CONTRIBUTION AUX DEBATS SUR LA GLOBALISATION
DE LECONOMIE MONDIALE
PLAIDOYER POUR UNE MEILLEUR PRISE EN COMPTE
DES INTERETS DUN CONTINENT AFRICAIN A LA DERIVE
(Contribution de Djilali Benamrane
économiste Octobre 1998 )
SOMMAIRE
Introduction,
Conclusions et
recommandations : sept propositions pour mieux impliquer lAfrique
Chapitre 1. Rappel de
quelques fondements de la pensée unique
Chapitre II.
Ladaptation des acteurs aux exigences de la globalisation
Chapitre III. Des ratés
inquiétants dans le processus de globalisation
Chapitre IV. Le plaidoyer pour le
continent africain
Annexes portant calendrier des opportunités de plaidoyer et
thèmes à promouvoir
Introduction
- Les situations de crises présentent un avantage, celui dinciter à la réflexion
pour identifier les causes et les effets des dysfonctionnements repérés et proposer des
remèdes adéquats pour corriger les anomalies indésirables. La vague de crises
financières qui secoue léconomie mondiale en cette fin de siècle offre une
opportunité pour dégager les conditions dun changement conséquent dans une
meilleure gestion des affaires et répondre aux exigences dun monde devenu un
village planétaire.
- En ce village planétaire, les contraintes de communication dhier, liées à
lespace, au temps, aux langues ou aux cultures, sestompent. Les règles qui
normalisent les relations entre acteurs sharmonisent et suniformisent. La
pensée unique simpose comme référence exclusive pour rationaliser et
légitimer les choix à léchelle planétaire. Cette idéologie dominante constitue
la clef de voûte pour la bonne compréhension du système mondial dans son fonctionnement
actuel. Cest la source principale des causes et le réceptacle final des effets des
crises en question. Pour être pertinente, la recherche des solutions adéquates doit
sy référer.
- Les rapports de force entre les acteurs se transforment et se diversifient. A la base,
les populations développent des instruments nouveaux dexpression et de
représentation qui renforcent les pratiques habituelles de démocratie politique
multipartite ou de représentation dintérêts socioprofessionnels, en prenant en
compte des besoins plus spécifiques de solidarité de proximité. Au sommet, les
Organisations intergouvernementales élargissent leurs domaines de compétence, au
détriment de leurs mandants que sont les Etats. Entre la base et le sommet, cest le
champ où sexpérimentent les formes mouvantes de rapports interactifs entre les
Etats, les sociétés et entreprises publiques et privées, nationales, internationales,
multinationales ou transnationales.
- Les percées technologiques, notamment dans les domaines de la communication,
bouleversent les rythmes habituels des relations humaines. Cest une donnée
dune extrême importance quil convient de prendre en compte. Dans le village
planétaire, à lheure des nouvelles technologies de linformation et de la
communication, les habitudes de penser, dagir et de réagir se réforment en
conséquence. Certains acteurs anticipent pour tirer le plus grand avantage des
changements, dautres désespèrent dans la misère et lexclusion. Si lon
ny prend garde, les surplus dégagés par les gagnants ne suffiront pas à compenser
les pertes subies par les perdants. Les coûts des opérations de maintien de la paix et
de la sécurité dans les zones de pauvreté et de détresse compromettront à terme les
efforts de croissance et de progrès dans les zones de richesse et dopulence.
- Les manifestations inquiétantes de crises persistantes dans un secteur davant
garde de la globalisation, celui de la gestion des flux monétaires et financiers,
alimentent à juste titre des interrogations sur la capacité du système en charge de ce
domaine. Certains, effrayés par lampleur du phénomène, réclament un nouveau
Sommet mondial pour réformer les Institutions de Bretton-Woods. Dautres plus
conséquents jugent lapproche fragmentaire et préfèrent une réforme plus globale
et la mise en place dinstitutions nouvelles capables de jouer le rôle de
Gouvernement mondial.
- Les conclusions et recommandations de cette réflexion sinscrivent dans cette
problématique proposée par les uns, acceptée bon gré mal gré par les autres, que le
monde daujourdhui est sous lemprise de la pensée unique, quelque peu
malmenée par les faits et dont il convient de bien comprendre les fondements avant de
proposer des amendements. Limage du village planétaire pour caractériser la
société et léconomie mondiales est frappante par sa pertinence, un village où il
devient impossible de cacher la misère des taudis et des cités insalubres aux voisins
des quartiers chics, des villas magnifiques qui débordent de faste et dopulence.
Dans cette approche et malgré des success stories ici ou là, lAfrique,
depuis deux décennies donne limage dun bidonville en perdition et les risques
sont grands pour les autres quartiers continents en meilleure posture, si elle venait à
sombrer, elle risque débranler le village dans sa globalité.
