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Eve a croquer Le 27 janvier 1999 |
photo MPA |
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| Camille-Karin Viard (actrice surdouée) déborde de tout: trop d'amour, trop de questions, trop de désirs, trop de colères... Une fille qu'on crève de connaître. |
La Nouvelle Eve est une comédie qui maintient le challenge de tous les rires (nerveux, fou, jaune, de bon cœur, etc.) sans pour autant céder à la facilité de la typologie sociale ou à la charge cynique de ses personnages. Corsini n'ironise pas, elle fait de l'humour. Nuance fondamentale qui fait que, réalisatrice, elle s'autocharrie aussi sûrement qu'elle vanne Camille qui le mérite bien.
Terriblement chiante, attachante comme une Tefal qui merde, toujours sur la brèche de déborder de tout: trop d'amour, trop de questions, trop de désirs, trop de colères. Et en même temps, on crève de la connaître. Parce qu'il n'y a jamais assez d'amours, de questions, de désirs et de colères. Pas réglo comme fille. Et il est ici important de souligner au rouge à lèvres que la Nouvelle Eve, comme une association de «malfaiteuses», est un film de filles – auquel se joint la chef opératrice Agnès Godard –, parce que ce sont généralement les femmes qui aujourd'hui continuent à déranger tout le monde. Aussi bien le monde politique (l'intrusion de Camille dans une cellule du PS où elle va jouer le rôle du virus incontrôlable) que le monde plus bêtement social, ou celui, nettement plus aventurier, des sentiments. En précisant, c'est une subtilité fondamentale du film, que, d'un monde à l'autre, tout se tient. On ne peut pas baiser à droite et voter à gauche. Car la Nouvelle Eve ne s'appellerait pas ainsi s'il n'était pas aussi une variation sur les ondes de choc même lointaines qu'engendrent les séismes du désordre amoureux. Exemple: les copines gouines de Camille si promptes à reproduire les conventions de la conjugalité la plus orthodoxe.
Fiancé d'une pirate. Donc, Camille aime. A peu près tous les hommes qui lui plaisent, compagnon de partouze branchée ou chauffeur de poids lourd, pour peu qu'ils soient à la hauteur de son casting sentimental: devenir le fiancé d'une pirate. Ce qui a le don de faire fuir les hommes, pauvres pommes. Jusqu'à ce qu'elle tombe sur Alexis, quadragénaire avenant. Elle sort d'une pharmacie avec un sac à dos de neuroleptiques, il vaque à ses occupations citadines de militant du PS. A shock around the corner ! Car c'est à cet instant précis que la Nouvelle Eve bascule vers la loufoquerie grand genre, à l'américaine, école Ernst Lubitsch-Preston Sturges. Il y a du Cary Grant-James Stewart dans Alexis aussi sûrement qu'il y a un continent de Claudette Colbert-Barbara Stanwyck dans Camille. A cet égard, si Karin Viard est tout le temps adéquate en assaillante de l'amour, Pierre-Loup Rajot (Alexis) et Sergio Lopez (Ben, le routier) ne sont pas mal non plus dans les rôles délicats des assaillis.
Folie furieuse. Bien entendu, Alexis est marié à une charmante épouse et père de deux sympathiques gamines, bien évidemment, ça finira bien. Il ne manquerait plus que les comédies finissent mal. Mais Corsini ne se contente pas de citer avec élégance le style du cinéma-champagne qu'elle a bien raison de boire au goulot. Si la Nouvelle Eve se siffle cul sec, c'est qu'elle a le don de glisser quelques cailloux nettement plus dérangeants dans les pantoufles de son parfait bonheur. Ainsi du dénouement pas si happy que ça: c'est une Camille enceinte jusqu'aux yeux qu'Alexis va finalement retrouver et on peut supputer qu'une Nouvelle Eve 2 ne ressemblerait pas exactement à une pub pour Pronuptia. Ainsi aussi des apartés normalement étranges qui ponctuent le film. Se faire une scène de ménage dans un sex-shop, se casser une assiette sur la tête au comble de la colère, pester à voix haute dans la rue. La scène d'après l'amour, où Ben raconte à Camille la première fois où il s'est fait enculer, est un chef-d'œuvre de ce genre.
Bref, il y a tout un fleuve intranquille de folie furieuse qui gronde dans les sous-sols de la Nouvelle Eve. Disons une rage fondamentale, anarchiste comme il faut, mélancolique comme il se doit. Si ça n'était pas à hurler de rire, ça serait triste à pleurer. Mais pas de panique, on rit. D'un rire panique, justement.
