Que faisions-nous aux temps chauds des certitudes, à l'époque des
croissances avérées, lorsque nous aurions du adapter nos économies et
réviser nos jugements ? Assurés de nous trouver du bon côté de ces rideaux
de fer et de bambous, nous avions négligés d'être sages et sommes demeurés
statiques, sûrs de notre droit et de l'ordre des choses, dès lors qu'il semblait
jouer en notre faveur.
Disons-le : nous étions, les Français, d'une hauteur telle que les autres
Occidentaux existaient peu à nos yeux et que l'immense moitié du monde qui
s'éveillait alors dans le dénuement et l'effort nous paraissait sans rapport avec
notre satisfaction. N'avions-nous pas inventé la République et publié les Droits
de l'homme avant les autres ? C'était vrai et pourtant notre appareil de
production vieillissait, notre Éducation centralisée n'était plus à la hauteur de
la demande, les rouages de notre fiscalité se grippaient, notre Protection
sociale rouillait, notre appareil militaire devenait caduque. Pire : nous ne
savions pas nous parler. La faute à qui ? La faute à un système politique qui
fut performant et construit aujourd'hui sa propre caricature, qui s'alimente
d'étiquettes dépassées et de mensonges électoraux plutôt que d'inventions et
de réalisme mêlés. La faute aux responsables de cette période. La faute à
nous tous.
Nous n'avons pas été assez attentifs et le monde a changé. Derrière
notre dos. Sans nous. Nous ne nous sommes pas adaptés au rythme haletant
de cette planète nouvelle. Nous tentons de freiner son évolution avec de
vieilles recettes et des slogans dépassés.
On dirait que la terre tourne trop vite pour nous, vieux habitants de cette
République française qui fut à l'avant garde du progrès humain.
Et nous en sommes malheureux. Les Français grincent des dents, les
rouages de notre pays couinent. Elle a mal au cœur, notre France qui pourrait
être heureuse. On y repousse les plus pauvres, on y écarte les plus jeunes et
l'on refuse de voir le reste de l'Univers. Nous sommes à la remorque des
avancées du monde. Chacun de nos mouvements prend du retard.
C'est le moment du changement radical.
Notre pays dispose d'immenses atouts : prenons les devants.
Ouvrons les yeux, ouvrons les bras, retroussons nos manches : l'air
reste libre pour les plus décidés.
D'abord les faits.
Les États européens s'évertuent à gommer les frontières
administratives, à en limiter les effets, alors que les pouvoirs économiques
s'emparent des continents que les distances géographiques ne limitent plus.
Le développement vertigineux des transports et des techniques, permet de
produire de plus en plus de biens à un endroit quelconque de la planète et de
pouvoir les diffuser sur l'ensemble des marchés.
La création des réseaux internationaux et instantanés de circulation de
l'information réduit l'importance de la localisation de nombreuses activités de
service. Dès aujourd'hui, la comptabilité, la gestion des stocks ou des
commandes des entreprises peut se faire aux antipodes. D'autres activités de
service vont connaître la même évolution : opérations bancaires, d'assurance,
de formation, d'information, de création audiovisuelle. La technologie offre la
planète aux empires économiques. Et, si elle ne réagit pas, la France au
chômage.
Si nous ne réagissons pas, quel travail aurons-nous à partager ? Le vide ?
S'il n'est pas trop tard, si nous ne sommes pas trop vieux dans ce pays que les
autres, tous les autres, nous envient, la France doit à nouveau inventer le
monde. Et les rêves des hommes.
Que faire avec les hommes ?
Les remettre à la place qui leur revient : au cœur.
Cette prédominance des intérêts privés dans l'économie s'accompagne
aujourd'hui d'un autre mouvement, la conquête du pouvoir culturel, du pouvoir
social et peut-être à terme du pouvoir politique par les géants de l'économie
mondiale devenue économie-monde. Comme si le marxisme prenait sa
revanche au moment même où le bloc qui s'en réclamait s'est effondré.
Le pouvoir politique est-il condamné à s'effacer devant le pouvoir
industriel, le pouvoir financier, le pouvoir de l'information ? Connexion sur
Internet contre droit de vote : la démocratie est en jeu.