- Les sept propositions avancées ci-après, relevant normalement des conclusions et
recommandations, ont été mises au devant du corps du texte pour mieux en éclairer la
lecture.
Conclusions
et recommandations : sept propositions pour mieux impliquer lAfrique dans le
processus de globalisation
Exposé des motifs de la proposition I :
- Les opportunités vont se multiplier à la cadence mensuelle si non hebdomadaire,
créant des fora pour conscientiser les représentants du Continent africain sur les
enjeux de lexercice et encourager, au plan mondial, la confirmation de
ladhésion de la Communauté internationale au principe que ce débat sur
lAfrique, avec les Africains, devrait constituer un point central de tous les
débats sur la globalisation. TICAD II (octobre 1998) ; la rencontre internationale de
Hanoi sur linitiative 20/20 (octobre 1998) ; les rencontres statutaires et ad hoc
des organes dirigeants des institutions de Bretton-Woods, les rencontres périodiques du
G7, les débats en cours sur le devenir du partenariat Union Européenne/pays de
lAfrique, des Caraïbes et du Pacifique (UE/ACP), le prochain Forum de Davos, le
Forum de Dakar (novembre 1998) sur la compétitivité des économies africaines ;
etc
la proposition
- Cela justifie la nécessité de création de groupes spécifiques de réflexion et de
propositions qui viendraient renforcer et stimuler lexistant, à un triple niveau,
politique, technique et indépendant. Le groupe politique pourrait être situé au niveau
de la présidence de lOUA et comprendrait, sur la base du volontariat, une douzaine
de ministres africains en charge dans leurs pays respectifs du développement
(planification, finances, économie). Le groupe des experts pourrait être constitué sur
une base paritaire : une dizaine de représentants de gouvernements à un niveau
opérationnel, directeurs dadministration, de banques, dentreprises ou de
services denvergure -, et une dizaine dexperts représentant les institutions
internationales et régionales impliquées dans le débat : PNUD/RBA, CEA, BAD, CNUCED,
BIT, UNICEF, UNESCO, OMS. Le groupe des indépendants concernerait une douzaine de leaders
dopinion africains, reconnus pour leur militantisme en faveur dune
Afrique unie dans sa diversité et battante malgré ses handicaps. Les Groupes technique
et des indépendants développent par leurs propres moyens ou à laide de recours à
des consultants africains, des réflexions de leur propre initiative ou à la demande du
groupe politique qui en évalue les conclusions et propositions, préalablement à leur
officialisation et à leur diffusion. Pour des raisons de commodité et déconomie,
le travail au sein et entre les trois groupes se ferait de façon novatrice utilisant les
nouvelles technologies de linformation, pour la diffusion des papiers de
contribution et les visio-conférences pour la finalisation des positions consensuelles à
présenter et à défendre dans les fora. Les papiers produits feront lobjet
dune diffusion massive pour susciter le débat au niveau des universités, des
associations et ONGs.
Exposé des motifs de la proposition II :
- Les Conférences, Congrès et Sommets mondiaux, une douzaine depuis le début de la
décennie - léducation pour tous à Jomtiem en 1990, lenfance à New York en
1990, lenvironnement et le développement à Rio en 1992, les droits de lhomme
à Vienne en 1993, la population et le développement au Caire en 1994, le développement
des petits Etats insulaires en développement, Barbade 1994, prévention des catastrophes
naturelles, Yokohama en 1994, le développement social à Copenhague en 1995, les femmes
à Beijing en 1995, la prévention des crimes et le traitement des délinquants, le Caire
1995, lhabitat et les établissements humains à Istambul en 1996, le Commerce et le
développement, Midrand, Afrique du Sud 1996, et lalimentation à Rome en 1996 -, se
succèdent, avec des recommandations pertinentes de la communauté internationale, sans
que les résultats escomptés ne soit jamais réalisés en Afrique. Ces sommets coûtent
cher à la Communauté internationale (2 à 3 millions de dollars pour la seule tenue de
la Conférence à son stade final - 10 millions de dollars pour le Sommet mondial de Rio)
qui en paie la préparation, la tenue, lévaluation et de suivi. Ils créent chez
les populations éprouvées des espérances mais aussi des frustrations liées à la non
satisfaction des objectifs retenus.
La proposition :
- Un premier mandat urgent sera donné aux groupes de réflexion et de proposition pour
formuler des scenarii pour que lAfrique réalise effectivement à lhorizon
2020, les objectifs de ces grands Sommets mondiaux. Le programme des études nationales
prospectives Futurs africains - (NLTPS), sur financement PNUD, devrait être mis à
contribution en ce domaine, avec une actualisation et si nécessaire une réorientation de
ses travaux pour aider à répondre à cette nouvelle problèmatique.
