DESECHALLIERS Carole


C.A.A.P.S.A.I.S. Session 1998
Option C

Le conte comme outil dans la remédiation cognitive auprès

d'enfants handicapés moteurs





Introduction

1. Le conte: pourquoi ?

1.1 définition
1.2. Différents types de contes
1.2.1 Contes proprement dits
1.2.2 Contes d'animaux
1.2.3 Contes facécieux
1.2.4 Contes énumératifs ( randonnées )
1.3. Un récit particulier
1.4 Analyse structurale
1.4.1 Propp
1.4.2 Greimas
1.4.3 Brémond
1.4.4 Larivaille
1.4.5 Loup, Slama, Choukroun
1.5 Les fonctions
1.5.1 Psychologiques
1.5.2 Socialisantes
1.5.3 Stimulantes
1.5.4 Structurantes

2. Le conte au service de l'enfant :
compte-rendu d'une expérience pédagogique
conduite auprès d'enfants handicapés moteurs.

2.1 Présentation de l'établissement
2.2 Présentation de la classe
2.3 Anamnèse des élèves
2.4 Présentation du projet

2.4.1 Les objectifs
2.4.1.1 Pour le groupe
2.4.1.2 Pour chaque enfant
2.4.2 La démarche pédagogique
2.4.3 Les séances
2.5 Analyse du projet
2.6 Bilan de cette expérience pédagogique

Conclusion

Bibliographie




INTRODUCTION



Cette année, pour la 1ère fois depuis le début de ma carrière d'enseignante, je me suis trouvée en contact avec des enfants handicapés moteurs. Cette rencontre s'est effectuée à Bondy dans un établissement spécialisé. Les élèves sont ceux de la classe de Jeanine Thous, ils sont en CE2 et leur âge varie entre 10 et 12 ans. Ce qui m'a, pour tout dire, choquée c'est de constater à quel point ils paraissent à la fois volontaires et combattants envers leur corps et stoïques voire détachés pour toute sollicitation intellectuelle.
Durant cette 1ère rencontre, une enfant (qui n'a plus l'usage de ses membres) m'a demandé de lui lire une histoire. Instinctivement, j'ai choisi un conte.


Ce n'est que plus tard; au moment du choix du sujet du mémoire, que cet instant m'est revenu à l'esprit. Ne connaissant pas suffisamment les enfants malades et/ou handicapés moteurs je ne concevais pas un sujet théorique que je n'aurais pas "maîtrisé". Il fallait que je puisse m'impliquer, vivre quelque chose, témoigner d'une pratique afin que ce travail ne soit pas juste "un devoir à rendre" mais un outil qui puisse m'aider dans ma future orientation professionnelle.


Me souvenant alors d'un travail sur le conte que j'avais effectué il y a quelques temps dans une classe ordinaire et de l'impact qu'il avait eu sur des enfants peu motivés en regard du travail scolaire, j'ai pensé que si cette démarche avait pu réconcilier des enfants avec l'école, on pourrait espérer qu'elle puisse relancer la motivation, l'implication des enfants handicapés moteurs dans les processus d'apprentissage. Dès lors, le but à atteindre m'apparaissait clairement : tout mettre en oeuvre pour passer de l'attente, la passivité, la réalisation "pour faire plaisir à la maîtresse" à une attitude active, volontaire de création, discussion, confrontation avec les autres et sollicitation des adultes et/ou des autres enfants, de différents supports (livre, ordinateur ...) pour réaliser une production.



1 . Le conte : pourquoi ?...



.... Sa place au travers des instructions officielles 1 ...

Ce sont les programmes de 1995 qui fixent le cadre actuel servant de référence à l'action pédagogique de chaque enseignant.
Les compétences à acquérir s'organisent par cycles pluriannuels et non plus par année scolaire.
Pour ce qui est des indications permettant de justifier l'utilisation du conte comme outil d'apprentissage, je me référerai aux compétences à acquérir au cycle des approfondissements.

Les compétences transversales

Elles sont relatives :
a) aux attitudes de l'enfant
b) à la construction des concepts fondamentaux d'espace et de temps
c) aux acquisitions méthodologiques

a) On peut lire : " L'enfant affirme ses choix et ses goûts esthétiques ; il peut les expliciter et les faire partager ; il développe sa créativité. " Puis, plus loin, " Il se montre inventif... ". Dans une activité de création de conte(s), cette compétence est indispensable dans la phase d'élaboration et aide à une mise en place structurée des différents éléments constitutifs. " L'élève doit commencer à traduire ou interpréter quelques situations, ce qui le conduit progressivement à l'abstraction ".
Le repérage des introducteurs de complexité aidera à développer la compréhension des mécanismes de changement de situation dans le récit.

b) " L'enfant doit s 'entraîner à passer de l'espace et du temps ( vécus ( à l'espace et au temps "pensés" ". " Il commence à distinguer le temps linéaire (chronologique) du temps cyclique ".
Le conte étant un récit, il utilise les temps de la narration :
- l'imparfait pour les actions passées prolongées et/ou habituelles
- le passé simple pour les actions passées brèves et inattendues
Leur usage à bon escient indique une compréhension intériorisée de l'espace et du temps.

c) " L'élève doit pouvoir mobiliser, lorsque la situation le nécessite, les connaissances de base qu'il aura mémorisées. Il est donc nécessaire que ces capacités de mémorisation soient développées . "
Ces dernières sont fortement sollicitées dans l'analyse de la structure du conte .

