20 janvier 2002
La
thèse qu’avec votre autorisation nous avons l’honneur de présenter
et de soutenir aujourd’hui est intitulée : Permanences et mutations de
la Religion Traditionnelle Africaine : le cas des Ambuun de
la R.D.C.
Avant
de vous présenter
les résultats
auxquels nous sommes arrivé et de les insérer dans de nouvelles
perspectives
pour les sciences de la mission, nous allons exposer l’objectif
poursuivi,
la problématique
abordée
et la méthodologie
suivie.
1. Objectif de notre
recherche
La mission s’entend comme un envoi vers le peuple. Pour évangéliser
un peuple, il faut, par conséquent le connaître.
Notre recherche se proposait d’esquisser
un modèle d’intelligibilité de l’état actuel de la religion
traditionnelle africaine. Autrement dit, notre objectif principal est
de parvenir, tant soit peu, à saisir le système religieux traditionnel
à travers lequel l’homme africain se meut dans sa foi en l’Etre Suprême.
Nous avons aussi tenté de contribuer à apporter des éléments théoriques
et méthodologiques pour une science de la religion traditionnelle
africaine. Tout cela, en vue de nouvelles approches pour la mission.
2. Problématique et délimitation de la thèse
Plusieurs auteurs africains font état
de l’actualité et de la vitalité de la culture et de la religion
traditionnelles africaines. Les faits actuellement observables sur terrain
confirment-ils cette affirmation communément reçue ?
N’y a-t-il pas plutôt des ruptures et des continuités effectives, irréversibles ?
Quels sont les traits caractéristiques permanents de cette religion ?
Comment se présentent les mutations en son sein ? Quels sont les
facteurs ou raisons susceptibles d’en rendre compte ? Telle est, en
résumé, la problématique de notre recherche.
Pour répondre à ces questions et réussir
un travail scientifique rigoureux, nous avons limité cette étude à une
forme de religion traditionnelle africaine dans la pensée et la pratique
d’un groupe : le peuple Ambuun, dans le Bandundu, en République
démocratique du Congo

Permettez-nous de vous dire déjà que
l’originalité de notre étude réside dans le fait que c’est la première
étude approfondie de ce genre, à notre connaissance, consacrée à la
religion traditionnelle des Ambuun.
Malgré l’évolution de la culture
du peuple concerné et ses contacts divers avec d’autres formes de
religion, il semble qu’un substrat résistant se maintient et se
conserve, mais en même temps, certaines pratiques paraissent subir des
mutations repérables. A quel niveau se situent ce substrat et ces
mutations ? Notre effort consistait donc à identifier les
permanences et les mutations subies par la religion traditionnelle
africaine et aussi d’en rendre compte.
L’impact de ces mutations et
permanences est considérable dans le vécu du peuple africain, en général,
et du peuple mbuun, en particulier. Il nous faudra rendre les
protagonistes conscients de cet impact et esquisser quelques pistes qui
aident à apprivoiser l’état
actuel avant d’engager des projets
d’évangélisation pour l’avenir. Mais comment procéder pour
atteindre l’objectif précité et répondre à nos questions initiales ?
3. Méthodologie
Notre recherche se basait à la fois
sur la récolte et l’analyse des données documentaires
(bibliographiques), sur une enquête sur terrain que nous avons nous-même
réalisée et sur certaines discussions avec des personnes avisées dans
d’autres sciences humaines, comme nous le signalerons tantôt. Le dépouillement
de tout ce matériau et sa compréhension relevaient d’un préalable :
connaître le peuple en approfondissant l’étude de sa langue et de
son langage pour mieux saisir les intrigues ; vivre avec ce
peuple afin de mieux le pénétrer, car
certaines observations personnelles sont importantes et peuvent
aider au recoupement, donnant ainsi la clé pour une certaine interprétation
et lecture des faits. Il s’agit de ne pas se laisser prendre au piège
de l’informateur qui peut, à dessein, choisir ses informations.