Exposé des motifs de la proposition III :
- En quelques semaines, le travail sur les scénarri de réalisation, à un horizon
réaliste, des objectifs des sommets mondiaux fera ressortir une réalité incontournable,
celle de la modicité des niveaux dinvestissement sur le Continent. Cela est dû à
plusieurs causes : insuffisance de lépargne locale, insuffisance de laide
publique au développement, insuffisance et manque dintérêt des investissements
nationaux et internationaux.
La proposition :
- Développer largumentation adéquate pour défendre dimpératif de faire
passer rapidement linvestissement en Afrique de son niveau actuel denviron 12
% à un niveau requis supérieur à 30 %. Si on veut être conséquent, réaliser les
objectifs des sommets mondiaux et mettre à niveau lAfrique pour contribuer
activement à la globalisation de léconomie mondiale, dans la paix, le
développement et le progrès.
Exposé des motifs de la proposition IV :
- Si lon admet que lAfrique a besoin, dans cette phase spécifique de son
développement de taux dinvestissement conséquents, il faut décourager une
interprétation négative de la pensée unique libérale. Initiative privée, libre
concurrence, ouverture, compétitivité, avantage comparatif, etc
, toutes ces
injonctions aussi pertinentes et judicieuses soient-elles, devraient être relues à la
lumière de la priorité de remettre à niveau léconomie et la société
africaines. Pour bien comprendre les enjeux et se référer à un exemple historique
précis et relativement récent, lorsquau lendemain de la Seconde Guerre Mondiale,
lEurope détruite, grâce au plan Marshall sest rapidement reconstruite et a
été remise à niveau en quelques années à peine, rares sont ceux qui se sont émus du
rôle déterminant joué par le secteur public qui depuis a redonné depuis, de façon
progressive et maîtrisée, linitiative au secteur privé.
La proposition :
- Les groupes de réflexion et de propositions élaboreront un plan daction
prioritaire tendant à remettre à lordre du jour les grands programmes
dintégration continentale, développés notamment au près de la CEA dans les
années 1970 et 80. Les modalités de conception et de réalisation de ces programmes
devraient profiter en priorité aux capacités africaines dexpertise et
dexécution des travaux dans les grands secteurs dintégration
(infrastructures et équipements de communication ferroviaire, routière, aérienne et de
télécommunications) ; interconnexion des réseaux électriques ; gestion concertée des
ressources énergétiques, hydrauliques et autres ressources naturelles ; programmation
concertée en matière de valorisation des ressources humaines ; etc
). Leffort
dinvestissement global à léchelon africain devrait se traduire par une
allocation des ressources qui tienne compte de la priorité accordée à ces
investissements communautaires continentaux.
Exposé des motifs de la proposition V :
- Au plan des stratégies et priorités nationales dans les différents pays africains, la
mise en uvre des programmes de stabilisation et dajustement structurel
sest le plus souvent traduite, ces deux dernières décennies par une aggravation de
la pauvreté et une régression des capacités africaines dans les sphères de production
industrielle et des services.
La proposition :
- Les groupes de réflexion et de propositions développeront les recherches nécessaires
pour justifier aux yeux des défenseurs de la pensée unique que la construction dans la
paix et la sérénité du village planétaire passe impérativement par la construction
dune base économique africaine, moderne, diversifiée et compétitive. Cela passe
par la construction dans chacun des pays du Continent dune base économique
nationale saine et dont la pertinence relève dimpératifs de solidarité, de
complémentarité et de spécialisation, dabord au niveau continental, ensuite au
niveau mondial.
Exposé des motifs de la proposition VI :
- La Construction dune base économique saine et diversifiée pour lAfrique en
tant que Continent et pour chacun des pays qui la composent, passe par une relecture
profonde du statut de lEtat, condamné par les exigences de la pensée unique à
évoluer dans une situation des plus inconfortable. Dune part il est appelé à
réduire ses droits ou devoirs dintervention, pour laissez lentière liberté
daction aux initiatives privées, et dautre part, sa responsabilité reste
entière quant à la mobilisation des capacités et compétences pour livrer le difficile
combat du développement.