Les compétences dans le domaines de la langue.

" L'élève doit pouvoir : raconter, décrire, questionner, expliquer, justifier, argumenter .... "
Cela signifie que l'enfant doit pouvoir prendre la parole, qu'il sera écouté mais qu'il devra l'utiliser avec intention.

" En tenant compte des contraintes orthographiques et syntaxiques, l'élève doit pouvoir :
- réinvestir dans la production d'écrits les compétences acquises...
- compléter un texte lacunaire
- reconstituer un texte
- construire un récit ... "

La création de tout ou partie d 'un conte, la "salade" de contes, mobilisent ces compétences et font appel à des connaissances :

vocabulaire : " Distinguer les différents sens d'un mot (propre, figuré), repérer les homonymes ... trouver le sens d'un mot, d'une expression ... réutiliser un vocabulaire précis acquis au cours des lectures ... "
orthographe : " Copier sans erreur un texte bref... maîtriser les règles d'accord (sujet, verbe, nom, adjectif ... ) ... savoir utiliser un dictionnaire ... "
grammaire : " Identifier différents types de phrases, différents constituants d'une phrase ... "
écriture : " Juger de la nécessité de réécrire un texte pour améliorer sa lisibilité ... "

Les compétences relatives aux différentes disciplines.

En mathématiques, la résolution de problèmes demande de savoir " reconnaître, trier, organiser et traiter des données utiles ... d'argumenter le choix d'une solution ... d'élaborer un questionnement à partir d'un ensemble de données "
Le conte, par sa structure, mobilise ces compétences pour en faire l'analyse.

Pour les arts plastiques " L'enfant doit être capable de réaliser une production en fonction d'une intention (trouver des règles d'organisation des formes, des couleurs ... ; choisir une technique) ".
Dans le cadre de l'illustration d'un conte, la production graphique doit respecter les intentions de l'auteur.
Comme on peut le constater, l'utilisation du conte dans une pratique pédagogique mobilise aussi bien des compétences transversales que pluridisciplinaires.


1.1 Définition

C' est la somme de plusieurs définitions qui nous permet de cerner ce qu'est un conte.

Le Petit Robert le définit comme suit : "récit de faits, d'aventures imaginaires, destiné à distraire".
Il indique qu'au sens étymologique "conte" vient de "conter" lui-même issu du mot latin computarer qui signifie "compter".

Le Larousse nous donne un autre élément "récits courts et plaisants".

Marc Soriano: "Récits de voie orale dont l'origine est vraisemblablement antérieure aux civilisations historiques et qui, d'une époque à l'autre, se manifestent parfois dans la littérature écrite sous forme d'adaptation."

Marie-Louise Von Franz : "Les contes de fées sont les créations poétiques du conteur populaire, qui puise son inspiration à la source qui est celle de tous les poètes : l'inconscient collectif".

On peut en déduire que le conte est un récit fictif, symbolique qui relate un certain nombre de péripéties sous forme courte avec des structures itératives, dans un passé indéterminé (Il était une fois... ). Il a pour but de divertir et est transmis par voie orale. Son origine remonte très loin, il est universel : c'est notre mémoire collective .
Actuellement, le conte est souvent transcrit dans un livre mais, ce dernier ne devrait être qu'un aide mémoire. D'ailleurs, depuis quelques temps, on assiste à un nouvel élan dans l'art de conter.


1.2 Différents types de contes.

C'est un genre littéraire présentant une grande variété. Le catalogue national Delarue-Ténèze, suivant la classification internationale établie par Antti Aarne et Stith Thompson, adopte la classification suivante:

1.2.1 Contes proprement dits.

a) Contes merveilleux: appelés souvent et improprement "contes de fées" comportent des éléments surnaturels, non chrétiens (métamorphoses, objets magiques...).
On a quelquefois tendance à assimiler tous les contes populaires aux contes merveilleux, alors que ces derniers ne constituent qu'une petite partie du répertoire.
b) Contes réalistes: d'une structure semblable à celle des contes merveilleux, ils s'en distinguent par l'absence de surnaturel. Ils n'en sont pas réalistes pour autant et abondent en coïncidences, coups de théâtre, dénouements heureux improbables .... ( de nombreux contes des Mille et une Nuits relèvent de ce genre ).

c) Contes religieux : ils se distinguent des légendes, avec lesquelles ils ont en commun un contenu chrétien, par le fait qu'il s'agit de fictions données comme telles.