Notre étude est une démarche à deux
volets : descriptif puis interprétatif (ou analytique). La lecture
du matériel récolté nous a obligé à consulter des personnes avisées
dans d’autres sciences humaines comme l’anthropologie, l’ethnologie,
la philologie et l’histoire, par exemple. Et là, les observations, les
considérations et suggestions des professeurs que nous avons consultés :
anthropologue, ethnologue, philologue et historien, malgré la différence
de leurs méthodologies, nous ont éclairé dans le dépouillement et
l’interprétation des documents. Nous avons dû soumettre leurs méthodologies
au prisme de la missiologie.
Pour des raisons diverses, ce travail
nous a pris un temps relativement long. Nous avons d’abord
--- procédé au rassemblement de
la documentation existante (cette étape nous a pris 9 mois environs
pour parcourir quelques bibliothèques); puis
--- nous nous sommes lancé dans
des enquêtes sur terrain (c’est l’étape qui nous a pris le plus
de temps. Au moins deux ans) pour interroger et observer en vue de
vivre nous-même certains faits et réalités. Nous pouvons avouer que
nos séjours dans des villages et nos contacts directs avec des gens nous
ont beaucoup instruit ;
--- le dépouillement du matériau
s’est étendu sur un an à peu près pour consulter et recouper aussi
avec des matériaux écrits recensés avant de
--- nous atteler à la rédaction
qui s’est prolongée à cause de nos diverses charges et responsabilités.
Nos nombreux déplacements nous ont
aussi permis d’ouvrir nos horizons en essayant d’observer les mêmes
phénomènes. Ici, nous pensons surtout aux voyages au Sénégal, au
Cameroun et à Madagascar, sans compter ceux à l’intérieur de la République
démocratique du Congo même.
Même si les voyages dans quelques
pays comme la Thailande, Sri Lanka et l’Inde, en Asie, et en Argentine,
Bolivie, Haïti et Mexique, en Amérique latine n’ont pas eu
essentiellement l’objectif d’une étude comparative, notre curiosité
nous a permis de nous rendre compte que la « religion populaire »
fait partie de la vie du peuple, que les valeurs de la vie et de la
famille sont d’une importance considérable.
4. Résultats de nos recherches
Notre travail se répartit en six
chapitres d’inégale longueur mais d’égale importance, car ils se
complètent.
Dans le premier chapitre, nous avons
tenté de connaître ce peuple Ambuun dans sa façon
d’organiser la société et de percevoir les valeurs et
l’importance qu’il accorde au sens de la famille, la valeur et la
place du chef, de l’aîné ou de l’ancien ; et nous avons
aussi découvert comment le mbil (totem) est un facteur de cohésion
entre les membres du clan, non seulement dans sa propre ethnie puisque on
sait trouver des membres de son clan dans une autre ethnie. L’essentiel
ou la référence étant le partage d’un même mbil. [Les membres
d’un même clan ne se trouvent pas seulement dans une même ethnie, on
peut en trouver dans d’autres. Le mbil (totem) peut aider à
combattre le tribalisme, un des nouveaux fléaux en Afrique. Les Ambuun
disent « mbil a mur, lapés l’owes ». Tous se
reconnaissent unis et liés par ce totem, et par lui, ils se reconnaissent
membres d’un même clan.] Symbole d’unité dont il garantit les
relations entre les membres, le mbil établit un équilibre entre les générations.
Il est un critère d’identification. « Dis-moi ton mbil et
je te dirai à quel clan tu appartiens ».
Notre recherche a aussi démontré que
l’étude du langage d’un peuple est importante. Le langage permet
d’entrer dans la sagesse du peuple, c’est un lieu important de la
connaissance du peuple. Chez les Ambuun, le langage qui relève spécialement
de la tradition orale s’appuie sur la parole, les gestes et les
symboles.
Le
deuxième chapitre traite de la conception de l’Etre Suprême. Les
attributs cet Etre font ressortir sa distance vis-à-vis des vivants mais
aussi sa proximité. Les Ambuun appelaient cet Etre Suprême Ngung
Nkiér (« Celui qui m’a créé ») pour faire ressortir
son attribut de créateur ; en contact avec le christianisme, ils
l’appeleront Nzéem a Mpung( Dieu puissant), pour souligner sa
puissance et sa royauté. L’ambivalence « lointain-proche »
montre combien cet Etre est inconnaissable et insaisissable. Il est une réalité
au-delà du contingent et le peuple s’y ouvre par une élévation d’âme
à travers des sacrifices et des prières. La prière ici s’entend bien
comme une expression de confiance.
