recontre pour la première fois à lécrit. |
Trois éléments sont importants dans cette évolution. Premièrement, lors de la phase logographique, cest lenfant lui-même qui fait ses découvertes. En revanche, la découverte du système alphabétique ne peut se réaliser que dans le cadre dun apprentissage stucturé. Cela revient à dire que lenfant lui-même ne peut pas découvrir les règles de correspondances grapho-phonologique. Deuxièmement, la médiation phonologique joue un rôle essentiel dans létablissement de ces correspondances. Et cest en grande partie la fonction auditive qui garantit cette médiation. Il sagit de « fabriquer, à partir du mot écrit, une représentation mentale qui spécifie comment le mot sentend et se prononce » (Content, 1993). Troisièmement, lobtention de la signification dun mot devient automatique si et seulement si lenfant a construit un système de conversion grapho-phonologique et si ce dernier a acquis un certain degré dautomaticité. |
Le lecteur devenu habile possède donc des connaissances (orthographique, phonologique, sémantique) sur un vaste ensemble de mots. Lidée dominante est que le degré de familiarité de ces mots détermine la manière dont le lecteur accède aux connaissances lexicales : si ce sont des mots familiers, le lecteur y accède directement grâce à un code orthographique, si ce sont des mots quil na jamais rencontrés à lécrit, il va devoir les convertir en unités phonologiques. Ces deux voies daccès aux représentations lexicales sont représentées dans les modèles de lecture à double voie. Lune est directe et suppose que la recherche de lunité lexicale seffectue directement sur la base dun codage visuel ou orthographique du mot. Lautre voie suppose une médiation phonologique, cest-à-dire une conversion en unités phonologiques. Les modèles classiques à double voie sont représentés sur la figure 1. |
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Figure 1 : Représentation des modèles de reconnaissance de mots écrits : les modèles classiques à double voie. |
La question qui se pose maintenant concerne la possibilité dappliquer de tels modèles à des personnes sourdes. Nous savons que laccès aux informations phonologiques est en partie médiatisé par la fonction auditive et que la conscience de ces représentations ne peut se développer que dans le cadre dun apprentisage. Que se passe-t-il donc pour lenfant sourd ? Parvient-il à apprécier des correspondances entre les lettres ou groupes de lettres et les phonèmes pour construire un système de règles de correspondances grapho-phonologiques? Ou va-t-il utiliser dautres procédures pour apprendre à lire en saffranchissant de la phonologie ? |
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Apprendre à lire sans phonologie
? |
Du fait donc que les sourds présentent des avantages pour certains traitements visuels amène à se demander sils ne pourraient pas mettre à profit ces capacités au service du traitement du langage écrit. Autrement dit, il sagit de savoir si les sourds peuvent saffranchir de la phonologie -si difficile daccès pour eux- pour parvenir à une lecture efficace ? |
Cest une question qui reste pour
linstant sans réponse car elle demeure très peu documentée. |
La phonologie est
incontournable... |
Dautre part, un autre argument, qui fait encore lobjet de débat en psycholinguistique concerne le rôle de la phonologie dans les processus de reconnaissance de mot écrit. Jusqualors, la plupart des modèles classiques et en particulier les modèles à double voie, défendait lidée selon laquelle la phonologie interviendrait uniquement pour les mots inconnus, pour lesquels il nexiste pas encore de représentation orthographique dans le lexique mental. Dans cette logique, aucun traitement dordre phonologique na lieu pour les mots familiers. |