1.2.2 Contes d'animaux

Cette catégorie est difficile à justifier en théorie, puisque les animaux jouent souvent un rôle très important dans les contes merveilleux. Il est cependant d'usage de réserver ce terme pour les contes qui ne mettent en scène que des animaux .
Le conte d'animaux se distingue de la fable en ce sens qu'elle comporte un enseignement moral.


1.2.3 Contes facétieux

Ce type de conte, le plus abondant, regroupe toutes sortes de récits bien différents:

- récits qui se moquent des riches, des puissants, des institutions établies (les héros sont souvent des gens modestes qui conquièrent leur place au soleil grâce à leur débrouillardise). On y trouve aussi les histoires d'ogres stupides.
- récits qui se moquent des faibles, des infirmes, des sots, des étrangers.
- récits qui se moquent des valeurs officielles: honnêteté, piété, ardeur au travail ... et mettent en scène des femmes infidèles, des maris trahis ...
- récits scatologiques: histoires décrivant des exploits: pêche, chasse ... manifestement mensongers.
Les fabliaux sont des versions littéraires des contes facétieux


1.2.4 Contes énumératifs " randonnées "

Ce sont des chaînes à accumulation, des histoires à récapitulations. Ils favorisent mémoire et élocution.
Le conte quoique tolérant une certaine liberté et s'enrichissant des divers apports des conteurs, est un récit et emploie la même langue et la même structure narrative que l'écrit.

1.3 Un récit particulier

Le conte se distingue des formes littéraires qui lui sont proches 1 :

la nouvelle : récit généralement bref, dont l'action est située dans le monde réel, à une époque et dans un lieu déterminé.
la légende (XVIème siècle) : récit populaire traditionnel, plus ou moins fabuleux, qui a souvent un fondement historique réel.
l'épopée : long poème où le merveilleux se mêle au vrai, la légende à l'histoire, et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait.
Très ancrée dans la réalité historique, elle a une visée édifiante.
le mythe : récit fabuleux, souvent d'origine populaire, qui met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine.
la fable: petit récit en vers ou en prose, destiné à illustrer un précepte.
Elle est didactique et s'exprime sous la forme d'une morale.

Le conte, lui, n'a nulle visée de morale: ne renvoyant ni à des personnes, ni à des faits réels, il laisse l'auditeur libre de trouver un sens répondant à sa culture.
Il possède le registre lexical et syntaxique qui lui est propre. Les mots qu'il utilise ne sont pas ceux de langue courante mais ils sont tellement évocateurs que les enfants peuvent se les approprier. La structure des phrases, du texte, n'est pas celle employée au quotidien mais l'enfant, pris dans le plaisir, concerné par l'histoire, se familiarise peu à peu à un fonctionnement différent du langage.
Il aborde ainsi l'usage écrit en lui donnant du sens, en y trouvant du plaisir.
Les contes sont toujours des récits objectifs, le locuteur ne s'y confesse pas et n'y expose pas ses états d'âme; cet effet est obtenu par l'effacement du sujet qui parle, grâce à l'utilisation de la troisième personne.


1.4 Analyse structurale

1.4.1 Propp


Novateur dans le champ de l'analyse structurale du conte, Vladimir Propp a analysé au début du siècle une centaine de contes russes.
Il a, au terme de son analyse, défini des facteurs communs entre les contes: les fonctions. Il en donne la définition suivante: " Par fonction, nous entendons l'action d'un personnage, définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l'histoire. "
Vladimir Propp appuie son analyse sur quatre idées de base:
- Les fonctions sont les parties constitutives fondamentales du conte,
- Le nombre des fonctions est limité (31),
- La succession des fonctions est toujours identique,
- Tous les contes merveilleux possèdent la même structure.
Vladimir Propp dégage ainsi 31 fonctions (regroupées en 7 sphères d'action qui correspondent à 7 catégories de personnages).1


1.4.2 Greimas

Substituant la notion de personnage à celle d'actant, A. Greimas nous propose deux schémas d'analyse du conte :
( LE SCHEMA ACTANTIEL:

Définis, non par ce qu'ils sont, mais par ce qu'ils font, les actants sont au nombre de 6. Ils remplacent les 7 sphères d'action de V. Propp, et se retrouvent dans tous les contes.
1 - LE HEROS: part en quête de quelque chose .
2 - LE DESTINATEUR: envoie le héros accomplir sa quête, lui donne les épreuves.
3 - LE DESTINATAIRE: bénéficiera de la réussite de la quête.
4 - L'OBJET DE LA QUETE
5 - L'ADJUVANT: aide le sujet dans sa quête ( il peut y en avoir plusieurs ).
6 - L'OPPOSANT : met le héros en difficulté ( il peut aussi y en avoir plusieurs ).