Etant donné le caractère éloigné
de cet Etre suprême, l’ancêtre occupe une place charnière entre lui (Etre
suprême) et les vivants du clan. La relation avec les ancêtres sera
ponctuée par des rites dont le chef de clan est l’officiant officiel et
principal.
Le troisième chapitre est un essai de
compréhension de certains rites qui rythment la vie dans la société mbuun.
Nous avons étudié les rites de naissance, de mort et de réconciliation.
Ces trois rites concernent la vie et la relation des vivants avec les
morts. La vie y revient sur différents paliers comme un élément récurrent.
Le rite de naissance est un rite
important puisqu’il s’agit de l’accueil d’une nouvelle vie qui vient au
monde. La vie étant un don que le Négro-Africain tient pour sacré, les
cérémonies qui accompagnent la naissance expriment l’accueil
(acceptation) du nouveau-né et une gratitude vis-à-vis de ceux qui ont
donné l’enfant.
Le rite de mort manifeste la fragilité
de l’homme ; toutes les cérémonies qui entourent le malade et le
mort veulent exorciser cette puissance (de mort) qui ôte la vie. On
aurait voulu que la vie de l’homme fût immortelle !
Rite de réconciliation. La recherche
de l’harmonie et de la communion est un objectif que les Ambuun
cherchent à atteindre, à tout prix. Tout désordre entraîne un
dysfonctionnement au sein de la famille dont la maladie et la mort
apparaissent comme les conséquences. La société mbuun
traditionnelle étant une société globale et englobante, celle où tout
doit s’intégrer, la réconciliation apparaît comme un élément nécessaire
pour rétablir la communion, l’ordre perdu.
C’est au quatrième chapitre que
nous avons développé d’une façon substantielle le rite de
l’initiation traditionnelle, en vue de nous aider à comprendre les mécanismes
de l’intégration de l’homme dans la société. En quittant le village
en vue de s’établir dans un lieu en brousse ou en forêt, loin de tout
ce qui fut familier, le néophyte fait l’expérience du dépaysement :
géographique et psychologique. Il doit reconstruire son imaginaire à
partir des nouvelles données de l’homme adulte qu’il est censé
devenir. D’abord, le nouveau lieu (d’initiation) n’est plus informe,
il acquiert une nouvelle signification ; la distance vis-à-vis de
son milieu l’aide à se définir en fonction de sa propre expérience et
non plus seulement en fonction de ce qu’il a appris de ses parents.
C’est un exercice de croissance et de maturité qui va culminer dans le
sens de la responsabilité.
Les permanences et les mutations qui
sont repérables dans le système religieux des Ambuun, et
auxquelles nous avons consacré notre cinquième chapitre relèvent de
l’évolution interne de la société elle-même, car la mutation ou le
changement, disait Georges Balandier, a ses racines dans le système même,
et aussi dans des contacts ou des rencontres avec d’autres cultures et
religions, en l’occurrence le christianisme.
L’évolution sera interne et
externe. Interne dans la mesure où le temps même oblige chaque culture
à trouver des réponses aux besoins des hommes et des femmes
d’aujourd’hui, car on ne peut plus vivre seulement de son passé,
aussi glorieux soit-il ; le temps et l’espace aident le peuple à
se réajuster, à se repositionner. L’évolution est aussi externe suite
à la rencontre avec d’autres-que-soi, rencontre qui favorise
l’acquisition de nouveaux apports mais qui oblige aussi à certaines
concessions. Une rencontre ne laisse jamais indifférent.
Il faut apprendre à se recevoir des
autres, dans le respect de l’altérité. Cette rencontre pourrait être
le rendez-vous du « donner et du recevoir », selon
l’expression de L.S. Senghor, dans la mesure où le respect et la compréhension
accompagnent chaque groupe en présence.
