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Dominique Joubert
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Courants d'énergie ( Silvaine Arabo )
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Allées et venues des vagues à la godille jusqu'aux galets.
Au môle des Noires, ça sonne le carafon.
Un rai de lumière frôle les jambes d'une femme,
mais sa robe de vierge est tachée du sang de l'agneau.
Un oiseau à contre-vent ressemble à un lampion .
Nous armerons un vaisseau d'or pour transporter nos morts
vers l'île là-bas, l'île qu'on ne voit pas .
Sur le pont, le choeur chantera tous les Stabat Mater .
Mer où les fantômes la nuit pêchent au lamparo .
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Saint-Malo, mars 1997
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J'offre un clope au Noir qui divague près de la mairie .
Voix de haute-contre au-dessus des arbres,
et la pluie comme le cri d'une femme au loin .
Sont à l'abri les scarabées d'Egypte, les assassins .
Rien ne nous empêche d'aller où bon nous semble,
boire le dos planté de banderilles sous les voilettes .
Il n'y a qu'une île ronde au monde .
Je ne veux me souvenir que des trucages .
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Un tocard de merle m'empêche d'écouter Gundula Janowitz !
Mais je suis, moi aussi, un petit malin de vivant
qui, de sa cuisine, crache sur le mur du commissariat .
Un vieux chevalier s'égarant abruti de brouillard .
Le ciel maritime ne se découvrira que plus tard ,
peut-être lorsque j'aurai enfin fermé la fenêtre .
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L'Apocalypse a déjà eu lieu au jardin du Luxembourg,
un après-midi d'été, mais tout n'est pas encore figé .
A la parade, la foule paraît avoir snifé de la cocaïne .
Croyons dès lors que nous n'appartenons pas au même méridien,
que l'on n'écrase jamais nos mégots dans les mêmes plantes vertes .
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Une femme allonge sa tristesse sur un banc.
C'est triste aussi quand le reflet s'oublie dans la fontaine,
triste parce que je sais que je n'ai pas trouvé le Verbe,
seulement la chair entre deux crépuscules .
Telle une nature morte, un barbu mange un abricot .
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Avant, bien longtemps avant, ils avaient collé
un nez rouge à Marie Stuart, posé un ramier
au-dessus du crâne de l'enfant aux masques .
Une Grecque porte un sac Tati au milieu de l'allée .
Les nymphes sont stériles comme la beauté brutale .
Tous ces gens naguère n'écoutaient plus la pluie.
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En est-ce enfin fini avec le temps qui se moquait de nous,
qui nous faisait chaque jour son petit croc-en-jambes ?
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Voici des oeillets jaunes confondus avec les mouches
et, depuis un couple d'heures, immobiles, des amants enlacés
auprès d'un marteau-piqueur en furie .
L'homme a jeté sa veste au fond du trou.
La lumière pourtant revient sur la chevelure de la femme .
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Bientôt, je me promènerai à nouveau, lentement,
essayant de saisir dans les sifflements des passants
la musique étrange de leurs détresses, de leurs désirs .
Ceux qui, comme moi, n'ont pas trouvé le Verbe,
seulement parfois la chair,
le rendez-vous clandestin de l'autre côté de la frontière,
ainsi l'aulne l'orage, ainsi le navire la mer .
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A Yves.
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La fille du bar vers laquelle on relève le regard
dans la pénombre, enveloppée de lumière basse
comme un médiocre solo de saxophone .
Os de plomb sur le tabouret, on pique un fard .
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On boira un whisky bon marché à furtives lampées .
Ce soir, la plus belle a peut-être mille ans,
offert la soupe et son corps aux vieux soudards,
empêché Don Quichotte de se prendre aux ailes des moulins .
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Il semble que tout cela eût une raison d'être
quand les gares des provinces noires fermaient tard .
On ne bougeait plus la tête, car elle était pleine de larmes.
Vent devant les gares, solitude sur la place d'armes .
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La fille du bar a depuis longtemps saisi
que je n'étais rien sinon l'ennui
qui monte au ciel comme une flamme jaune .
J'ignore à jamais le chemin qui mène à Mozart .
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C'est la nuit qui nous aura trahis,
la nuit et la vie, le bal des maudits .
Je me tourne une dernière fois, le verre vide ,
et je ne pense plus. Qu'advienne ce qui passe !
Un beau jour .
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Je laisse ma place sur le trottoir, volontiers
je m'écarte, rase les murs, saute le ruisseau .
Passants vaniteux, à vos yeux suis-je victime ou bourreau ?
J'attends l'heure où ceux-ci meurent aux lumières
et j'emboîte le pas aux flûtistes et aux rats .
On a même la flemme de relacer ses souliers .
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Ces temps d'intensité déposent de la neige
sur les lys oubliés du parvis de l'église .
Il fait si froid .Les vieux beloteurs sont au fond
des cafés tristes. Le linge gèle aux fenêtres .
On n'appartient jamais qu'aux quatre vents .
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Cité fragile et indécente dans son mouvement perpétuel .
Je file vite comme un spectre jonglant avec une mandarine,
incognito afin de décliner l'haleine de celles qui fuient .
L'homme, là-bas, n'a plus la force de fumer la dernière,
ni d'envoyer un message six étoiles à la mer .
Une araignée laisse sa trace sur les ailes de l'ange .
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Quand on y songe, on aurait tous dû parler .
On aurait dit tu sais celui de la baraque à frites
il s'est embarqué comme matelot vers les îles .
On aurait dit on le redépliera le chiffon noir,
mais qu'ont-elles donc les mouettes à pleurer ce matin,
tandis que Marcel le facteur commencerait sa tournée .
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Merci à Dominique Joubert de m'avoir fait parvenir ces textes inédits.
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