Voici la codification de ce schéma :


LE SCHEMA SEQUENTIEL:

A. Greimas scinde le conte en 5 séquences organisant l'action.
Cette structure est commune à tous les contes :

1- LA PREPARATION : le héros est désigné, il passe un contrat avec le destinateur ( qui peut être lui-même ).
2- L'EPREUVE DE QUALIFICATION : le héros subit un ou plusieurs tests avec l'intervention des adjuvants et/ou des opposants. L'accès à la séquence suivante est conditionné par la réussite. En cas d'échec, le héros est remplacé.
3- L'EPREUVE PRINCIPALE (OU D'AFFIRMATION) : le héros s'empare de l'objet de sa quête.
4- L'EPREUVE DE CONFIRMATION : le héros est reconnu comme tel. Malgré les actions des opposants, il lutte et gagne.
5- L'EPREUVE GLORIFICATION : le héros, définitivement reconnu, reçoit sa récompense.


1.4.3 Brémond

En 1966, dans : " La logique des possibles narratifs ", Brémond définit trois moments principaux, donnant chacun lieu à une alternative, dans chaque séquence :

1 - Une situation qui ouvre la possibilité du processus, sous forme de conduite à tenir ou d'événement à prévoir.
2 - Passage à l'acte.
3 - Aboutissement de cette action (échec ou succès).


1.4.4 Larivaille

En 1974, dans un article consacré à l'analyse du récit, Larivaille découpe celui-ci en séquences. Chacune d'elles est composée de 5 phases :

1 - Avant : Ètat initial , Èquilibre prÈcaire.
2 - dÈclenchement, provocation
3 - Pendant (Transformation ) autres actions
4 - sanction, conséquence
5 - Après : état final


1.4.5 Loup, Slama, Choukroun

Danièle Loup, Pierre Slama, Myriam Choukroun ont, dans leur ouvrage : " Le Fil d'Ariane ou le plaisir des contes ", réalisé une synthèse des différentes approches de structuration du récit. Leur classement tient compte de la morphologie et, dans le même temps, du contenu idéologique des contes .

La structure définie est la suivante :

1 - Situation initiale négative : le héros commet une faute
il n'y a pas de faute
2 - Passage : le héros est puni
le hÈros accomplit une sÈrie díÈpreuves
3 - Situation finale positive : mariage royal : structure de faute + sauveur
glorification du héros : structure de quête
1.5 Les fonctions

1.5.1 Psychologiques

Le conte permet l'enrichissement de l'imaginaire de l'enfant. Dans ce type de récit tout est possible : la présence d'un objet magique, d'une fée, permet de dénouer des situations, de donner vie à des animaux tout en gardant une logique. Le conte se garde d'un merveilleux absurde.
" Le conte est logique dans l 'irrationnel, la magie de l'objet reste conforme à sa destination première. Le miroir raconte ce qu'il a vu, les bottes font des pas de 7 lieues, le violon fait danser bêtes et gens, le peigne passé dans les cheveux fait perdre la mémoire- rien que des miracles naturels. "1


Dans l'imaginaire, nous nous donnons la permission de donner vie à notre réalité psychique.
B. Bettelheim écrit : " L'enfant a besoin de comprendre ce qui se passe dans son être conscient et, grâce à cela, de faire face également à ce qui se passe dans son inconscient. " Puis " Il peut acquérir cette compréhension, non pas en apprenant rationnellement la nature et le contenu de l'inconscient, mais en se familiarisant avec lui, en brodant des rêves éveillés, en élaborant et en ruminant des fantasmes issus de certains éléments du conte qui correspondent aux pressions de son inconscient . [gm1][gm2]"2


Dans l'imaginaire l'enfant est créateur . Un conte lui parlera, fera référence à une réalité qui lui est propre. Le conte l'aidera à créer et donc à trouver des réponses à ses questions. L'enfant se construit ainsi sa propre réalité. Chez l'enfant, il est nécessaire qu'il y ait un équilibre entre le réel et l'imaginaire. L'imaginaire est un moyen d'investigation de la réalité, il s'en nourrit et la reconstruit sans cesse en l'enrichissant.
L'adulte qui lit un conte, dit implicitement à l'enfant qu'il lui propose un espace d'imagination et qu'il respecte ce que l'enfant en fait. Raconter, lire des contes, c'est autoriser l'enfant à créer ou restructurer sa réalité psychique.


1.5.2 Socialisantes

Le conte est, par nature, un événement social, convivial.
La pratique du conte dans une classe a deux intérêts : c'est le moment privilégié pour le rêve et l'imaginaire, mais également un moment communautaire (distraire et rassembler). La réunion de ces deux traits en font une séquence précieuse et irremplaçable, surtout avec des enfants handicapés moteurs, qui, du fait qu'ils nécessitent une lourde prise en charge rééducative, sont peu souvent tous ensemble au sein de la classe.


Le conte favorise la socialisation, le calme et l'écoute. De plus, le plaisir partagé crée une référence commune à tous.
Bruno Bettelheim nous dit : " Aujourd'hui, comme jadis, la tâche la plus importante et aussi la plus difficile de l'éducation est d'aider l'enfant à donner un sens à sa vie. Pour y parvenir, il doit passer par de nombreuses crises de croissance. A mesure qu'il grandit, il doit apprendre à se comprendre mieux, en même temps, il devient plus à même de comprendre. les autres et finalement, il peut établir avec eux des relations réciproquement satisfaisantes et significatives " .