Cependant, un nouveau courant de recherche tend à montrer que la phonologie participe à la reconnaissance de mots indépendamment de leur degré de familiarité. Des techniques expérimentales permettent détudier, dune manière très précise, les codages qui interviennent dans le traitement dun mot écrit et permettent aussi de déterminer à quel moment ils interviennent. La technique dAmorçage Sémantique Médiatisé par la Phonologie présente ces avantages. Elle consiste à présenter très rapidemant sur un écran dordinateur un premier mot (chant) pour lequel il existe un autre mot qui se prononce de la même manière (champ), lié au deuxième mot (pré). Le sujet doit appuyer le plus vite possible sur la touche OUI si ce dernier est un mot (pré) ou sur la touche NON si ce nest pas un mot (cla). Des réponses plus rapides sont attendues quand les deux mots sont liés indirectement (chant-pré) que sils ne sont pas liés (nuage-blé), ce qui témoigne de lintervention dun code phonologique précoce. |
Des données antérieures ont mis en évidence lexistence dun code phonologique très précoce qui intervient lors des 100 premières millisecondes du traitement du mot écrit chez des sujets entendants (Bedoin, 1995, Paire-Ficout & Bedoin, 1996). Ce codage seffectue de manière automatique parallèlement à un code orthographique lors des premières étapes de traitement. |
La question qui a été posée concerne
la possibilité, pour des lecteurs sourds sévères et profonds, dutiliser un tel
code en lecture silencieuse. Les sujets sont âgés de 15 à 30 ans, et présentent des
niveaux de parole très divers. Les consignes sont dispensées à loral ou en
français signé. La tâche consiste à appuyer le plus vite possible sur la touche OUI
lorsquun mot apparaît à lécran ou sur la touche NON pour indiquer que ce
nest pas un mot. Le logiciel enregistre les temps de réponse pour chaque essai.
Lexpérience dure environ 10 minutes. |
La différence temporelle dans
lintervention dun code phonologique entre les lecteurs entendants et sourds
peut sinterpréter en terme de « robustesse » des connaissances
phonologiques. Les sourds, en particulier ceux qui ont paticipé à ces expérimentations,
ont construit des connaissances phonologiques grâce à des expériences indirectement
dérivées de laudition telles que la lecture labiale, larticulation, la
dactylologie, etc. Et ces expériences indirectes ne sont en quelque sorte pas aussi
puissantes que lexpérience auditive pour garantir la construction de connaissances
phonologiques précises. Le caractère moins robuste de ces connaissances (Jacqueline
Leybaert écrit que ces connaissances sont moins spécifiées chez les sourds, 1993 ;
1995) aurait comme conséquence de rendre moins automatique le codage phonologique
précoce chez les lecteurs sourds. |
Le canal visuel en particulier est privilégié pour remplir cette fonction : la lecture labiale, le LPC, lécrit, la dactylologie ainsi que la langue de signes peuvent avoir ces fonctions. Il est important, cependant, de noter que la lecture labiale, à elle seule, est insuffisante pour remplir cette fonction. Limage labiale des mots « gare » et « car », par exemple, est identique, ainsi que celle des mots « pain » « bain » « main ». Le Langage Parlé Complété permet de lever ces ambiguités et permet aussi, comme lont montré léquipe de Jésus Alegria (Alegria, 1992 ; Leybaert & Charlier, 1996) qui étudie de manière très approfondie les apports du cet outil depuis plusieurs années, de favoriser la prise de conscience des différents contrastes phonologiques. |
Le canal proprioceptif ou kinesthésique peut aussi contribuer à discriminer ces contrastes. Le fait par exemple de sentir où les vibrations se produisent ou comment lair se répartit lors de la production dun mot en comparaison à un autre sont autant dindices qui vont permettre à lenfant sourd de favoriser son exercice de discrimination des différents phonèmes de la langue. Il est clair que le canal auditif, dans la mesure où il peut être exploité, va également contribuer à ce travail de discrimination. |
Conclusion |
Ces données amènent finalement à la
conclusion que la phonologie est incontournable pour apprendre à lire et pour traiter le
langage écrit. Cela est du moins valable pour des systèmes décriture
alphabétique - comme le français. Il serait intéressant détudier la manière
dont les sourds accèdent à un système décriture logographique tel que le chinois
où la phonologie a un rôle plus secondaire (Peereman& Holender, 1990). |
Bibliographie |
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| Code phonologique précoce et lisibilité labiale des mots chez le lecteur entendant et le lecteur sourd profond pré-lingual. Laurence Paire-Ficout et Nathalie Bedoin |
Université Lumière Lyon 2.
