TICAD II : ESSAI D'UNE APPLICATION ET D'UN SUIVI

Le cas du Niger

(Contribution de Djilali Benamrane économiste Octobre 1998 )


1 rappel du contexte

La première Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l'Afrique (TICAD) a eu lieu en 1993 et a réuni à l'invitation du Japon, les représentants de la communauté internationale pour examiner la situation de crise que connaissait le Continent africain et proposer des solutions opportunes. La Déclaration qui s'en est suivie a recommandé : i) la poursuite et l'accélération des réformes politiques et économiques en cours dans le Continent ; ii) la confirmation du rôle primordial dévolu au secteur privé dans les stratégies et politiques de croissance économique et de développement ; iii) l'intensification des efforts de coopération et d'intégration régionale ; iv) la prise en compte opportune des réponses aux besoins en aide d'urgence comme condition au développement dans de nombreux pays en Afrique sortant des situations de crise ; v) l'importance de tirer les enseignements des expériences asiatiques exemplaires pour inspirer les efforts de développement en Afrique ; vi) l'importance de la coopération internationale, en appui et en accompagnement des efforts menés par les pays du Continent ; vii) et que les co-organisateurs de la Conférence puissent assurer un suivi et organiser une deuxième Conférence avant la fin de la décennie.

Cinq années après, la deuxième Conférence TICAD II devait faire le point sur le chemin parcouru depuis la première rencontre, tirer les enseignements significatifs survenus durant la période et proposer de nouvelles actions pour poursuivre et intensifier les efforts.

Par rapport à la première Conférence, TICAD II a pour avantage d'avoir déboucher sur un plan d'action consensuel dont la valeur première réside dans une tentative de quantification des objectifs. Pour donner plus d'opérationalité au Plan d'Action global de la Conférence, il importe que chacun des pays développe un ou plusieurs scenarii sur la faisabilité des objectifs visés par le programme et sur les voies et les moyens à mobiliser pour réaliser les objectifs convenus.

2 rappel de la méthode et des objectifs retenus dans le Plan d'Action de TICAD II

2.1 La méthode :

- pour chacun des objectifs quantitatifs ou qualitatifs retenus, identification des mesures attendues des différentes composantes de la Coalition à savoir les pays africains pris individuellement ou collectivement et leurs partenaires pour la bonne réalisation des objectifs.

Trois secteurs d'intervention ont été retenus :

Enfin, quelques recommandations en matière de suivi ont été prises en considération en conclusion.

2.2 Les objectifs :

2.2.1 Les objectifs de développement humain :

les objectifs d'éducation :

Les objectifs de santé : Autres objectifs d'assistance aux pauvres

Réduire à l'horizon 2015 de plus des deux tiers le nombre de femmes vivant présentement dans la pauvreté

Créer des opportunités d'emplois et de diversification de sources de revenus en faveur des pauvres en leur favorisant l'accès aux moyens de production tels que la terre, le crédit ou le marché des biens et des services.

Promouvoir des mesures de capacité de survie pour les plus vulnérables et assurer l'assistance à ceux affectés par des calamités sociales ou naturelles.
 
 

2.2.2  Les objectifs de croissance, de développement économique et de promotion du secteur privé :

Les objectifs de développement du secteur privé :

Les objectifs de développement industriel : Les objectifs de développement agricole : Les objectifs de traitement de la dette :

Les objectifs principaux en la matière devraient tendre vers des solutions durables de règlement de la dette extérieure africaine, y compris l'annulation de la dette et si besoin l'allégement du service de la dette.

2.2.3 Les objectifs de support aux fondations de base du développement : Les objectifs de bonne gouvernance : Les objectifs de prévention des conflits et de traitement des situations post conflit : 2.2.4 Les objectifs de suivi et d'évaluation :

Les pays africains devront s'approprier des objectifs de la Conférence et les internaliser dans leurs programmes de développement nationaux et régionaux. Une attention particulière sera accordée aux modalités d'exécution des objectifs grâce à la coopération Sud-Sud, particulièrement entre Afrique et l'Asie et au développement de la coopération entre opérateurs du secteur privé.

Des rencontres de suivi seront organisées pour mesurer les progrès accomplis.