Le conte peut aider l'enfant à y arriver étant donné qu'il lui apporte la sécurité psychique dont il a besoin. L'enfant perçoit que ses fantasmes les plus violents ne sont pas uniques et monstrueux. Les sorcières, dragons, monstres et autres ... en sont une image collective, une projection des angoisses et des phobies de l'humanité.
Par le merveilleux, le conte indique clairement qu'il apporte un enseignement utile non pas sur le monde extérieur mais sur la réalité psychique : c'est une réalité imaginaire à un conflit réel.
L'enfant a un sens aigu de la justice. En ce sens, le conte est toujours équitable. " Il châtie ceux qui le méritent et récompense ceux qui souffrent injustement " .1


D'autre part, pour permettre à l'enfant de comprendre et d'organiser son monde intérieur, le conte de fées ne supporte pas l'ambivalence des sentiments ou des personnalités. Chaque personnage ou chaque action est caractérisé(e) simplement. Le bien est opposé au mal, le laid au beau, l'idiot à l'intelligent. " Ce contraste des personnages permet à l'enfant de comprendre facilement leurs différences ".2
Un certain nombre de contes montre comment le personnage apparemment le plus faible triomphe de toutes les épreuves grâce à son intelligence ou à sa ruse. C'est un message d'espoir primordial, essentiellement pour ceux qui se sentent impuissants face aux adultes, à leurs problèmes de santé, de différences par rapport aux autres et qui n'arrivent pas à se valoriser à leurs yeux et à ceux des autres. Ce message peut s'écrire : " Moi aussi, je peux y arriver ".


Le conte merveilleux joue un rôle dans le développement psychologique de l'enfant. L'enfance est un long effort douloureux : c'est l'apprentissage de la maturité ; le conte s'adresse à tous les niveaux conscients, inconscients de la personnalité de chaque être en formation. C'est un compagnon initiatique qui, par transposition, permet à l'enfant (s'identifiant au héros) de franchir des étapes et d'atteindre un niveau de conscience supérieure.



1.5.3 Stimulantes

A l'écoute d'un conte, l'enfant est récepteur. Il reçoit ce que nous lui racontons. Le thème du récit va éveiller en lui des émotions, des sensations.
Il va stimuler son fonctionnement psychique en créant des images mentales permettant de garder le souvenir de l'histoire.
Certaines actions, certains personnages, trouvent un écho chez cet enfant. Il va y avoir coordination entre son film intérieur et d'autres expériences vécues antérieurement. Il constatera des similitudes ou des différences. Il pourra alors construire sa propre compréhension : il s'appropriera le conte.
Une période de maturation durant laquelle l'imaginaire prend forme permettra une mise à distance. Puis, l'enfant utilisera le langage pour l'exprimer verbalement. Serge Boimare pense que les thèmes culturels " donnent à la pensée les moyens de s'éloigner de l'affect. "
C'est en prenant de la distance par rapport à son propre imaginaire, en le mettant en forme, que l'enfant deviendra créatif en exprimant ses émotions à travers la parole, l'écrit.


1.5.4 Structurantes

Le conte fournit une structure de récit long. Par imprégnation, l'enfant prend petit à petit conscience de ce schéma. Il se construit un référent. Il peut alors anticiper, faire des hypothèses, les vérifier. Il met en place toute une gymnastique intellectuelle qu'il pourra transférer dans l'acte de lecture ou de production d 'écrits.
L'enfant qui écoute est dans l'obligation de respecter un cadre, s'il veut trouver du sens. Il doit repérer (et là, le rôle de l'enseignant est primordial pour aider l'enfant à acquérir cette compétence) les indices essentiels, faire une sélection, les comparer à des connaissances antérieures.

Le conteur s'arrête.... Que va-t-il se passer ?...

Toutes sortes d'hypothèses peuvent être élaborées. Il y aura discutions et analyses afin d'écarter les suggestions improbables et préciser plus finement celles qui sont recevables. Tout cela permettra à l'enfant de verbaliser ses représentations mentales.
La structure du conte est rigoureuse, elle donne un cadre qui canalise la réflexion des enfants en les obligeant à garder une logique.
L'enfant se constitue ainsi une boîte à outils de lecteur et de scripteur qu'il s'appropriera au fur et à mesure de ses productions.
C'est, je pense, à l'intérieur de ce cadre connu et sécurisant que l'enfant pourra exprimer le plus librement ses idées. A partir de ce support il trouvera l'aide nécessaire pour entrer dans la création.