Pour dessiner les nouvelles
perspectives de la mission, nous avons consacré notre sixième et dernier
chapitre à une tentative de réflexion sur la formation à la vie
religieuse aujourd’hui en Afrique. Nous avons voulu savoir comment les
éléments de valeurs sociales et religieuses du rite de l’initiation
traditionnelle africaine peuvent aider la vie religieuse à prendre racine
sur la terre africaine et à se développer dans l’harmonie. Les jeunes
africains qui écoutent l’appel du Seigneur proviennent de ces milieux
imprégnés de culture traditionnelle.
Pour répondre adéquatement à cet
appel et faire l’économie des conflits, il leur faut intégrer avec
discernement, dans leur vie religieuse, ces valeurs culturelles qui sont
de leur tradition. C’est là que nous avons tenté quelques propositions
pour la formation à la vie religieuse aujourd’hui en Afrique. La
valeur de la réclusion, de l’expérience personnelle
à travers des épreuves de toute sorte, du dialogue avec le maître
de l’initiation et avec l’invisible pendant l’initiation, la
recherche de la communion avec le visible et l’invisible,
etc. nous semblent des valeurs significatives de la tradition africaine,
dignes d’être intégrées et capables d’aider le jeune africain à répondre
d’une façon harmonieuse à sa vocation religieuse et missionnaire.
5. Conclusions
Notre thèse a visé la
reconnaissance et l’identification des permanences et des
mutations au sein de la religion traditionnelle des Ambuun,
et par conséquent dans les personnes provenant des milieux marqués par
cette religion. La conscience de ces continuités et discontinuités
nous aide à comprendre et à nous convaincre que nous ne sommes pas des
essences figées. Le métissage qui nous caractérise nous aide à prendre
en compte notre situation actuelle et à ne pas nous référer au passé
comme si nous continuions à le vivre en faisant fi du présent.
Il nous a semblé que pour esquisser
un modèle ou un schéma d’intelligibilité de la religion
traditionnelle africaine, il faudra avant tout rassembler les éléments
constitutifs de cette religion ; étudier la langue et
le langage du peuple avant de se mettre à l’analyse de
ces éléments. Après une analyse de chaque élément, il
faudra arriver à une analyse d’ensemble des éléments en essayant
de les situer dans le temps et dans l’espace. Nous ne pourrons
comprendre mieux l’état actuel de la religion africaine qu’en
essayant de comprendre ce qui a précédé et aussi les influences
multiples qu’elle a reçues et qui ont contribué à faire d’elle ce
qu’elle est aujourd’hui.
Notre inventaire n’a pas été
exhaustif. Au registre des éléments permanents, nous avons identifié :
la foi en Nzéem a Mpung (cette Puissance Suprême) de qui
le négro-Africain se dit recevoir la vie (me asé Nkiér aweng mwe Nzéem=moi
que Nkiér a placé ici et que Nzéem a créé) ; la
sensibilité humaine, au sens du respect teinté aussi d’une
certaine crainte (même inavouée) vis-à-vis des anciens,
des aînés; des relations continues avec des ancêtres ;
des liens indéfectibles avec le clan maternel où
l’image de l’oncle maternel joue un rôle prépondérant; le
recours au nganga(sorcier ou féticheur) pour consultations
dans plusieurs circonstances en vue de protéger la vie; la
valeur de la personne humaine, car « le monde entier
n’est rien à côté d’elle, à côté de ce qu’il y a d’unique
dans un visage humain » et d’une façon particulière la
valeur de la femme comme mère et principe d’union. Il ne serait pas
exagéré de souligner aussi la croyance (foi) et la confiance aux
sacrifices propres à chaque rite.
Les permanences ne
sont pas d’abord facteur d’une rébellion contre la nouveauté, mais
c’est parce que les Ambuun les considèrent comme des valeurs éprouvées
qui assurent la vie et l’avenir, et aussi parce que la société moderne
ne répond pas à certaines questions existentielles pour lesquelles la
tradition trouvait une ébauche de solution. Au registre de ces
questions, j’en mentionne deux : le respect de la vie humaine en
tant que telle et la réconciliation. L’enjeu de la palabre africaine était
de rétablir la communion, l’ordre perturbé.