Laboratoire Perception Cognition Handicap. |
Résumé. |
Cette recherche étudie les différences qualitatives entre les codes phonologiques précoces de sujets entendants et sourds profonds pré-linguaux, en lecture. Une expérience d'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie montre l'influence de la lisibilité labiale dans le processus de reconnaissance de mot écrit, en lecture silencieuse, chez les sourds. Mais cette variable visémique participe à un codage qui n'est pas à même d'activer des connaissances sémantiques dans les 100 premières ms de traitement. En revanche, chez les entendants, un code phonologique précoce peut activer à lui seul des connaissances sémantiques pendant ce même délai. De plus ce phénomène n'apparaît que lorsque le mot est facile à lire sur les lèvres. |
Introduction. |
La recherche présentée pose la question de l'intervention d'un code phonologique précoce dans la reconnaissance de mot chez le lecteur sourd profond pré-lingual. Il s'agit de dégager des différences qualitatives, quant aux aspects sous-tendant ce code, entre lecteurs sourds et entendants. Les interactions précoces entre traitements graphémiques et traitements d'ordre phonologique sont parfois étudiées en évaluant l'effet de variations portant uniquement sur un aspect phonologique du stimulus. Les résultats montrant de telles interactions n'ont cependant pas toujours pu être répliqués. |
Une autre approche compare l'influence de ressemblances graphémiques et phonologiques dans des couples de stimuli, ou entre des pseudo-mots et des unités lexicales (pseudo-mots homophones ou effets respectifs de ressemblances graphémiques et/ou phonologiques d'un pseudo-mot avec un mot). Elle apporte des arguments plus largement favorables à des interactions grapho-phonologiques précoces en lecture, mais la question reste ouverte. |
Une autre technique, d'usage plus récent (l'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie, ou ASMP), nous a fourni, dans de précédentes recherches, des données permettant de préciser à quel moment l'interaction de traitements graphémiques et phonologiques pouvait activer des connaissances sémantiques sur la base d'un mot écrit (Bedoin, 1994b). Il s'agit de présenter sur écran un mot amorce, pour lequel il existe un homophone sémantiquement lié au mot cible (exemple: maire - océan), ce dernier devant faire l'objet d'une décision lexicale. Un masque visuel (xxxxx) succède immédiatement à l'amorce. Une réponse plus rapide pour de tels couples que pour ceux qui ne présentent pas de lien sémantique médiatisé par la phonologie, suggère que l'unité lexicale correspondant à l'homophone de l'amorce (en l'occurrence: mer) a été activée, et ceci sur la base d'un traitement phonologique de l'amorce. Cette technique permet donc de savoir si l'amorce a fait l'objet d'un codage phonologique. |
Afin d'étudier le décours temporel de celui-ci, nous avons fait varier le délai séparant l'apparition de l'amorce et celle de la cible (Stimuli Onset Asynchrony: SOA). Un effet d'ASMP apparaît pour un SOA de 100 ms (amorce de 50 ms et masque de 50 ms), comme le montrent aussi Lesch & Pollatsek (1993) dans une tâche de prononciation en anglais. Il semblerait donc qu'en plus d'un code visuel, un code phonologique précoce puisse activer des connaissances sémantiques dès les 100 premières ms de traitement d'un mot. Répliqué avec des pseudo-homophones en amorce (dans notre exemple, maire devient merre), cet effet semble effectivement pré-lexical (Bedoin, 1994a). Il disparaît cependant lorsque le masque intervient plus tard (SOA de 200 ms), sans doute une vérification orthographique (telle que décrite par Van Orden, 1987) a-t-elle alors le temps de s'effectuer, rejetant, parmi les candidats, ceux qui ont été sélectionnés essentiellement sur des indices phonologiques. L'effet d'ASMP réapparaît avec un SOA de 250 ms ou de 280 ms pour devenir plus systématique avec un SOA de 500 ms, témoignant vraisemblablement d'un code phonologique plus tardif et post-lexical. Dans la recherche présentée ici, nous nous intéressons au code phonologique intervenant dans les 100 premières ms de traitement d'un mot en lecture silencieuse, chez les lecteurs entendants et sourds profonds. |
