L'apogée du
mouvement ouvrier en France est à dater de la fin du siècle
(à partir de 1880) et dure jusqu'à la première
guerre mondiale. Toutes les catégories d'ouvriers vont
s'engager un jour dans la grève. Entre 1895 et 1899, 35
% des grévistes appartiennent à la grande industrie
(textile, métallurgie, mines). La durée moyenne
des grèves s'allonge à la fin du siècle
(7 jours en 1875 à 21 jours en 1902).
Les grèves sont alimentées par les inquiétudes
des ouvriers devant les concentrations qui bouleversent les modes
de vie. Elles sont encore influencées par les mentalités
rurales : le 1er mai 1880, les mineurs d'Anzin profitent du carnaval
pour se déguiser et armés de bâtons, parcourir
les rues pour empêcher le travail. Les commerçants
et les paysans se montrent en général solidaires
des actions entreprises.
Les ouvriers des grandes industries sont également désenchantés
par le paternalisme et le cléricalisme (les enterrements
civils se propagent). Les ouvriers travaillent de moins en moins
pour le patron et de plus en plus pour de l'argent comme en témoignent
par exemple les sidérurgistes du Creusot qui exigent le
paiement du travail d'entretien le dimanche alors que c'est un
vieille tradition. Plus étonnant, à Carmaux, en
1883, les grévistes s'inquiètent du blocage de
l'avancement et du refus de la direction de garantir l'embauche
des enfants à la mine. La retraite devient également
une revendication prioritaire.
"Les problèmes de salaires sont relégués
au second plan ; au contraire, le refus du travail aux pièces,
des nouveaux règlements ou des nouvelles machines, l'opposition
aux contremaîtres jugés trop autoritaires, la volonté
de faire respecter un "tarif" négocié
auparavant par le patron, sont les motifs les plus fréquemment
avancés".
La volonté de contrôler les caisses de secours par
exemple s'exprime également. Les verreries lyonnaises
voient s'établir un conseil élu par les travailleurs
qui permet aux ouvriers d'exercer un contrôle sur les embauches.
Les
syndicats, à
partir du moment où ils sont légalisés,
voient leurs effectifs augmenter considérablement même
si leur puissance n'égale pas les exemples allemands ou
anglais. Chez les mineurs, les cheminots, la majorité
des travailleurs sont syndiqués. La grève peut
être l'occasion, en de nombreuses régions rurales,
de créer un syndicat. L'isolement des ouvriers est réduit
par le rôle national du syndicalisme. La presse engagée
joue également son rôle.
Au Creusot, les ouvriers
constatent par le biais des media qu'un manuvre gagne plus,
à Paris, qu'un ouvrier de métier employé
par Schneider.
La création
de la CGT
en 1895 marque un
tournant. Les bourses
ouvrières
aussi : elles placent les ouvriers cherchant du travail ; contribuent
à l'éducation ouvrière ; enquêtent
sur la santé et apportent leur solidarité aux mouvements
de lutte.
Le rôle politique des ouvriers naît avec le suffrage universel. À partir de 1880, des
partis qui se réclament du mouvement ouvrier font la conquête
de municipalités. Vers 1890, des députés
de la même mouvance font leur apparition au Parlement comme
les premières expériences de gestion ouvrière
dans les municipalités socialistes.
Cette époque est fortement marquée par la croyance
dans le pouvoir d'un monde ouvrier uni ; ainsi certains font
grève sans véritables revendications, simplement
pour participer à un mouvement de lutte.
D'après
Gérard Noiriel, Les ouvriers dans la société
française, Seuil.
"La
CGT groupe en dehors de toute école politique tous les
travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition
du patronat. Dans l'oeuvre quotidienne, le syndicat poursuit
l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation
d'améliorations immédiates, telles que la diminution
des heures de travail, l'augmentation des salaires... Mais cette
besogne n'est qu'un côté de l'oeuvre du syndicalisme
; le syndicat prépare l'expropriation capitaliste : il
propose comme moyen d'action la grève générale.
Le syndicat n'a pas à se préoccuper des partis
qui en dehors et à côté peuvent poursuivre
en toute liberté la transformation sociale."
Extrait de la Charle d'Amiens, 1906.
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