La proposition :
- Le critère de bonne gouvernance, utilisé par les partenaires au développement comme
instrument privilégié de qualification des Gouvernants pour mériter plus ou moins
daide et de coopération et qui sappuient jusquà présent notamment sur
des indicateurs qualitatifs de transparence, de responsabilisation (accountability), de
liberté dexpression individuelle et collective, de participation des populations
concernées (empowerment) et dindépendance de la justice et de la presse, méritent
des amendements. Cela devrait porter à un double niveau : celui de dégager un consensus
sur la validité et les conditions dutilisation concertée et équitable des
indicateurs sélectionnés et celui dajouter un indicateur primordial par
référence à la bonne prise en compte des besoins en capacités nationales publique et
privée, des individus et des communautés.
Exposé des motifs de la proposition VII :
- Des Institutions intergouvernementales déploient de gros efforts pour dégager des
méthodologies coûteuses pour classer les pays soit sur la base dagrégats
macro-économique, cas des institutions de Bretton Woods et du classement sur la base du
PIB/habitant, soit sur la base dindicateurs quantitatifs et qualitatifs,
économique, sociaux, culturels, politiques ou de bonne gouvernance. Avec lIndice du
Développement Humain (IHD) développé, depuis une dizaine dannées par le PNUD,
lapproche se veut novatrice dans la mesure où le classement ne se fonde pas sur des
données absolues mais tente de tenir compte du déficit accusé par les pays les moins
bien classés par rapport aux pays les plus performants, au regard dune variable
donnée (espérance de vie, taux dalphabétisation des adultes ou revenu corrigé
par tête dhabitant). Cependant, force est de constater que même cette dernière
approche dune classification multicritère qui se fonde sur le déficit de
satisfaction des besoins par rapport aux plus performant ne semble guère satisfaisante
puisque peu stimulante, les pays les plus pauvres demeurant toujours en queue du
classement, avec peu despoir daméliorer leur situation darriération
(il y a des pays comme le Burkina Faso dont les progrès accomplis ces dernières années
sont visibles à lil nu et que les classements sur la base de
lapplication de lIDH maintiennent dans des positions peu enviables.
La proposition :
- Des recherches devraient être entreprises, avec la participation de personnes
ressources africaines, pour développer des indicateurs de classement qui puissent tenir
compte des progrès accomplis par un pays, même si ses performances encourageantes ne lui
permettent pas dégaler les niveaux atteints par dautres pays mieux nantis,
mais en stagnation, voire en régression. Ces nouveaux indicateurs à mettre en place sur
une base consensuelle, pourraient couvrir les aspects financiers, économiques, sociaux,
culturels et de bonne gouvernance et servir à récompenser les pays aussi pauvres
soient-ils, et qui font preuve defforts méritoire pour améliorer le sort de leurs
populations.
I.
RAPPEL DE QUELQUES FONDEMENTS DE LA PENSEE UNIQUE
- En cette fin de siècle, le libéralisme triomphe, cest une évidence.
Lalternative que proposait le socialisme, il y a une décennie à peine, relève
depuis la chute du Mur de Berlin de lutopie, malgré plus dun demi-siècle
dapplication. Que despoirs déçus pour ceux qui ont cru ! Que
dexultations pour ceux qui lont, avec succès, combattue. Partout le marché
est roi, partout le marché fait loi. Etatisme, interventionnisme, planification ou
encadrement doivent laisser place à la dérégulation et à la déréglementation.
LEtat qui a eu la fâcheuse tendance de vouloir tout faire, ne doit pas simplement
se convertir pour laisser faire. Il se doit, si besoin est, daider le marché à se
parfaire. Le développement mondial a-t-il façonné ou a-t-il été façonné par la
pensée unique. La question mérite dêtre posée.
- Les doctrines qui sous-tendent le libéralisme se trouvent confortées par
lévolution des choses. La libre concurrence qui préside aux transactions sur les
marchés, quils soient de portée locale, nationale, internationale, mondiale ou
globale, requiert une situation de parfaite transparence pour faciliter les choix des
opérateurs. Quand on se réfère à juste titre à un monde dont léconomie se
structure à lexemple de celle dun village planétaire, tant les nouvelles
technologies de linformation et de la communication réduisent les espaces et le
temps, la transparence devient par la force des choses plus aisée à pratiquer et à
vérifier que cela ne létait dans le temps.
- On peut aisément admettre que dans le village planétaire, il ny a guère de
place pour que chaque Etat édicte ses lois. Les sociétés transnationales de production,
de service et daccompagnement prospèrent et beaucoup sont convaincus que cest
une bonne chose pour lintérêt général. Lextension continue de leurs
capacités et compétences ne répond-elle pas à un dogme économique, admis par tous,
celui des rendements croissants et des économies déchelle. Grâce aux arbitrages
fondés et aux compensations justifiées, de telles sociétés règlent aux meilleures
conditions possibles les contraintes normales liées aux coûts des restructurations et
redéploiements. A rayonner sur un monde sans frontière et sans droit contraignant, elles
se mettent en condition de mieux saisir les opportunités, de mieux respecter un autre
dogme tout aussi inébranlable, celui de lavantage comparatif.