Il est tout d'abord légitime de se demander si un tel code peut se manifester chez des sourds profonds prélinguaux. En effet, l'existence d'entrées phonologiques est en partie garantie par les expériences auditive et orale. Chez les sourds, dépourvus d'audition depuis la naissance, ces expériences sont limitées, ce qui a pour conséquence immédiate de perturber l'acquisition naturelle et spontanée du langage oral, ainsi que l'élaboration d'un assembleur phonologique performant. Par conséquent, le maniement de la langue écrite est particulièrement laborieux. Aussi, l'idée selon laquelle les sourds utilisent un code exclusivement visuel (visuo-orthographique) en lecture a dominé pendant longtemps. Puis, des travaux plus récents ont mis en évidence la capacité des sourds à effectuer des traitements d'ordre phonologique. Dans des tâches d'association de paires d'images, les sourds mémorisent plus facilement les couples présentant un lien phonologique (exemple: chair/bear) que les couples ne présentant aucun lien (exemple: girl/bus), (Hermelin & O'Connor, 1973). De même, des paires de mots homophones (exemple: ate/eight) sont mieux mémorisés que des paires associées aléatoirement, même lorsque ces items sont présentés à l'écrit (Dodd & Hermelin, 1977, exp. 1). Selon Conrad (1979), c'est l'intelligibilité de la parole qui détermine la capacité à utiliser un code phonologique. C'est pourquoi il propose de distinguer les sourds "visuo-orthographiques" à parole peu intelligible, des sourds "phonologiques" à parole intelligible. Force est de constater que ces codes mis en évidence sont post lexicaux : ils deviennent disponibles après la reconnaissance des mots. |
Certaines données suggèrent également qu'un code phonologique interviendrait lors de traitements plus précoces, en particulier dans le processus d'accès au lexique conduisant à la compréhension. En effet, la capacité des sourds à lire des pseudo-mots (Leybaert & Alegria, 1992) ainsi que leur capacité à utiliser des relations entre segments phonologiques et graphèmes (Hanson, Shankweiler, & Fischer, 1983; Hanson 1986) ont été démontrées. Ceci témoigne de leur aptitude à mettre en rapport des séquences de lettres avec les éléments phonémiques correspondants, c'est-à-dire à réaliser un processus d'assemblage pré-lexical. Dans cette logique, il est intéressant de se demander quel support, autre que l'audition, est impliqué dans ce codage. |
Une contribution majeure à l'origine de ce code proviendrait d'informations visuelles fournies par la lecture labiale (Dodd & Hermelin, 1977; Alegria & Leybaert, 1991; Alegria, 1992). L'influence de la lisibilité labiale sur le rappel de listes de syllabes présentées à l'écrit a été relevée (Campbell & Wright, 1989). Les sourds rappellent plus facilement les listes de syllabes composées de phonèmes bien labialisés (exemple: pa, ba, ma) que celles comportant des phonèmes non labialisés (exemple: ka, ga, ra), effet n'apparaissant pas chez les entendants. Cela suppose l'intervention de composantes visuo-articulatoires (ou visémiques, le visème étant l'ensemble des indices visibles qui accompagnent la parole) dans le codage phonologique d'items écrits en vue de leur mémorisation. Pour notre part, nous souhaitons savoir si ces composantes jouent aussi un rôle dans le traitement précoce des mots lors du processus de reconnaissance en lecture. |
Afin de contribuer à la
description des codes phonologiques participant à la reconnaissance de mots en lecture
chez les entendants et les sourds, cette recherche met en oeuvre la technique de l'ASMP et
teste deux hypothèses. |
Méthode. |
Sujets. 32 étudiants entendants, dont 16 filles et 16 garçons (23,2 ans ; s = 2,8) de l'Université Lumière Lyon 2 et 7 sourds profonds pré-linguaux, dont 3 filles et 4 garçons (28,4 ans ; s = 7,3) ont participé à l'expérience. Tous sont dotés d'une vue normale ou corrigée. |