2. Le conte au service de l'enfant

2 . Le conte au service de líenfant :
compte-rendu díune expÈrience pratique

2.1 Présentation de l'établissement

Historique :

LíEtablissement d'Enseignement Spécialisé et de Rééducation pour Handicapés Moteurs de Bondy est né de la volonté de la directrice de l'école primaire Brossolette qui, dès les années 60, s'est penchée sur le problème de la scolarité des enfants handicapés moteurs.
Depuis 1991, date de la construction d'un établissement plus grand, la ville est devenue propriétaire et l'A.P.A.J.H. (association pour adultes et jeunes handicapés) locataire.

Type d'établissement :

L'E.E.S.R.H.M. est un externat privé (agréé pour 56 élèves) financé par la sécurité sociale et subventionné par l'A.P.A.J.H.
Il est régi par les conditions de l'annexe 24 bis.

Population :

L'E.E.S.R.H.M. accueille des enfants et des adolescents âgés de 3 à 21 ans, atteints de troubles moteurs et/ou neuro musculaires, venant (en majorité) de Seine Saint-Denis.
Cette année 43 élèves suivent une scolarité élémentaire et 43 une scolarité dans le secondaire (collège, SES, LEP).

Le personnel :

C'est l'A.P.A.J.H. qui recrute tous les personnels: médical, para-médical, maintenance et administration (34 postes); les enseignants sont mis à disposition par l'Education Nationale (24 postes).


2.2 Présentation de la classe

Jeanine THOUS est l'institutrice qui a chaleureusement accepté de m'accueillir pour mener à bien le projet de travail sur le conte que j'ai voulu réaliser cette année.
Sa classe, est constituée d'un groupe de 10 élèves. On a pris en compte l'âge et le niveau scolaire des enfants.
Cette année, le projet de la classe est axé sur l'eau et l'environnement. Deux sorties ; l'une à l'usine de traitement des eaux de Neuilly sur Marne ; l'autre aux égouts de Paris, aideront à préparer la classe Villette qui se déroulera du 24 au 27 mars. Outre le travail d'éveil autour de l'eau, la préparation du projet permet surtout une responsabilisation et une meilleure prise en charge des élèves entre eux. En effet, tous les lundis et jeudis après midi, avec l'aide de l'éducatrice, les élèves mettent au point les sorties (téléphone, courrier ...). De plus, cette ouverture sur l'extérieur permet d'envisager un (possible( en dehors des structures des centres spécialisés.


Par ailleurs, certaines activités offrent la possibilité aux élèves d'être en contact avec les autres classes de l'établissement :
- chant avec deux autres classes (CP/CE1 et CE1/CE2),
- ateliers : jeux de société, arts plastiques, poney avec la classe du CM1/CM2.

Les arts plastiques sont assurés par l'intervenante communale, l'EPS par les professeurs de l'établissement, le poney par les rééducateurs.
Une fois par semaine, en collaboration avec une orthophoniste, un projet autour du langage oral et écrit, s'élabore sous la forme d'une pièce de théâtre, que l'on espère produire lors de la kermesse de fin d'année.


2.3 Anamnèse des élèves.

" L'enfance est le puits de l'être "
Gaston Bachelard ( Poétique de la rêverie)
Je ne parle ici que de 4 élèves qui ( illustrent ) les pathologies dont sont atteints les enfants de cette classe. Les autres élèves sont présentés en annexe 3.

( Alix )

Alix est née le 25 janvier 1986 au Mali, elle a 12 ans. Elle est l'aînée des 3 enfants. Pour raison de santé, elle est arrivée en France en 1989, son oncle paternel l'a hébergée. En 1990, un diagnostic de myopathie a été établi. En 1992, sa mère la rejoint. Depuis, Alix vit des relations tendues avec sa mère qui ne s'occupait déjà pas beaucoup d'elle au Mali (des suspicions de maltraitance avaient été émises lors de son arrivée en France).
Alix est atteinte d'une myopathie évolutive. Suite à des difficultés respiratoires, elle a été hospitalisée en 1996, elle se déplace en fauteuil électrique. Elle présente des troubles du langage (déficience du vocabulaire), de la construction syntaxique et de mémorisation verbale immédiate.
Alix est allée à l'école de Plein Air de 1992 à 1993 (6 _ ans à 7 _ ans), puis est arrivée à L'E.E.S.R.H.M. de Bondy.
Actuellement, elle suit 2 séances de kinésithérapie et 2 séances d'orthophonie par semaine, soit 3 heures au total.
Au niveau scolaire, cette enfant est dans l'inhibition la plus totale. Si un potentiel semble exister, il est totalement annulé même si son comportement vis à vis des adultes et des autres enfants s'est débloqué depuis quelques temps. Elle montre maintenant du plaisir à être en classe et à participer. On envisage une orientation en SES/SEGPA.