GÉRARD LEFORT, Libération
Au début, Camille parade dans les dîners de couples,
éclabousse tout le monde de son indépendance, de son éternelle fringale
d'aventures. Elle court à des rendez-vous sans prénom ni visage, chavire
d'inconfort dans des ascenseurs où on lui fait l'amour à la hussarde,
se réveille, hébétée, dans des draps inconnus. Parfois, aussi, elle passe
à la pharmacie pour faire provision d'antidépresseurs. Pas le temps de
se demander s'il faut rire quand cette jeune femme dessalée et forte en
gueule pleurniche toute seule sur un trottoir : l'évidence comique de
ses déboires saute au yeux, comme, juste avant, celle de ses persiflages
et de ses performances érotiques.
Mais, attention, ce comique vient d'une contrée
inattendue sur la carte du cinéma français. Catherine Corsini, la réalisatrice,
s'est jusqu'ici illustrée dans des œuvres "sérieuses" ( Poker,
Les Amoureux, et à la télé Interdit d'amour, entre autres).
Elle a prouvé qu'elle sait représenter à l'écran la solitude, la souffrance,
le désir. Loin d'être passée à la trappe, sa sensibilité donne de l'épaisseur
à la drôlerie de ce nouveau film où ce qui fait rire est précisément ce
qui fait mal. Et où la légèreté s'accorde avec un point de vue affûté
sur le monde.
Pour Camille, ce monde prend soudain le visage d'un
homme et d'un seul, qu'il lui faut conquérir coûte que coûte. Il se prénomme
Alexis, il est sérieux, gentil, cadre au Parti socialiste, chauve et félin
(Pierre-Loup Rajot lui prête sa nouvelle maturité et effectue un retour
remarquable, tout en finesse). Surtout, il est marié, père de famille
et, selon la formule consacrée, "heureux en ménage". Autant de puissants
stimulants pour Camille, à qui il fallait bien ce défi, cet empêchement,
pour qu'elle daigne aimer comme tout un chacun. Elle se jette à son cou,
lui coince les doigts dans une porte, devient sympathisante du PS. Rien
n'y fait : Alexis lui oppose un amical refus. Mais plus elle bute, plus
elle fonce. C'est bien connu, quand l'objet du désir se dérobe, le désir
devient infini.
Pathologie ? Stratégie inconsciente
pour échapper à soi-même ? "Névrose d'échec", comme les dialogues le stipulent
cocassement ? Peut-être, mais le formuler ainsi n'est d'aucun secours.
L'un des raffinements comiques de La Nouvelle Eve est, d'ailleurs,
de prendre acte de la frénésie psy contemporaine, chacun dissertant sur
ses symptômes et ceux d'autrui en pure perte. Tour à tour lucide et délibérément
aveugle, Camille ira de toute façon au bout de son désir, de sa folie
si l'on veut, quitte à en apprendre encore de belles, au passage, sur
elle-même et, à l'arrivée, sur la nature de ses sentiments.
C'est l'éternelle aventure du couple qui se rejoue
alors à l'écran, avec ses volte-face, ses furieuses empoignades, son "ni
avec toi ni sans toi". La version de Catherine Corsini se distingue toutefois
par son burlesque éclatant et sa fluidité impeccable. Pas un temps mort,
une collection réjouissante de ces ressorts comiques universels chers
à Bergson (trébuchements et dégringolades à foison), un élan ludique,
teigneux et masochiste qui balaie tout sur son passage - et doit beaucoup
à l'enthousiasmant culot de Karin Viard. Ce n'est pas tout. En multipliant,
autour du couple impossible, les personnages secondaires, à forte personnalité
mais dégraissés de tout stéréo- type (Catherine Frot, l'épouse loyale
d'Alexis ; Sergí Lopez, le soupirant érotomane de Camille ; Mireille Roussel,
son amie lesbienne et épanouie), Catherine Corsini redistribue tranquillement
les cartes sentimentales, morales et sexuelles dans la société contemporaine.
Quitte à pointer aussi les impasses de cette nouvelle donne. De même,
en s'interrogeant incidemment sur l'engagement politique, via le personnage
d'Alexis, elle décoche quelques flèches aux militants pusillanimes, satisfaits
de reproduire les mêmes tracts et les mêmes débats entre les mêmes personnes,
de semaine en semaine.
Catherine Corsini ne propose rien en échange, lui
reprochera-t-on peut-être, si ce n'est la fuite en avant, la poursuite
échevelée d'une utopie amoureuse. La Nouvelle Eve est-il un film aussi
désinvolte, aussi imprévisible et décomplexé que son héroïne ? Oui,
et, comme elle, tout cela le rend bien souvent irrésistible.
Pascal Mérigeau, le Nouvel Observateur.
(...) l'écriture, l'efficacité du montage, l'énergie des acteurs concourent à la légèreté du film, une "comédie à l'américaine" qui console des galéjades tchatchées par des pitres de télévision.