Matériel. L'expérience a été réalisée avec le logiciel PsyScope, sur un Macintosh IIci. La liste comporte 72 couples de stimuli visuels. Les amorces sont toujours des mots ; 50% des cibles sont des mots et 50% sont des pseudo-mots. Parmi les 36 couples dont la cible est un mot, 12 ont en amorce un mot pour lequel il existe un homophone lié sémantiquement à la cible (MHL, exemple: chant - pré), 12 ont pour amorce un mot homophone sans lien (MHS, exemple: boue - dame), et les 12 autres un mot non homophone sans lien (MNS, exemple: chou - pie). Dans chacune de ces catégories, 50% des amorces ont un degré de lisibilité labiale élevé et les 50% restant un degré de lisibilité labiale faible. Les premières sont initialisées par des phonèmes bien labialisés comme /p/, /b/, /m/, les secondes par des phonèmes postérieurs donc non visibles comme par exemple /k/, /g/, /r/. Ce critère de lisibilité labiale a été évalué par des orthophonistes et testé sur des sujets sourds ; nous n'avons retenu que des mots classés comme extrêmes. Afin que la même proportion de cibles soit précédée d'un mot homophone dans le cas d'une réponse négative et dans celui d'une réponse positive, un tiers des pseudo-mots-cibles est précédé d'un mot homophone. Entre les différentes catégories, nous avons équilibré le nombre de lettres, de phonèmes et de syllabes des amorces (tous monosyllabiques) ainsi que des cibles, en veillant aussi à réduire le nombre de lettres et de phonèmes partagés par les amorces et leur cible. |
Procédure. Les sujets, assis devant l'écran, sont testés individuellement. Un point de fixation apparaît au centre de l'écran pendant 800 ms, suivi d'un intervalle de 400 ms. Apparaît ensuite le mot amorce pendant 50 ms, immédiatement suivi d'un masque visuel (xxxxx). Puis vient la cible qui reste à l'écran jusqu'à ce que le sujet donne sa réponse. Un intervalle de 2000 ms précède l'arrivée de l'item suivant. Les sujets ont pour consigne de porter attention à l'amorce et de faire une décision lexicale sur la cible, de façon aussi rapide et précise que possible. La moitié des droitiers et la moitié des gauchers répondent en appuyant sur une touche avec l'index gauche pour une décision négative et l'index droit pour une décision positive. Les autres font l'inverse. Après 10 essais, l'expérience commence. |
Résultats. |
Pour chaque groupe (entendants et sourds), nous avons réalisé une analyse de variance à deux facteurs - Lisibilité Labiale de l'amorce, deux niveaux: faible et forte; Amorce, trois niveaux: mot homophone lié (MHL), mot homophone sans lien (MHS) et mot non homophone sans lien (MNS) - sur les temps de réponse pour les décisions positives exactes, en supprimant les temps supérieurs au double de la moyenne et inférieurs à la moitié de celle-ci. Nous avons également pratiqué deux analyses par items, avec un plan hiérarchisé imbriquant le facteur Items dans le facteur Amorce. Les taux d'erreurs étant très faibles (< 7%), nous ne présentons pas d'analyse à leur sujet. |
Pour le groupe des entendants, l'effet de l'amorce n'est significatif ni par sujet, ni par item. L'effet de la lisibilité labiale de l'amorce n'est pas significatif non plus (648,05 ms si la lisibité labiale est faible et 661,77 ms si elle est forte). L'interaction Lisibilité Labiale X Amorce est, quant à elle, significative [F(2, 62) = 3.811, p=.028]. Pour les cibles précédées d'un MHL, les temps de réponse sont plus brefs que pour les cibles précédées d'un MHS (effet d'ASMP) si l'amorce est facile à lire sur les lèvres [F(1, 62) = 4.507, p=.038 pour les sujets et F(1, 558) = 3.523, p=.061 pour les items], mais pas si elle a une faible lisibilité labiale [F(1, 62) = 2.896, p=.09] pour les sujets et F(1, 558) = 1.862, p=.173 pour les items] (voir fig. 1). |
