ANALYSE DE L'ACTUALITE ECONOMIQUE ET POLITIQUE DU TCHAD

 

 

Idriss Deby table sur "l'effet pétrole" pour conjurer l'usure du pouvoir (ANALYSE)

 

N'DJAMENA, 8 nov. (AFP) - 11h29 - Le président tchadien Idriss Deby surfe sur "l'effet pétrole" dont il engrangerait bien les dividendes politiques lors des prochaines élections générales de 2001, alors que son régime, après 10 ans de pouvoir, manifeste des signes d'usure.

L'inauguration en grande pompe du chantier du complexe pétrolier de Doba (sud) le 18 octobre, en présence du président camerounais Paul Biya qui n'avait pas mis les pieds au Tchad depuis 18 ans, est tombée à point nommé pour le régime de N'Djamena.

"Deby s'est beaucoup battu pour le dossier pétrole, il a réussi et c'est une très bonne chose", reconnaît magnanime l'ancien président Lol Mahamat Choua, chef du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP, opposition).

C'est que l'euphorie suscitée au départ par la chute du régime totalitaire d'Hissène Habré en 1990 et l'ouverture démocratique du pays avec l'avènement du multipartisme, s'est quelque peu estompée.

La paix sociale obtenue depuis six ans, grâce au paiement régulier des fonctionnaires, ne suffit pas non plus à satisfaire une population qui compte parmi les plus pauvres d'Afrique subsaharienne avec un revenu annuel de 200 USD par habitant.

"Maintenant on a la liberté, mais il n'y a toujours pas l'argent", résume un jeune N'djamenois, qui reconnaît que "sous Habré, je n'aurais pas pu parler comme ça avec un blanc sans avoir des ennuis avec la police ou l'armée".

A cette attente, vient s'ajouter la rébellion du Tibesti (nord). Sans paraître en mesure de fondre sur N'Djamena, elle maintient le pays dans un état de guerre civile larvée depuis deux ans, avec son lot quotidien de pertes humaines.

Or, dans la capitale tchadienne, le ras-le-bol des guerres civiles, qui ont ensanglanté et ruiné le pays pendant les 30 premières années d'indépendance, est général.

Le pouvoir a beau mettre en avant l'intransigeance des rebelles, nombreux sont ceux qui renvoient le président Deby et le chef rebelle Toubou Youssouf Togoïmi dos à dos: "nous avons trop souffert des guerres des nordistes, ils n'ont qu'à se mettre d'accord tous les deux", lance un vieux commerçant de la capitale.

Le gouvernement tchadien, conscient du danger que fait peser la persistance de cette rébellion à l'approche des élections législatives et présidentielles du premier semestre 2001, a récemment dépêché de gros moyens dans le massif montagneux et désertique du Tibesti, voisin de la Libye.

L'objectif est clair: soit en finir sur le terrain militaire, soit forcer les rebelles à négocier après leur avoir coupé toute source de ravitaillement.

En attendant, le régime vante les perspectives de l'exploitation pétrolière qui devrait rapporter au Tchad deux milliards de dollars de bénéfices en 25 ans d'exploitation.

"Nous tenons le bon bout de la corde, ce n'est pas le moment de la casser", plaide un familier de la présidence, jurant qu'en cas de réélection en 2001, Idriss Deby ne modifiera pas la constitution pour briguer un troisième mandat.

Le pouvoir préfère mettre actuellement en avant ses engagements à investir l'argent du pétrole dans les secteurs prioritaires de l'éducation, de la santé, des infrastructures routières et du développement rural.

"Il n'y aura pas de place pour les prédateurs du pétrole", avait déjà assuré le président Deby le 12 juin, six jours après l'approbation du projet de Doba par la Banque mondiale.

Mais, déjà, des critiques se font jour sur l'opacité de l'utilisation du bonus pétrolier de 25 millions de dollars versé par le consortium pétrolier à l'Etat tchadien qui, selon l'opposition, en aurait utilisé une partie pour financer l'effort de guerre.

Nombre d'observateurs tchadiens estiment que le régime joue son avenir sur l'utilisation de l'or noir. "En concrétisant un rêve pétrolier vieux de 30 ans, Idriss Deby a remporté une victoire, mais les Tchadiens en attendent des changements concrets", résume l'un d'eux.

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Analyses

A l'état actuel des choses peut on parler des retombées électorales suite au probable exploitation du pétrole tchadien? Si on se trouvait dans un pays démocratique où la justice, la liberté et l'égalité entre les citoyens ont un sens, les gouvernants seront honorés par le Peuple en non seulement les réélisant mais aussi en leur ouvrant toutes grandes les portes de l'Histoire. Mais aujourd'hui, non seulement qu'on ne peut pas parler d'élection transparente mais l'équipe au pouvoir nargue totalement de l'opinion public.

Depuis son accession au pouvoir, le MPS n' a jamais eu l'adhésion du Peuple à son projet de société (s'il y a un). Les révoltes, d'Est en Ouest, du Nord au Sud, n'ont jamais cessé pendant la décennie Deby. Ce pouvoir est honni dés son installation aux affaires. Les contestations sociales sont durement réprimées, les manifestations sont quasi interdites ( la GR veille). Dans ces conditions on doit plutôt parler de résignation sociale. La population laissée à elle même a accepté son sort.

Qui peut donner crédit aux intentions de ce régime? N' a-t-il pas assez montré ses incapacités? Les barons accusés délibérément de détournement sont pas seulement réhabilités mais promus. C'est devenu un jeu d'enfants:  un lampiste détourne au profit du grand seigneur et séjourne quelques jours en prison et est libéré avec affectation à des postes plus importants. Le régime attend impatiemment ses dividendes pécuniaires de l'exploitation du pétrole. L'argent du pétrole ne servirai jamais les secteurs socio-éducatifs ou ruraux. Peut on mettre la construction d'une école ou un hôpital sur l'actif de Deby? Absolument pas. La réfection des lycées existants, la construction de l'hôpital de Diguel est par le chinois, étaient des projets en cours de réalisation lorsque le MPS est venu au pouvoir. Les fonds affectés par l'Union Européenne à l'éducation ont été détournés. N'en parlons pas de la cagnotte de 25 millions de dollar gracieusement offerte par le consortium. Ce n'est pas avec l'argent du pétrole tchadien que Deby construit un dispensaire.

 La guerre qui est imposée à l'opposition armée par Deby n'a qu'un sens: libérer ce pays, saigné à blanc, de l'injustice, la gabegie, le pillages de l'Etat, bref, pour la liberté, la démocratie et le développement. Ce n'est pas une guerre de nordistes ou sudiste, c'est une guerre de la justice contre l'injustice.

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