Finalement, derrière la trame fort convenue de la quête d'amour absolu, derrière le ton de la comédie, Catherine Corsini stigmatise le mal être d'une génération déçue. Et la solution qu'elle propose à travers le personnage de Camille, qui n'hésite pas à asservir sa conscience politique à l'objet de son amour, c'est le retour à l'utopie amoureuse et sexuelle d'un nouveau jardin d'Eden. Et c'est sans doute parce qu'il redonne à l'utopie la place qu'elle mérite que le film résonne d'un écho si particulier en cette fin de siècle, déversoir de tous les espoirs et fantasmes. " All you need is love… ", plus que jamais.
La nouvelle Eve, est le troisième long métrage de Catherine Corsini. C'est une comédie sentimentale, légère et drôle, pleine de tendresse et d'énergie, dans laquelle la réalisatrice croque avec intelligence et sensibilité le portrait de Camille, une jeune femme qui, à 30 ans, se cherche et cherche à se construire, loin des compromissions, une vie à la hauteur de ses exigences et de ses aspirations affectives. Mais il serait injuste de réduire ce film à un portrait de femme, aussi attachant soit-il.
Difficile de ne pas tomber amoureux
Dans La Nouvelle Eve, Catherine Corsini dépeint sans parti pris mais avec beaucoup de justesse des représentants de la génération des 30 - 40 ans d'aujourd'hui, enfants des années 60 - 70, à cheval sur deux millénaires, pris au piège de modèles féminins et masculins obsolètes et coincés entre ceux traditionnels, hérités de leurs parents, qui codifient encore pour certains les relations au sein du couple. Sans oublier des formes de vie à deux qui restent à (ré) - inventer, Pacs ou pas, ou peut-être, tout simplement, à accepter...A moins qu'il n'y ait pas de modèle à suivre ou à vouloir voir disparaître, mais plutôt une necessité , celle de prendre ou reprendre conscience que c'est à chacun d'entre nous de façonner sa vie, peu importe la structure sur laquelle on s'appuie du moment que ce soit celle qui nous convienne...
Saluons enfin les comédiens, tous excellents, et plus particulièrement les deux interprètes principaux : Karin Viard et Pierre - Loup Rajot, dignes des comédies sentimentales à l'américaines des années 50, II forment à eux - deux un duo délectable dont il est difficile de ne pas tomber amoureux... Alors un conseil, craquez sans complexe pour cette nouvelle Eve croqueuse d'un fruit défendu qui ne demandait qu'à être cueilli, et ce, pour notre plus grand plaisir...
Pourquoi «Eve»? Pourquoi «nouvelle»? Il y a une femme, bien d'aujourd'hui, et il y a un fruit défendu qui se trouve être un homme marié. Et aujourd'hui, semble dire Catherine Corsini («Interdit d'amour», «Les amoureux»), manger la pomme, pour la nouvelle Eve, plus que coucher avec un homme marié, c'est détruire le couple pour le recomposer. Ou, tout au moins, avoir l'audace de ses envies, revendiquer sans culpabiliser une utopie amoureuse, même désinvolte, même inconséquente.
Tout un programme? On chercherait en vain la trace d'une prétention à l'universalité dans cette comédie burlesque moderne extraordinairement attachante. Il s'agit d'une nouvelle Eve, Camille (Karin Viard, révélation perpétuelle), 30 ans, célibataire parfaitement heureuse de sa vie aventureuse et instable jusqu'au jour où, lors d'une scène de trottoir digne de la grande comédie américaine, elle rencontre Alexis, aussi gentil et sérieux que marié et père de famille. Autant de stimulants pour Camille, à qui il fallait bien ce défi pour qu'elle daigne aimer comme tout un chacun. Elle se jette à son cou, lui coince le doigt dans une porte, s'inscrit à la section locale du PS: plus elle bute, plus elle fonce. Et à notre grande surprise, nous l'encourageons. Non que l'épouse (Catherine Frot, impeccable) soit digne d'être trompée... Du soupirant érotomane de Camille à son amie lesbienne et épanouie, les personnages secondaires sont dégraissés de tous stéréotypes: le film réussit le pari de nous faire aimer une insupportable briseuse de couples, de nous rendre irrésistible une hystérique teigneuse et assommante. La vie est ici de son côté, du côté des gens déraisonnables, passionnés, brusques, dérangeants, ceux qui osent donner de grands coups de pied dans le ronronnement de la fourmilière, sans que Catherine Corsini se pose pour autant une seule minute en donneuse de leçon. Camille se bat pour mettre la tête hors de l'eau, elle s'y prend mal et le comique naît souvent de cette maladresse, mais elle se bat, et le comique provient aussi de cette tension à laquelle elle soumet les autres.
Magistral, désopilant, rythmé, touchant, léger et blessé: «La nouvelle Eve» redistribue tranquillement les cartes sentimentales, morales et sexuelles de la société contemporaine, tout en inaugurant, peut-on espérer, un burlesque moderne féminin, burlesque de la confusion des genres et des esprits, burlesque du sexe, à vif, tonique.
Isabelle Falconnier, L'Hebdo