Nous avons conscience d'être en économie de marché. Nous ne
prétendons pas reconstruire le marxisme, non, au contraire, mais tout de
même, nous ne pouvons nous satisfaire des discours politiques de routine sur
la nécessaire concurrence. Va-t-on rester spectateurs impuissants devant les
exclusions, les chômages, les désespoirs dans nos pays encore riches ? Nos
fibres égalitaires se tordent, nos fibres libertaires résistent.
Des pans entiers de l'activité sociale qui étaient maîtrisés par le pouvoir
politique risquent d'y échapper au cours des prochaines années. Il n'est que
de voir la disproportion qui existe entre l'épaisseur des réglementations sur la
vente de médicaments et la facilité avec laquelle Internet et les transports
postaux permettent de la contourner. De même, les grands canaux satellites
de télévision imposent les séries télévisées, les flics de Miami et les surfeurs
de la Côte Ouest à l'ensemble des pays, qu'ils soient soumis à la loi islamique,
aux rites orthodoxes ou au contrôle du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.
Notre démocratie est aujourd'hui confrontée à une question majeure :
comment transformer la politique pour qu'elle maintienne son primat sur les
gérances de supermarché ? Comment opposer des contre-pouvoirs à ces
pouvoirs mondiaux souvent utiles, parfois nuisibles, qui, au-delà de
l'économique, sont en mesure aujourd'hui d'organiser et d'orienter durablement
le social et le culturel ? Comment utiliser ces nouvelles technologies, ces
échanges transfrontières pour redonner un véritable pouvoir politique aux
citoyens ? Comment contribuer, avec les intéressés au développement des
pays pauvres, comment freiner l'essor démographique, comment assurer la
protection de l'environnement ?
Voilà les faits et les enjeux.
Un changement radical s'impose. Comment ?
En entreprenant de penser différemment.
En ne craignant de tout remettre en chantier.
En osant dire ce qu'on pense, hors de portée des édredons de
conformisme.
En accordant toute son importance à l'activité des jeunes et à la
confiance que nous plaçons en eux.
L'enjeu majeur est aujourd'hui de redonner au pouvoir politique la place
première que sa légitimité démocratique appelle tant sur la scène
internationale face aux pouvoirs d'entreprise et à la loi du profit que dans la
cité face aux gangs et à la loi de la peur.
2. Quelques grandes propositions :
Quatre axes majeurs pourraient orienter cette reconquête du politique :
la responsabilité, la transparence, la solidarité et la sécurité.
2.1 Le principe de responsabilité.
Qui impose :
Une obligation civique de trois à six mois, sera maintenue pour la
jeunesse, filles et garçons, avec apprentissage des métiers de proximité. Selon
les cas il s'agira d'un service humanitaire ou écologique, ou social, en France,
en Europe ou dans le Monde.
La définition de contrats d'objectifs avec les Universités, permettant de
moduler leurs ressources publiques en fonction des résultats en matière
d'insertion des étudiants sur le marché du travail ; avec les habitants d'un
quartier pour démolir et reconstruire les cités de désespoir ; avec les jeunes au
cours de leur obligation civique.
La séparation du ministère de l'éducation nationale, d'un nouveau
ministère de la Formation. Les tâches ne sont pas les mêmes.
La proposition de salaires anticipés aux étudiants qui permettront une
autonomie pendant les études et appelleront un remboursement modulé dès
l'entrée sur le marché du travail. Les rares bourses étant maintenues.
La définition, avec les médecins et les usagers, de contrats d'éducation
sanitaire et de santé publique. Vieil adage chinois : payer pour ne pas être
malade.
La définition de règles strictes d'interdiction de cumul des mandats pour
les élus et des conditions de réinsertion des élus dans le secteur privé, par
exemple, par l'attribution d'un salaire de réinsertion au-delà de l'expiration du
mandat électif, ou par la préservation de sa place dans l'entreprise.