- Les usines qui ferment, les salariés frappés par le chômage qui se plaignent,
quà cela ne tienne, cest dans la nature des choses. Les doctrines enseignent
que la destruction peut-être créatrice et constituer le moteur du changement et du
progrès. Cest même une condition première de linnovation. Or, à quoi peut
bien être voué un monde sans innovation, si non à la ruine et à la désolation.
II.
LADAPTATION DES ACTEURS AUX EXIGENCES DE LA GLOBALISATION
- Les acteurs de léconomie mondiale sorganisent autour dintérêts
parfois concordants, dautres fois antagoniques si non foncièrement divergents. Ce
sont les Etats qui tirent leur légitimité du droit souverain quils ont pour
sexprimer au nom des populations constituant les pays membres de la communauté
internationale. Ces Etats, dits souverains dans la limite de leur territoire national
respectif, confient de plus en plus une part de leurs pouvoirs à des Institutions à
compétence supranationale, des organisations intergouvernementales à vocation régionale
ou internationale.
- Les Organisations intergouvernementales, de dimension sous régionale, régionale ou
mondiale, malgré leur statut de mandataires des Etats, disposent de prérogatives qui en
font des acteurs significatifs. Elles sont au cur du débat sur la globalisation.
Dans le village planétaire, tout plaide pour un commandement unitaire. Des voix
sélèvent pour transformer lOrganisation des Nations-Unies et des
institutions qui en dépendent en véritable Gouvernement mondial. Plaidoyers sur la
pertinence du critère de démocratisation et de bonne gouvernance obligent, le
Gouvernement mondial à construire devrait être un exemple du genre. Le chemin sera long
et difficile pour réformer dans le sens de légalité plus que de léquité,
les pratiques prévalantes dans les instances qui aujourdhui détiennent et exercent
la réalité du pouvoir absolu sur la base de principes pour le moins discutables
:force fait loi ou la voix du plus fort reste la meilleure dès lors
quelle dispose des moyens dapplication supérieurs. Les débats
somnolants sur le nécessaire élargissement du nombre des membres du Conseil de
Sécurité et sur la remise en cause du pouvoir exorbitant des ses membres permanents, en
disent long sur la complexité de lexercice.
- Un autre débat non moins essentiel résulte de linterrogation légitime sur le
besoin de créer et de renforcer un niveau de pouvoir intermédiaire entre le mondial et
le national. Lexistant ne suffit plus et devrait être revu à la lumière des
décisions prises pour les changements au niveau global. Les tendances perceptibles
semblent privilégier en ce domaine lémergence de trois pôles de support à
larchitecture future du village planétaire : lensemble constitué des
Amériques du Nord, du Centre et du Sud., celui de lAsie et le dernier regroupant
lEurope, lAfrique, le Moyen Orient et dautres entités non prises en
compte par les deux premiers. Lexpérience acquise au sein de lOrganisation de
lUnion européenne et des Pays dAfrique, des Caraïbes et du Pacifique
(UE/ACP), pourrait faute de mieux justifier le regroupement hétérogène du troisième
ensemble, pas nécessairement fondé sur la proximité géographique des composantes de
lensemble.
- Outre les Etats et les Organisations intergouvernementales, une autre catégorie
dopérateurs et non des moindres, renforcent au fil des ans, son poids déjà
prépondérant dans les rapports de force à léchelon mondial, il sagit des
entreprises et sociétés dites internationales, multinationales ou transnationales. Il
suffit de rappeler que certaines dentre elles brassent des budgets plusieurs fois
supérieurs à ceux de Etats, que les facilités de redéploiement dont elles disposent et
lextraordinaire mobilité de leurs interventions les mettent à labri des lois
et des gouvernements et que la tendance est encore à une grande concentration, pour
sinquiéter à juste titre de lavance prise dans le processus de globalisation
(Ignacio Ramonet dans un éditorial du Monde diplomatique de juin 1998 estime à 1.600
milliards de dollars américains les montants des opérations de fusion/acquisitions entre
multinationales, et ce pour la seule année 1997).
- Enfin, les populations et les individus qui les forment constituent la dernière
composante importante des opérateurs, puisque sans elle les autres catégories
nauraient plus de raison dêtre. Le processus en cours de consolidation de la
démocratisation comme base de lorganisation politique, les percées indéniables en
matière de lutte pour la sauvegarde des droits de lhomme, lextraordinaire
expansion du réseau des organisations non gouvernementales (ONG) et leur poids
grandissant dans les fora internationaux, de même que la vitalité exemplaire du
mouvement associatif, autant de signes tangibles que cette composante nest pas
prête à être sacrifiée, fusse au nom de la globalisation. De ce temps, lêtre
humain éprouve de plus en plus le besoin de voir son droit à lexpression
individuelle ou communautaire reconnu et pris en compte nonobstant le sexe, la religion,
la couleur de la peaux, le lieu de résidence ou létat de santé ou de pauvreté.