Il sera mis en place avec l'appui et l'animation des co-organisateurs dans chacun des pays des points focaux de suivi des recommandations de la TICAD II avec un encouragement à l'utilisation intensive des nouvelles technologies de l'information et de la communication (sites WEB, groupes virtuels de discussions, visioconférences, etc…
 
 

3 Essai d'application au Niger

3.1  Les conditions préalables :

Adhérer à un exercice du genre mise en œuvre et suivi des recommandations de la TICAD II est une entreprise qui nécessite beaucoup d'efforts dont l'évaluation de l'utilité est à mettre en parallèle avec d'autres initiatives à efficience comparable. En définitive, rien à priori n'indique que les Conférences du genre TICAD recèlent une faisabilité supérieure à celle des autres grandes rencontres onusiennes dont les recommandations n'ont jamais connu d'application satisfaisante en Afrique. Pour que TICAD II ait quelques chances de résultat, il faudrait que les autorités nigériennes puissent décider d'allouer une partie des faibles ressources humaines nationales dont elles disposent à la conception d'une stratégie de mise en œuvre fondée sur une politique affichée d'adhésion à l'exercice. En contre partie, il faudrait dans l'esprit d'un partenariat équilibré que les co-organisateurs de la TICAD accompagnent les efforts du Niger en lançant des signaux encore plus visibles de leurs engagements à soutenir ces efforts. Enfin, s'agissant d'une initiative qui vise une application au Continent, il faudrait s'assurer que les efforts consentis par un pays ou un groupe de pays ne puissent s'avérer vains du fait du manque d'intérêt d'autres pays du Continent. A ce niveau de la réflexion, force est de constater que les mécanismes de suivi et d'évaluation ne sont pas assez explicites pour autoriser une appréciation concertée et pertinente des progrès accomplis par chacune des parties prenantes au partenariat. Il aurait fallu mettre en place un secrétariat ou un observatoire avec mandat de suivre l'évolution des choses et de proposer de façon concertée et avec équité des mesures de sanctions positives ou négatives des progrès ou des blocages observés.

3.2 Les éléments d'une stratégie nationale de mise en œuvre des recommandations de TICAD II

La méthodologie retenue pour l'appréciation des objectifs convenus indique implicitement les instruments à mettre en place pour définir les objectifs spécifiques pour le Niger et pour en évaluer les moyens nécessaires pour leur réalisation.

Les horizons préconisés sont 2005 et 2015 pour vérifier si les objectifs ont été ou non réalisés. Cela signifie que le Niger devrait disposer d'une planification prospective à de telles échéances. Dans le cas spécifique du Niger, les autorités ont prévu dans leur Programme National de Renforcement des Capacités de Gestion et de Bonne Gouvernance (PNRCGBG), adopté en milieu des années 1997, l'élaboration d'un exercice de prospective. Le Document d'Appui au Programme qui précise les apports du PNUD au Programme National a prévu des sommes pour démarrer l'exécution de l'exercice de prospective. Le mécanisme de suivi de la Note de Stratégie Nationale qui précise les priorités des domaines d'intervention du Système des Nations-Unies, adoptée en septembre 1997, prévoit l'évaluation conjointe du Gouvernement et de ses partenaires du Système des Nations-Unies sur les conditions de mise en œuvre de la prospective. Une consultation nationale a été commise en 1998 à cette effet et ses conclusions et recommandations seront prochainement examinées dans le cadre du suivi annuel de la NSN.

Beaucoup d'objectifs quantitatifs retenus par TICAD II retiennent l'année 1990 comme l'année de référence pour mesurer les performances accomplies depuis et celles attendues aux horizons 2005 et 2015. A cet effet, les travaux de prospectives devront être précédés d' un travail rétrospectif de constitution/reconstitution des séries statistiques à partir de 1990.

Enfin, l'approche de TICAD II se voulant volontairement tournée vers le développement humain et la satisfaction des besoins essentiels des populations, la bonne connaissance des indicateurs démographiques, indispensable pour des projections crédibles est de la plus haute importance. A cet égard, le Niger se trouve dans une situation favorable puisqu'il réalisera en début 1999 son recensement de la population, avec de fortes probabilités de pouvoir disposer des premiers résultats en début d'année 2000.

Dans pareilles conditions et pour des raisons évidentes d'efficacité, le scénario suivant semble s'imposer pour pouvoir disposer d'une documentation technique probante pour assurer un suivi objectif et des évaluations pertinentes des conditions de réalisation des objectifs de TICAD II : il ne s'agit ni plus ni moins que d' un processus de planification stratégique capable de servir de base aux travaux d'évaluation concertée sur les conditions de réalisation des objectifs convenus :


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