2.2 Le principe de transparence :
Publication des données taboues de la vie politique française :
- montant précis et exact des primes des fonctionnaires et le coût de
leur retraite ;
- dix plus hauts salaires de toutes les entreprises de plus de 500
salariés ;
- ensemble des rémunérations et intérêts des parlementaires et
exécutifs locaux ;
- coût ou le bilan financer des privatisations ;
- coût réel de la démocratie politique (rémunération et frais liés à tous
les élus locaux ou nationaux, coût de fonctionnement des conseils).
- coût réel de la retraite garantie des fonctionnaires.
Cette politique de transparence pourrait conduire, après débat et
référendum, sur une réorganisation de nos institutions comportant notamment
la suppression du Sénat et de l'échelon départemental.
Ainsi, la politique de flux migratoire sera l'objet de débat. Et puisqu'il
n'existe pas, hors des mensonges électoraux, d'immigration zéro, nous devons
retourner au droit du sol, inventer la régulation des quotas par catégories
professionnelles, passer contrats avec les étudiants étrangers, distinguer les
demandeurs d'asile des migrants économiques.
2.3 Le principe de solidarité :
Création d'un impôt personnel, universel et progressif, substitué aux
cotisations sociales, à la CSG, au RDS et à l'impôt sur le revenu.
Substitution de la valeur ajoutée aux salaires comme assiette des
cotisations sociales patronales.
La proposition d'un an de travail assuré et d'un salaire véritable garanti
par l'intervention de l'État auprès des collectivités locales, des associations ou
des entreprises, les plus petites en particulier. Ainsi les jeunes Français, tous,
auraient le pied mis à l'étrier. Un homme, une activité. Et priorité aux jeunes.
Conception d'une durée du travail sur toute la vie professionnelle de la
personne avec assimilation notamment des périodes de chômage à des
périodes de congés payés. Ainsi pouvant être consacrées, soit à des périodes
sabbatiques, soit à des périodes de chômage en cas de difficulté, soit à des
périodes de formation, en Europe en particulier.
Définition des règles de remboursement des dépenses de santé en
fonction des revenus, afin d'introduire un lien entre la capacité contributive de
chacun et l'effort de la collectivité pour la prise en charge du risque maladie.
Afin que soit préservée l'égalité de tous devant les soins.
2.4 La fonction de sécurité :
Affirmation du droit à la sécurité comme l'un des droits fondamentaux de
l'homme, comme une condition préalable à l'exercice des libertés publiques :
liberté d'aller et venir sans crainte -pour les enfants et les personnes âgées en
particulier- ; liberté d'accéder aux services culturels ; liberté de participer à
toute activité sociale ou ludique. Cela suppose un renforcement de l'effort
sociale ou ludique. Cela suppose un renforcement de l'effort consenti pour la
sécurité locale dans les villes et dans les quartiers les plus difficiles mais
également sur l'ensemble du territoire. Dans chaque cité, chaque quartier, un
commissariat sera ouvert et des policiers locaux s'y tiendront en permanence.
Développement également des fonctions de sécurité, avec priorité
budgétaire pour les fonctions de protection de l'environnement et de la santé.
Voilà quelques projets. Lisez la suite, vous en trouverez d'autres qui
articulent le changement radical.
En particulier nous n'abandonnons pas la construction de l'Europe, que
nous considérons comme une chance et un rempart contre la mondialisation.
Mais nous voulons une Europe sociale, une Europe des citoyens, pas celle
des seuls marchands. Une Europe juste et conquérante, qui proposera au
monde, la taxation des mouvements de capitaux et le droit d'ingérence pour
protéger les minorités des massacres. Pour cela nous ne nous contenterons
pas de l'Euro, étape indispensable, nous voulons une politique étrangère et
une politique de défense commune de nos valeurs communes, celles des
Droits de l'homme et du citoyen.
C'est dire qu'il y a tout à changer dans la politique étrangère et la
politique de développement de la France.
Toutes ces exigences et ces rêves sont détaillés plus loin, hardiment.
Nous croyons encore à des valeurs de la France et de l'Europe qui sont
indispensables au monde. Et à la politique. A la morale. A la nécessité
militante.
Secouons-nous, les Français et le monde en ont besoin.