Les sans voix et sans droit dhier, marginaux de toutes natures, exclus de part leur
éloignement géographique ou de par leur particularité culturelle, ethnique, religieuse
ou sociale acquièrent aujourdhui le droit daccès aux médias, sont écoutés
et ont droit de reconnaissance et de citer. Cest une révolution des mentalités
dont on na pas encore saisi toute lampleur. En devenant planétaires, les
débats sur la nature et la finalité de la démocratie et du développement, donnent aux
minorités et aux exclus, naguère sans voix ni droit, un statut privilégié dune
catégorie sociale à ménager, tant ses potentialités de nuisance sont grandes.
- DES RATES
INQUIETANTS DANS LE PROCESSUS DE GLOBALISATION
- En cette fin du vingtième siècle, lhumanité semblait aller, à vitesse soutenue
et résolue dans le sens de la croissance, du développement et du progrès. Grâce aux
percées technologiques toujours plus surprenantes, lhomme accentue sa suprématie
sur la nature quil exploite à volonté. Les guerres mondiales qui ont menacé son
existence à deux reprises durant la première moitié du siècle semblent depuis relever
du domaine dun cauchemar oublié, non pas grâce à la sagesse des hommes mais à
cause du pouvoir que confère la maîtrise de la dissuasion atomique et lincroyable
capacité de destruction des armes nucléaires mises au point. Les potentialités de
conflit et de conflagration entre lEst et lOuest, exacerbées par des
décennies de combats idéologiques et de pratiques autoritaires, se sont tout récemment
évanouies comme par enchantement. Le dialogue Nord Sud et les récriminations des pays
pauvres du Sud à légard des populations qui vivent au Nord dans labondance,
nont plus leur raison dêtre, puisque la globalisation est sensée y
remédier. Partout, les pratiques démocratiques progressent facilitant lexercice du
droit dexpression et rendant plus difficile les abus et les répressions.
- Certes, on note avec regret ça et là des guerres pour des motifs ethniques, religieux,
régionaux ou pour des litiges de tracée de frontière, mais des corps expéditionnaires
onusiens sont prêts à jouer le rôle de pompiers pour éteindre ces incendies. Des
situations criardes de famine, de maladies, dinsécurité, danalphabétisme,
en un mot de grande pauvreté, donnent lieu à des exercices savants de rationalisation et
de sécurisation, sagissant de phénomènes localisées, circonscrits et adressés.
En un mot, tout semble sous contrôle grâce à la pensée unique qui fait la
quasi-unanimité, pour le plus grand bien du plus grand nombre, avec la certitude que
progressivement ses effets bénéfiques sen feront inexorablement sentir pour tous.
- Description rassurante dune situation alléchante, nétait-ce les crises
financières aiguës qui viennent depuis quelques mois ébranler lédifice décrit.
Première alarme sérieuse de cette décennie fut celle qui a affecté le Mexique
(1994-95) et qui fut absorbée par léconomie mondiale au prix fort (les estimations
portent sur un appui de lordre de 50 milliards de dollars américains) consenti par
les USA et le FMI. Depuis lété 1997, la crise dépasse le niveau national pour
prendre une dimension régionale, puis internationale. Tour à tour, la Thaïlande, la
Malaisie, lIndonésie, les Philippines, la Corée, Singapour, Hongkong et Taiwan
sont terrassés. A la surprise des experts, la Chine résiste mais lEurope de
lEst et lAmérique Latine vacillent. Plus grave encore, certains pays
industrialisés comme lAustralie, le Canada et la Nouvelle-Zélande marquent des
faiblesses et dans les bourses occidentales la nervosité perdure, créant un climat
dincertitude néfaste pour les affaires.
- Laffaire est prise au sérieux à tel point que parmi les plus grands décideurs
de lheure, on nhésite plus à proposer un Sommet Mondial pour réformer les
Institutions de Bretton-Woods. Les douze propositions françaises de la fin septembre 98
pour la construction dun nouvel ordre financier mondial ont toutes les chances
dêtre validées par lUnion européenne et se traduiront vraisemblablement par
un consensus sur la préparation dun Sommet mondial à cet effet.
