Michel Cosem



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Elle était là dans le pré mouillé

l'inconnue à l'écorce bleue

fatiguée d'un très long voyage

pleine de tiges et de fleuves

..

J'ai mis ma clé dans la neige

et j'ai parlé à la tombée du jour

j'ai raconté une histoire d'orage

et elle n'a rien compris

prise telle une croix de granit

dans une folie secrète

tel un pays abandonné par l'aube

..

Elle était là dans le pré mouillé

l'inconnue à l'écorce bleue.

°°°°°°°°°°

La pluie a suspendu sa tragédie d'oiseau

elle a ouvert la nuit

au large de la plaine

elle a parlé du désir

et de la poussière

..

Elle a récolté les frontières

..

Juste ce soir

comme une femme

dans un ciel cruellement absent.

°°°°°°°°°°

Juste cette rencontre

à la frontière de l'arbre

simple racine où passe le ciel

terres rouges et blanches mélangées

couleur d'éveil

et coeur de passion

..

Arche au champ des tempêtes

incandescence près d'une maison ouverte

vigne très mûre

et geste fraternel du seuil

..

Voici donc le passage furtif

lorsque mon pas reposé

adoucit le buisson.

°°°°°°°°°°

Siècle d'oiseau

mémoire bleue

toi et tes ailes trop longues

palombe veuve

venue boire à la source

..

Pour quel rendez-vous de blé

pour quel papillon de nuit

es-tu là

près de la fumée bleue

..

Quel sens donner à ta mort ?

°°°°°°°°°°

Contre le ciel noir

orage et vent de dérive

rêverie cristalline

simplement penchée

incertaine encore

goûtant la lumière

telle ta robe de laine

cible et recueil de mer

..

Par ce geste de printemps fou

pour ce théâtre solitaire

cette seule promesse de vengeance

..

la branche du prunier en fleur.

°°°°°°°°°°

Il est l'heure enfin

de rassembler l'écume

de lier les coïncidences

..

l'heure de l'astre égorgé

près de la porte

fermée par la pluie

..

l'heure transparente

du silex et de la poussière

..

l'heure de la quête

sur le chemin d'épine

non loin du double

et de la frontière

..

il est l'heure enfin

de rassembler l'écume

de lier les coïncidences.

°°°°°°°°°°

Je t'appelle du fond de l'hiver

dans la noire blancheur du silence

dans l'écorce retournée en cendre

..

Tu n'as plus le pouvoir d'appeler le printemps

les oiseaux

et les gorges de feuillage

tes mots n'ont plus ailes

tes fleurs désormais sont vénéneuses

tes racines ont noirci

tes laines abandonnées aux ronces

sont les débris du givre

..

Et pourtant

je t'appelle du fond de l'hiver.

°°°°°°°°°°..

Au fond de la rue bleue

encore humide

comme une aile pour mourir

comme un dernier mot d'amour

...

Une perle

un tison

et les prunelles éteintes

là sur les dalles où la poussière s'amoncelle

..

Jusqu'à l'aube j'ai mis mon ombre

dans le rêve des murs

dans mes creux de falaise

..

Et une note glisse

..

L'encre est aussi naufragée qu'une île.

°°°°°°°°°°

Quel oiseau étonné

à cette heure rencontre

la brûlure noire de la forêt

..

Toutes les peurs sont identiques

couleur de paille

ou écaille de serpent

..

Tous les départs

pèsent sur la chair

froides hantises et murmures

..

Est-ce cela la solitude du soir ?

..

A la lisière

une feuille juste lancée

cherche l'origine du vent

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Ce ciel cette plénitude

cette ligne vieille

ces montagnes noires

en marche vers l'inconnu des mondes

..

Hommes fragiles

arbres aux fleurs roses

gestes de cette nuit livrée aux chimères

crainte d'enfant à l'aplomb du vertige

..

Soleil rond.

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Poèmes extraits de "  POEMES INEDITS " Editions du Rouergue, 1992

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JOURNEE DE VENT

Entre les blocs de lave les cactus les lotus les dragonniers aux

doigts familiers les figuiers de barbarie et d'ailleurs, entre les

fleurs de Noël et les pâles pâquerettes, alors que la chevelure

des poivriers virevolte

alors que les vêtements légers se collent au corps des jeunes

filles

le vent fou fait hurler les épines, gronder les murs, projetant sa

colère dans les arcs-en-ciel et les hibiscus éparpillant la précieuse

terre rouge, approfondissant les canyons sauvages

..

DANS LE NOIR FICUS

Dans le noir ficus au seuil du soir quand le soleil se marie avec

l'océan et que les lourds nuages se confondent avec les îles

fantômes

les moineaux reviennent pour la nuit

de branche en branche de feuille en feuille ils disent la dure

journée de vent pesant aux ailes la pitance légère

ils disent les amis disparus dans le ventre des chats

ils disent qu'il n'est pas temps encore de reconstruire les nids au

bout des toits près des bougainvillées jaunes

ils disent ils disent qu'il est bon de s'endormir

(San Miguel de Abona )

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LOS GIGANTES

Les rochers sont plantés dans le tumulte de l'océan alors que

l'écume laboure la plage noire et que les galets jaillissent dans

une gigantesque bataille

Seul le soleil cerclé respire au milieu de la tempête

Les petites maisons blanches des hommes s'éloignent comme des

crabes et la haute falaise tel un immense poulpe ouvre au large

sa gueule

..