Pour les sujets sourds, l'effet de la lisibilité labiale est significatif [F(1, 6) = 4.654, p=.07 pour les sujets, F(1, 233) = 4.235 p=.04 pour les items], les temps de réponse étant plus courts lorsque l'amorce est difficile à lire sur les lèvres (793,01 ms) que lorsqu'elle est facile (879,95 ms). L'effet de l'amorce n'est significatif ni par sujet, ni par item et l'interaction Lisibilité Labiale X Amorce non plus. Aucun effet d'ASMP n'apparaît, que l'amorce soit facile à lire sur les lèvres ou non (voir fig. 2). |
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Discussion. |
Lisibilité labiale. |
Afin d'expliquer que cet effet se traduise par un retard de la décision sur la cible lorsque l'amorce est facile à lire sur les lèvres, nous suggérons l'interprétation suivante. Le codage phonologique des amorces dotées d'une bonne lisibilité labiale serait plus facile, permettant de les traiter de façon plus approfondie. Mais étant donnée la rapidité de succession amorce-cible (SOA=100ms), la mobilisation de capacités de traitement pour reconnaître l'amorce se ferait au détriment de la reconnaissance de la cible. Lorsqu'un mot comporte, au contraire, un phonème initial invisible, son correspondant articulatoire est certainement difficile à reconnaître par le sourd, qui aurait aussi tendance à le confondre avec d'autres correspondants articulatoires. Il s'ensuit que de tels phonèmes (abstraits) seraient plus flous et ambigus. Aussi, les règles de traduction graphème-phonème qui les impliquent seraient-elles moins efficaces. Un codage phonologique nécessitant leur utilisation ne pourrait se développer, ce qui limiterait l'approfondissement du traitement de l'amorce. Dans notre expérience, les capacités de traitement seraient alors disponibles pour une reconnaissance rapide de la cible. |
Codage phonologique,
sémantique et lisibilité labiale. |
Le résultat le plus surprenant de notre expérience est l'interaction entre les variables Amorce et Lisibilité Labiale chez les entendants. Certes, l'effet principal de la lisibilité labiale n'est pas significatif, mais son interaction avec le type d'amorce suggère que cette variable a une influence plus spécifique. Comme chez les sourds, les temps de réponse sont plus longs lorsque l'amorce est facile à lire sur les lèvres, s'il n'existe aucun lien entre l'amorce et la cible (MHS et MNS). Ceci suggère, tout d'abord, que la lisibilité labiale est susceptible d'affecter le traitement d'un mot écrit chez des lecteurs entendants. Mais contrairement à ce qui est observé chez les sourds, la facilité de lecture labiale de l'amorce n'est plus source de retard, lorsque l'amorce et la cible présentent un lien sémantique médiatisé par la phonologie. Ceci se traduit par un effet d'ASMP (réponse plus rapide en présence d'un lien sémantique médiatisé par la phonologie qu'en l'absence d'une telle relation) dans la seule condition où l'amorce est un mot facile à lire sur les lèvres. La différence d'effet d'ASMP selon la lisibilité labiale suggère que des aspects visémiques constituent l'une des composantes d'un code phonologique, même chez des entendants. Ces résultats s'accordent avec ceux de McGurk & McDonald (1976) qui ont montré que les entendants exploitaient les informations provenant de la lecture labiale: un sujet, à qui sont présentées simultanément la syllabe /ba/ en modalité auditive et la syllabe /ga/ en modalité visuelle (une bouche réalise les gestes articulatoires correspondant à cette syllabe), va systématiquement dire qu'il a perçu la syllabe /da/. Cette illusion perceptive résulte de l'intégration des deux sources d'information et suggère que l'information visuelle fournie par les articulateurs fait partie intégrante du processus de traitement de la parole chez les entendants. Toutefois, ces données s'appliquent à une situation expérimentale toute particulière conduite à l'aide d'un matériel audio-visuel. L'interaction étudiée dans notre recherche concerne, quant à elle, le lien entre un matériel écrit et des composantes labiales, relation à ce jour peu documentée expérimentalement. |
Conclusion. |