Sachemine-t-on une fois encore vers une Conférence mondiale où la voix des pays
industrialisées sera comme de coutume prépondérante où y aura-t-il place pour innover
? Dans le village planétaire, la pensée unique triomphante ne serait-elle pas est assez
sûre delle pour accepter dimpliquer davantage le Tiers monde en général et
lAfrique en particulier. Dans la deuxième hypothèse, le plaidoyer ci-après
propose des éléments de justification pour le programme daction énoncé dans la
partie relative aux conclusions et recommandations.
IV UN PLAYDOYER POUR
LAFRIQUE
- Se situant dans un contexte historique porteur dans lequel les règles du jeu semblent
clarifiées par un courant de pensée qui plus est ne souffre daucune contestation
crédible et où les acteurs ont pris leur partie pour contribuer à la réalisation des
objectifs de la globalisation, pour en tirer le plus grand avantage, rien ne justifie à
priori la non prise en considération de conditions particulières au bénéfice de ce
Continent. Depuis longtemps, les théories évolutionnistes du développement enseignent
que les pays ou les continents retardataires nont quà suivre lexemple
donné par ceux qui ont réussi pour voir leur situation évoluer dans la bonne direction.
En persévérant, ils peuvent escompter de rattraper le retard accusé et de devenir à
leur tour des exemples à suivre. Pour ne prendre quun seul exemple parmi bien
dautres, jusquà très récemment, les fameux Dragons de lAsie du
Sud Est, partis dun niveau de sous-développement exécrables, en quelques
décennies sont devenus les moteurs exemplaires de la croissance et du progrès. On leur
reconnaît aujourdhui le label de pays à économie émergente et quelles que soient
les difficultés quils connaissent présentement, devenus des interlocuteurs
incontournables, ils pèsent lourdement dans les décisions prises par les grands.
- Il est pourtant un fait reconnu même par les plus optimistes de lafro-optimisme,
cest que le Continent africain, loin de décoller ne fait que senfoncer. Deux
décennies dexécution de programmes de stabilisation, dajustement structurel,
de privatisation, de renforcement des capacités, de bonne gouvernance, de dégraissage
dans la Fonction publique, sans compter les opérations répétitives de rééchelonnement
de la dette, de dévaluation ou de désinflation nont pas suffit pour redresser la
situation. Lessentiel des Pays les moins avancés (PMA) se trouvent dans ce
Continent. Les capacités de production économique régressent et la pauvreté progresse.
LAfrique est encore plus mal au point aujourdhui quelle ne létait
lorsquelle a été sauvée des vingt années dexpérience de dirigisme et de
planification qui ont suivi sa décolonisation.
- Le népotisme, le régionalisme, la corruption, la mauvaise gestion et dautres
maux dincompétence et de mal gouvernance qui sévissent en Afrique,
nexpliquent pas à eux seuls le cataclysme. Dailleurs, ces maladies sont loin
dêtre spécifiques à ce seul Continent. Les milliards daide publique au
développement ont généralement été accordés, assortis de conditionnalités dont les
donateurs restent attentifs au strict respect. En ce domaine au moins, le peu de résultat
ne peut relever que de la co-responsabilité du donateur et du récipiendaire. Certains se
sont interrogés sur la pertinence de théories plus ou moins racistes, légitimant
linfériorité de lafricain et la faiblesse de sa productivité du fait de
lensoleillement, de la désertification et de maladies endémiques telles le
paludisme, la maladie du sommeil ou le SIDA. Ces théories ne résistent pas à
lépreuve des faits, en témoignent le comportement normal, la productivité
suffisante, les capacités et compétences reconnues des travailleurs africains émigrés,
évoluant dans des conditions satisfaisantes de vie et de travail.
- Les débats sur les théories du sous-développement ont épuisé des générations de
chercheurs sans solutions probantes. Pour certains, il ne sert à rien dy revenir
pour y puiser une quelconque satisfaction. Il serait mieux de tenter daller de
lavant, en partant des lexistant, de lacquis. Le libéralisme, servi par
la pensée unique, constitue la référence. Lapplication rigoureuse des
recommandations de la subordination des économies locales et nationales aux impératifs
du marché mondial et global ne peut souffrir dexception, tant les dogmes de
lavantage comparatif et de la supériorité de linitiative privée restent
prédominant. Appliquons les mêmes remèdes à la Chine et à lInde, au Brésil et
au Pérou, au Congo démocratique et au Lesotho. Demain, il y a de fortes chances que
grâce au processus de la globalisation chacun de ces pays puisse rivaliser avec les
Etats-Unis, la France, le Japon ou le Royaume-Uni.