Au registre des mutations, nous avons
identifié le contexte global lui-même qui a changé ( le
temps et l’espace); la
création des nouveaux lieux d’éducation et d’instruction [entre
autres l’école nouvelle,] ont fait
perdre à l’initiation traditionnelle sa « primauté » ;
bien que la croyance à la sorcellerie soit encore vivante,
l’influence des centres de santé pour des soins médicaux n’est pas négligeable.
La naissance de la nouvelle élite issue du métissage est
la preuve de cette mutation.
L’originalité de notre thèse réside
dans le fait que ce travail est la première étude approfondie de
ce genre, à notre connaissance, consacrée à la religion
traditionnelle des Ambuun. Il y a déjà eu quelques monographies
sur plusieurs ethnies (celle sur les Bakongo de Van Wing, de Nzuzi Bibaki,
par ex.) mais pas encore sur les Ambuun. Dans nos recherches, nous
nous sommes aperçu que l’expression Ngung-Nkiér Nzéem aweng me
(Me asé Nkiér aweng mwe Nzéem) peut être considéré comme le credo et
le résumé de la religion traditionnelle mbuun.
Pour ne pas trop tirer sur
l’expression Me asé Nkiér aweng mwe Nzéem (Moi que
Nkiér a placé ici et que Nzéem a créé), nous nous sommes quand même
posé la question, à laquelle nous n’avons pas encore répondu car elle
mérite une réflexion approfondie qui pourrait faire objet de prochaine
recherche : Si Nzéem m’a crée, qui serait ce Nkiér
qui m’a placé ici ? Serait-ce l’ancêtre fondateur?
Serait-ce le Christ ? Dans notre thèse, nous avons dit que c’était
l’ancêtre fondateur, mais on peut approfondir davantage pour des
nouvelles perspectives missionnaires.
6. Nouvelles perspectives missionnaires
Les permanences et mutations que nous
venons de relever ont certainement affecté les vies humaines. L’homme
africain mbuun actuel est celui qui vit ces deux dimensions de
tension en son être.
La vision du monde
et des choses a changé. Au niveau de l’Eglise, depuis Vatican
II, les personnalités et les documents officiels soulignent
l’importance du dialogue, du respect de l’autre et de sa culture.
L’accent est plus mis sur la personne humaine plutôt que sur l’institution.
Le domaine du patrimoine culturel des peuples devient lieu d’admiration
et de respect. Le monde devient plus tolérant et les jugements
moins catégoriques. « A un moment donné, dit Ngimbi,
la période de mépris ou de méprise de la culture africaine a cédé
place à la période de sa reconnaissance et de sa valorisation positive ».
Si la religion traditionnelle a
continué d’une façon sournoise, c’est sans doute parce que
l’approche missionnaire n’avait pas perçu à temps que la religion
traditionnelle devait être considérée comme dimension organique de la
vie, car son impact sur les peuples était considérable. Pour s’assurer des repères, l’Africain
ne voulait pas se dépouiller de son patrimoine au profit de la nouveauté
qu’il n’était pas certain de maîtriser ; et d’ailleurs, ce
qu’on apprenait valait-il ce qu’on oubliait ?
Le christianisme missionnaire,
jusqu’à la moitié du XXè siècle, a travaillé sur base exclusiviste.
Le manque d’attention est l’une des raisons pour lesquelles les
premières missions catholiques en Afrique n’ont pas profondément pris.
Les Lineamenta pour la préparation de l’Assemblée spéciale
pour l’Afrique du Synode des évêques soulignaient : « Les
premières missions portugaises ne se préoccupèrent nullement d’acquérir
une connaissance approfondie des langues africaines et de comprendre les
coutumes et les mentalités de la population. L’inculturation faisait défaut ».
Non seulement la langue, comme je l’ai dit tout à l’heure, mais
aussi et surtout le langage, car la langue est un moyen et le langage, un
système. Plus loin, se référant à la Constitution Lumen
Gentium (n. 15 et 16), le document invitait les églises africaines
(sont invitées) à entrer en dialogue avec les autres églises, les
autres religions et avec les religions traditionnelles africaines, car
« dialoguer est un aspect important de la mission évangélisatrice
de l’église, un moyen nécessaire pour son accomplissement ».