Cette étude visait à préciser d'éventuelles différences entre les codes phonologiques en lecture silencieuse utilisés par des personnes entendantes et sourdes profondes pré-linguales. Une expérience d'amorçage sémantique médiatisé par la phonologie nous a permis de montrer l'influence de la lecture labiale dans le processus de reconnaissance de mot chez les sourds. Par ailleurs, cette variable visémique, constituant vraisemblement une dimension de leur code phonologique, n'est pas à même d'activer des connaissances sémantiques dans les 100 premières ms de traitement. Aussi, serait-il intéressant, pour poursuivre ce travail, de tester si un temps de traitement de l'amorce plus important permet d'effectuer un codage phonologique suffisamment complet pour servir de support à l'activation de connaissances sémantiques. |
Chez les entendants, nous avons montré non seulement une influence de la lisibilité labiale du mot amorce, mais surtout l'interaction de cette variable avec la présence d'un lien sémantique médiatisé par la phonologie. En effet, chez ces derniers, lors des 100 premières ms du traitement d'un mot écrit, il s'avère qu'un code phonologique peut activer à lui seul des connaissances sémantiques, à condition que ce mot soit facile à lire sur les lèvres. |
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Références. |
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Abstract. |
We study qualitative differences between early phonological codes in hearing subjects and in pre-lingual deep deaf subjects in reading. A phonologically mediated semantic priming experiment points out the effect of lipreadability in the printed word recognition process, in silent reading, in deaf subjects. But this visemic variable is involved in a code that is unable to activate semantic knowledges during the first 100 ms of the process. However, in hearing subjects, an early phonological code can be the only base for the activation of some semantic knowledges during this delay. In addition, this phenomenon appears only when the word is easy to read on the lips. |
Activités d'enseignement
Enseignante spécialisée auprès d'enfants sourds (1989-1992). Institut Plein Vent, St Etienne. Chargée de cours - (ATER, 1996-1997). Université Claude Bernard Lyon 1, Institut Techniques de Réadaptation, Ecole d'Orthophonie, (1992-1998, 25 h/an) : Introduction à la psychologie cognitive - Psychologie et surdité - Incidences de la surdité sur lapprentissage du langage oral et écrit - Développement psycholinguistique de lenfant sourd profond. Université de Savoie. Interventions auprès de futurs enseignants spécialisés préparant le CAPEJS (Certificat d'Aptitude au Professorat d'Enseignement aux Jeunes Sourds) (1992-93, 24 h), Chambéry. Université Claude Bernard Lyon 1. Interventions auprès de futurs enseignants spécialisés préparant le CAPSAIS (1992-95, 10 h/an), Lyon. Université Lumière Lyon 2 :
TD 2ème année DEUG (1993-1998, 24 h/an). Psychologie cognitive et différentielle : Réflexion sur le thème de la surdité - Initiation aux techniques expérimentales - Elaboration dune expérimentation en lien avec le sujet proposé.
TD Licence (1994-1998 24h/an). Unité de valeur de préprofessionnalisation sadressant principalement à des étudiants préparant le concours de lIUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) : Lintégration de lenfant handicapé sensoriel à lécole.
TD de statistique 2ème année DEUG (1996-1998 24h/an). Moyenne - Variance - Ecart-type - Test de comparaison de moyenne - Test du chi 2.
TD de Maîtrise (1996-1998 24h/an). Elaboration du stage. Réflexion autour de la notion de stage - Accompagnement dans les démarches de demande de stage auprès dune institution - Simulation dentretien avec support vidéo.
Interventions dans le cadre de la Formation Continue auprès des Interprètes en Langue des Signes (1994-1995, 14 h). Notion de mémoires : mémoire sensorielle, mémoire à court terme, mémoire de travail, mémoire à long terme. Applications à des situations dinterprétariat.
Activités administratives
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