- Pour dautres, dans le village planétaire il faut rénover la théorie et la
pratique. Au plan familial, le bon père de famille est celui qui est attentif à ce que
les ressources communes puissent être réparties afin que les enfants fragiles,
incapables ou débiles puissent en bénéficier au même titre que les plus doués, les
plus intelligents et les plus productifs. La bonne gouvernance au plan national,
cest celle qui assure légalité des chances à lensemble des membres de
la population et une équité dans la répartition des fruits de la croissance et du
développement à lensemble des citoyens. Au plan mondial, la bonne gouvernance
selon laquelle sera géré le processus de globalisation devrait veiller à la bonne
répartition des fruits du développement mondial entre les populations des différents
continents. Sans remettre en cause la pensée unique et le libéralisme, il faut redoubler
dingéniosité et trouver largumentation convaincante qui puisse faire
accepter le principe de la mise en place dun Concordat mondial.
- Dans une phase historique déterminée, oublier les théories et les doctrines et
accepter une remise à niveau minimale qui permette, sous contrôle de la communauté
internationale et de son Gouvernement mondial, de pourvoir les économies nationales
retardataires, en capacités pour lutter à armes égales dans le village planétaire et
contribuer à son épanouissement dans lintérêt général. En deux décennies, on
devrait être en mesure de réaliser les objectifs des Sommets mondiaux sur
léducation et la santé pour tous, pour rendre disponible un habitat décent pour
chaque famille, pour créer des emplois en nombre suffisant, disponibiliser des revenus à
un niveau satisfaisants, protéger femmes, enfants, vieillards et handicapés. Cest
là un défi à léchelle humaine, digne dun village planétaire bien
gouverné, dans le bonheur partagé, la paix et la sérénité.
Annexes :
1. Les grands rendez-vous à saisir pour défendre le plaidoyer (liste à compléter
et à actualiser) :
TICAD II 19-21 Octobre 1998 Tokyo
Initiative 20/20 27-28 Octobre 1998 Hanoi
Forum sur la compétitivité en Afrique 2-5 décembre 1998 Dakar
Forum des personnalités mondiales Février 1999 Davos
G7 Juin 1999 Cologne
G7 + PVD (Sommet mondial ?) Septembre 1999
Conférence des Ministres africains
du développement (CEA) 1999 Addis
Série de débats sur le partenariat EU/ACP
Conférence mondiale sur la science 26/06-01/07 1999 Budapest
Education pour tous, Evaluation An 2000 mars 2000 UNESCO (Paris)
Forum universel des cultures 2004 Barcelone
2. Les grands thèmes à développer dans le plaidoyer :
Préparer pour chaque thème le rappel des Sommets mondiaux, en déduire des objectifs
à long terme (horizon 2020 pour le Continent) et traduire ces objectifs en plans et
programmes nationaux avec une quantification des besoins de financement.
Education/formation/alphabétisation
Santé, hygiène, nutrition
Démographie
Emploi
Habitat/urbanisme
Infrastructures/communication
Réduction/annulation de la dette
Les nouvelles technologies de linformation et de la communication
Sécurité alimentaire
Industrialisation
Environnement
Décentralisation, participation, administration et bonne gouvernance
Intégration sous régionale et continentale
- Les critiques et contributions reçues :
i) De Mahmoud Ourabah,
économiste, consultant international, Paris, Octobre 1998 :
Reconsidérer la composition des groupes de réflexion et de proposition en les
focalisant sur des leaders dopinion, des militants du développement et en évitant
de confier le travail aux " apparatchics " et autres fonctionnaires usés ;
Illustrer le texte par des exemples frappants comme celui de la position du Burkina
dans le classement IDH ;
Ré-écrire les propositions pour les rendre encore plus claires et plus percutantes ;
ii) De Jean Pierre Guengant, Directeur ORSTOM
Niamey, Niger 9 octobre 1998 :
Mieux clarifier la position de lauteur au regard de la pensée unique ;
Ramener les propositions de sept à cinq ;
Relever les incohérences et contradiction dans les objectifs des Sommets mondiaux, par
exemple en matière de politique de population entre le Sommet de Rio sur
lenvironnement, celui du Caire et celui de Bejing ;
Reconsidérer la composition des groupes en les ouvrant davantage à la société
civile et aux organismes comme le Club du Sahel qui ont accumulé une grande expérience
en matière de problèmatique du développement de lAfrique ;
Limiter dans le temps le mandat du ou des groupes de réflexion et de proposition ;
Limiter les thèmes prioritaires à examiner par exemple à létat
des lieux, à la bonne gouvernance, à la promotion de la société civile plurielle.
Back
to Index
Merci de vos avis et observations à adresser à : dbenamrane@yahoo.com
Thanks for your advices and comments to be send to : dbenamrane@yahoo.com