Toutes ces attitudes
doivent, cependant, se situer et se comprendre dans le temps et tenir
compte des circonstances de l’histoire. L’homme est humain, par
conséquent, capable d’erreurs aussi humaines. Par plusieurs fois, des
voix officielles de l’Eglise catholique ont exprimé leurs regrets pour
ce qui a pu offenser le peuple dans le passé. Souvenez-vous du discours
du pape Jean-Paul à Gorée ( ancienne maison d’esclaves au Sénégal),
ses messages répétés au Jubilé pour la purification de la mémoire.
Nous croyons que c’est une attitude authentique et honnête empreinte
d’humilité. Si les messagers ont commis des erreurs, le message, lui,
reste toujours une Bonne Nouvelle. Il ne faut pas jeter le bébé avec
l’eau du bain.
Les leçons de l’histoire nous
instruisent. Il nous faudra donc trouver des nouvelles stratégies pour
des perspectives missionnaires nouvelles. La mission aujourd’hui se veut
humaine et divine,
c’est-à-dire tenant compte des réalités humaines des peuples, on
essaie de les voir comme Dieu lui-même les voit.
Le christianisme de
la puissance institutionnelle et du monopole de la vérité divine cède
progressivement au christianisme de la vie, de la compréhension et du
respect ; il devient le lieu de la rencontre des enfants de Dieu pour
une louange commune. C’est ainsi que le dialogue dans la mission apparaît
aujourd’hui comme le mot clé de la rencontre des religions qui sont des moyens par lesquels l’homme
va à la rencontre de Dieu.
Pour être crédible,
la mission aujourd’hui appelle des nouvelles approches évangélisatrices.
D’une façon particulière le dialogue et le respect. Dans cet esprit, on ne peut pas ne
pas tenir compte des religions traditionnelles africaines. Restituée dans
sa rationalité propre, la Religion traditionnelle africaine pourra
contribuer à l’avènement du Règne de Dieu.
C’est dans ces
nouvelles perspectives que s’inscrit la contribution originale de notre
thèse.

La défense publique de celle-ci se présente
elle-même comme l’actualisation du dialogue entre le jury, porte parole
du christianisme et de la tradition universitaire et nous qui jouons le rôle
de porte-parole de la religion traditionnelle africaine.
Remerciements
Avant de remettre la parole à qui me
l’a donnée, c.à.d à l’aimable et auguste jury, je voudrais de tout
cœur, exprimer ma reconnaissance au professeur, le p. Jesùs Lopez-Gay,
pour sa disponibilité dans la direction de nos recherches. Ses
observations, ses suggestions et remarques nous ont aidé à approfondir
nos réflexions. Ses encouragements m’ont appris à avancer avec
confiance.
Je suis reconnaissant au
professeur, le p. Adam Wolanin, pour son intérêt à notre thème et pour
l’enseignement que nous avons reçu de lui.
Je
suis reconnaissant également au père Shelke qui préside le jury. Si mon plaisir
est grand d’avoir mon ancien doyen (Lopez-Gay) et le nouveau (Adam
Wolanin) comme 1er et 2ème examinateurs de ma thèse, ma joie
et mon bonheur sont encore plus grand d’avoir eu les trois comme
professeurs. Et d’ailleurs, le développement de la réflexion dont je
viens d’être capable tout à l’heure est le fruit de leur solide
enseignement.
Me tournant vers vous, chers amis, je veux remercier notre Père Général,
Guillermo Steckling, et tout le Conseil Général pour leur soutien et
encouragement. A travers eux, je suis redevable à vous tous, confrères
Oblats. C’est pour le besoin de la mission que doivent servir nos réflexions
et notre travail.
Vous tous, chers amis,
venus de Belgique, Congo et d’Italie même pour nous soutenir, je vous
dis toute ma gratitude. Je voudrais finir par une petite une promesse :
tout à l’heure, quand l’auguste jury m’aura jugé capable et
proclamé docteur, je promets que les consultations et les interventions
chirurgicales seront gratuites toute la première semaine.
Baudouin
Mubesala, o.m.i
16 janvier 2002 ( en la fête de saint Marcel)
Et la fête qui
commence...
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