( Angèle )

Angèle est née le 11 février 1986, elle a 12 ans. Elle est suivie de deux petites soeurs jumelles. Toutes les trois sont atteintes de la mÍme maladie génétique. La maman vit seule et la pathologie dont sont atteintes ses 3 filles lui créée de lourdes charges matérielles. A l'âge de 6 ans la maladie a été diagnostiquée. La famille a préféré repartir au Mali afin d'essayer d'autres médications (marabout), puis elle est revenue vivre en France au bout d'un an.
Angèle est atteinte d'une amyotropie spinale infantile. Les premiers signes sont apparus vers l'âge de 5 ans. Elle souffre fréquemment d'infections respiratoires. En 1993, elle a été opérée d'un flexum de hanche et s'est retrouvée en internat durant une longue période, cela a déclenché un état dépressif qui a perduré environ 1 an. Angèle a besoin d'une aide matérielle importante; outil informatique, fauteuil électrique ...
Angèle a été scolarisée à L'E.E.S.R.H.M. de Bondy de 1992 à 1993. Après une interruption de 2 ans (voyage au Mali puis intervention chirurgicale) elle a, de nouveau, réintégré le centre en 1995.
Actuellement, elle suit 3 séances de kinésithérapie et 2 séances d'orthophonie par semaine, soit 5 heures au total.
Angèle surmonte les problèmes physiques par un investissement de toute sa personne dans les acquisitions.
Au niveau scolaire, on peut envisager d'ici un an, la fin du cycle III.


( Clébert )

Clébert est né le 3 mai 1988, il a presque 10 ans. Il a une soeur de 12 ans et vit avec ses 2 parents.
Clébert est atteint díataxie cérébelleuse congénitale, cíest une maladie génétique, le cervelet subit une atrophie.
Il souffre de troubles de líÈquilibre (ataxie), est très lent et fatigable. Il se déplace en fauteuil manuel car il a de grosses difficultés visuo-spatiales et tout ce qui entre par le canal visuel est ralenti. Au niveau de la logique, l'enchaînement de la pensée n'est pas immédiat (temps de latence important entre question et réponse). C'est un enfant qui était très anxieux et qui commence progressivement à prendre confiance en lui. Son niveau intellectuel est normal en verbal.
Clébert a été suivi tout petit par le C.A.M.S.P. (Centre d'Action Médico-Social précoce) à Paris. Il est allé en crèche dès l'âge de 4 _ mois et, est arrivé à l'E.E.S.R.H.M. de Bondy à l'âge de 4 ans.
Actuellement, il suit 2 séances de kinésithérapie, 1 séance d'orthophonie, 2 séances d'ergothérapie, 2 séances de psychomotricité (expression corporelle en binôme) et 1 séance de logico-mathématiques par semaine : soit 6 heures au total.
Au niveau scolaire, il en est ‡ la fin du cycle II. LíintÈgration des rËgles de grammaire et d'orthographe síeffectue gr‚ce ‡ une très bonne mémoire. On observe une attitude de persévération dans les situations difficiles. On envisage l'accès au cycle III l'an prochain.


( Marc )

Marc est né le 7 juillet 1987, il va avoir 11 ans. Il a un frère aîné de 14 ans et vit avec ses 2 parents.
Marc est Infirme Moteur Cérébral, cíest un enfant prÈmaturÈ. En plus de troubles moteurs importants (il est en fauteuil Èlectrique) il a un gros handicap langagier :
- à l'oral : mauvaise mÈmorisation, mÈlange de sons, articulation difficile et on envisage
une prothèse de parole.
- à l'écrit : mauvaise organisation de la pensée (il s'aide avec des pictogrammes).
En fait les 2 versants, réceptif et expressif, du langage sont atteints, mais Marc est très volontaire et très désireux de se faire comprendre.
Marc est arrivé en 1993, à l'âge de 6 ans, à l'E.E.S.R.H.M. de Bondy. Auparavant, il avait fréquenté une halte garderie mais n'avait pas été scolarisé. C'est l'hôpital du Kremlin Bicêtre qui l'a orienté.
Actuellement, il suit 3 séances de kinésithérapie, 2 séances d'orthophonie, 2 séances d'ergothérapie et 1 séance de psychomotricité par semaine : soit 8 heures au total.
Il est aidé individuellement par l'éducatrice compte tenu de ses difficultés en classe. Un projet avec l'éducatrice autour du thème de la classe " L'eau et l'environnement " a été conçu. Il est accompagné dans la recherche de documents (images) pour illustrer le cycle des mangeurs et des mangés, et il devra transmettre son travail à ses camarades. On envisage une orientation vers un centre à Neuilly sur Seine.
Au niveau scolaire on observe une mauvaise compréhension de la langue parlée (la lecture n'est pas acquise) un bon repérage spatio-temporel. Il dénombre jusqu'à 10 (suit la comptine).


2.4 Présentation du projet

Le projet s'est déroulé en 2 étapes ;
( 1Ëre étape : 5 séances, les lundis (de 9h ‡ 10h15min), du 12 janvier au 9 fÈvrier 1998.
Cette premiËre étape était un travail préparatoire de familiarisation et d'imprégnation de la structure du conte.
( 2ème étape : 5 séances, s'étalant dans la période du 9 au 20 mars 1998, lors de mon
2ème stage pratique.
Cette deuxième étape était axée sur la création collective d'un conte.