OBISCO

Le poisson aux écailles rouges à la gueule effrayante ouverte

hurlant dans l'huile brûlante de Taganana son départ brutal et

métallique de l'océan

..

Sur ma table, tandis que sans cesse l'océan se dresse au-delà de

la fenêtre, entre deux gorgées de vin rosé et des falaises bleues

pleines de mouettes folles, passe un rayon de soleil

et le chant canarien parle des routes vertigineuses et de la brume

..

Je n'ai pas oublié les petites pommes de terres cuites dans l'eau

de mer

..

ALMACIJA

Un bouquet de maisons blanches

Deux perruches vertes et bleues se disputent la place en pente

Palmiers et dragonniers hésitent. Il y a à l'intérieur du village

des élans quotidiens, des appels, des sourires, des attentes, des

appels, des travaux infinis

..

Juste au-dessous des nuages aimables et ronds

Au-dessus de la falaise (avec quelques aloes) et (encore plus bas)

des îlots noirs où se rue l'océan dans le grand remuement

funambule et craquelé qui fait croire à la nouvelle planète

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FORET DE LAS MERCEDES

Comme une bête à la peau sombre, épouse légendaire de

l'énorme montagne, avec ses colliers de fleurs blanches et ses

soifs de soir

ce goût d'océan qui ne cesse d'engloutir la gorge

elle attend pour consommer la nuit

..

Un faucon aux ailes tremblantes demeure incertain

incapable de percer la toison

de feuilles

et de tiges

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Poèmes extraits de RAPSODIE DE LAVE ET D'EMBRUNS

( Collection Lieu, Encres Vives , 1998 )

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Notice bio-bibliographique

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Michel Cosem est né à Tunis en 1939. Etudes de lettres et de sciences

politiques à Toulouse..

1960 : fondation de la revue ENCRES VIVES.

1965 et années suivantes : documentaliste en Lycée

1967 - 1987 : responsable national du secteur poésie - écriture au Groupe

Français d'Education Nouvelle ( GFEN ).

1969  : naissance de son fils

1974 - 1980 : directeur de la collection " Découvrir " aux Editions Seghers.

1975 : naissance de sa fille

1986 : voyage en  Afrique noire

1988 : - fondation de Escalasud / colloque des Poètes du Sud.

       - découverte de l'Andalousie.

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Poèmes de Michel Cosem :

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LE TEMPS DES SEVES ( Encres Vives,1967 ) LE GIVRE ET LA RAISON

(Encres Vives,1968) FRUITS ET OISEAUX DES MAGIES (Encres vives,1972)

TERRITOIRE DU MULTIPLE (Editeurs français réunis,77) TRAFIQUANT DE

PAROLES (Tribu,1982) ARBRE LOUP (L'Ecole,1985) AUX YEUX DE LA

LEGENDE (Bedou,1986) RECIT D'UNE BRUME (Encres Vives,1986) MAL-

GRE LA SECHERESSE (Editions de midi,1987) PRISE DE VENT (Océane,1987)

LA LANGUE DE BARBARIE (Bedou,1989) REVERIE DU JOUR ( L'Arbre à

Paroles, 1991) ANDALUCIA (Encres Vives,1991) EXPLICATION DE L'ETER-

NITE (Rougerie,1991) LE JARDIN DE LA DANSE (Encres Vives, 1992) LE

PETIT JOUR (Sud, 1993) Prix Malrieu 93 L'ÎLE EN POINTILLE (Océane, 1993)

HAUTE LANDE ( Fondamente/ Multiples, 1993) CARREFOUR DES SAUVAGI-

NES (Autres Temps, 1993) JARDINS INTERIEURS ( Rougerie, 1994) ADIEU AUX

EPHEMERES ( Encres Vives, 1995) PAYS D'ARGILE (La Bartavelle, 1996) SIER-

RA MAUVE, LE MATIN ( Cadratins, 1996) L'ILE VEUVE (Encres Vives, 1997)

IMAGES AU COEUR ROUX ( L'Amourier, 1997) GIBOULEES DE NEIGE ET

D'OISEAUX ( Lo Païs, 1997) LIEU ULTIME (Rougerie, 1997) SONGES ET

GRAINS D'ILES ( Océanes, à paraître)

Anthologies de poésie :

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DECOUVRIR LA POESIE FRANCAISE (Seghers,1975) LE LIVRE D'OR DE

L'OCCITANIE (Seghers,1977) LA MONTAGNE EN POESIE (Gallimard,1980)

DESNOS UN POETE (Gallimard,1980) AU PAYS DES MILLE MOTS (Milan,

1988)

Etude de l'oeuvre de Michel Cosem :

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MICHEL COSEM par Jean Marie LE SIDANER (collection "Visage de ce Temps",

Editions du Rouergue,1992 )

Distinctions littéraires

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- Prix Loisirs- Jeunes 1975 : DECOUVRIR LA POESIE FRANCAISE

- Prix de la ville de Vénissieux 1980 : ALPHA DE LA LICORNE

- Prix Méridien 1981 : LA DERIVE DES CONTINENTS

- Prix Artaud 1986 : AUX YEUX DE LA LEGENDE

- Prix Enfance / Midi-Pyrénées 1986 : LES TRACES SAUVAGES DE L'ESTELAS

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