2.4.1 Les objectifs

Les objectifs qu'il me fallait définir découlaient de mon intention pédagogique qui était de déclencher chez des enfants H. M. de produire (à l'oral, à l'écrit - sous différentes formes) à travers la création d'un conte.
Pour cela il me fallait :
( Restaurer/développer les appétences des enfants,
( Réaffirmer l'existence du groupe classe.
La production sera gardée en classe sous la forme d'un objet livre; envoyée aux correspondants sous la forme d'un livret photocopié et lue aux classes des plus petits.

2.4.1.1 Pour le groupe

( objectifs généraux
( L'élève sera capable de s'exprimer oralement,
( L'élève sera capable de s'exprimer par écrit,
( L'élève sera capable de s'exprimer à l'intérieur du groupe classe,
( L'élève sera capable de s'exprimer de s'affirmer face à un autre enfant, face à un adulte ou face au groupe.

( objectifs spécifiques
( L'élève améliorera sa communication :
- avec les autres enfants,
- avec les enfants et les adultes.
( L'élève développera des compétences linguistiques (lexicales, syntaxiques et sémantiques),
( L'élève améliorera sa maîtrise de la langue dans toutes les situations de communication (duel, groupe, proximité, distance),
( L'élève percevra les spécificités de la langue orale et celles de la langue écrite,
( L'élève produira oralement, par écrit - individuelle et collectivement.



2.4.1.2 Pour chaque enfant

( les compétences transversales
amener l'enfant à :
( Désirer et pouvoir communiquer,
( Ecouter activement,
( Organiser logiquement sa pensée et son propos,
( Pouvoir argumenter,
( S'exprimer clairement et utiliser des énoncés de plus en plus structurés,
( Faire des choix et les expliquer,
( Pouvoir vérifier la cohérence et la pertinence de ses réponses,
( S'approprier le réel à travers l'imaginaire.

( les compétences disciplinaires
( Améliorer la maîtrise de la langue orale et écrite,
( Aider l'enfant, dans le domaine de l'oral à :
- savoir donner (après lecture par l'adulte) des renseignements ponctuels sur l'histoire,
- savoir la résumer simplement,
- comprendre la chronologie et la restituer,
- comprendre les liens logiques,
- identifier les différents personnages,
- identifier et différencier les actions essentielles des actions secondaires,
- exprimer un jugement, une opinion, des impressions,
- comparer des contes entre eux,
( Aider l'enfant, dans le domaine de l'écrit à :
- produire un écrit (individuel/collectif) en utilisant la dictée à l'adulte,
( Ecrire un texte bref répondant à une consigne,
( Produire un texte lisible et communicable (savoir se servir d'outils :
machine à écrire, ordinateur .. si besoin).

2.4.2 La démarche pédagogique

Le travail s'est effectué en deux temps.
La première phase a été consacrée à l'imprégnation de la structure et à l'analyse des différents éléments du conte (cf. 1.4). Je me suis appuyée essentiellement sur les travaux de Larivaille et de Propp.
Chaque séance débutait par un moment rituel d'écoute puis était suivie d'un travail d'analyse collectif retranscrit dans une grille grand format.


Puis un travail de crÈation Ètait demandÈ (dessin, invention de la fin díun conte ...)
La deuxiËme phase a permis ; gr‚ce au travail prÈparatoire dont les bÈnÈfices ont portÈ tant
sur la maÓtrise du récit que sur la structuration d'une relation chaleureuse du groupe, la création collective d'un conte.

2.4.3 Les séances

1Ëre sÈance : lundi 12 janvier 1998
1 absent : Mathieu

Avant cette sÈance, jíÈtais venue dans la classe et jíavais parlÈ de mon projet aux enfants. Ils y avaient adhÈrÈ de suite et nous Ètions convenus de nous retrouver tous les lundis matins ‡ partir du 12 janvier jusquí‡ la date de mon stage pratique o l‡ nous nous verrions durant 15 jours.
Pour cette sÈance jíai choisi de leur lire un conte qu'à priori ils ne connaissaient pas. Je pensais qu'il serait plus aisé pour moi de capter leur attention, de forcer leur écoute, par un texte neuf plutôt que d'assister à l'accueil passif d'un texte déjà entendu. Bien sur, il est agréable d'entendre un récit connu mais je réservais ce plaisir à une date ultérieure.
L'intention de cette séance et des suivantes est de déclencher une écoute active, un questionnement spontané, une production écrite et/ou dessinée affirmant un ou des choix personnel(s) de l'enfant.

Objectifs spécifiques :
( L'enfant écoutera activement,
( L'enfant sera capable de reconstituer le déroulement du récit,
( L'enfant participera à la mise en commun des éléments constitutifs du conte,
( L'enfant décrira par écrit le héros et le représentera sur feuille.

Déroulement :
( lecture du conte : Merghen et ses amis (conte Russe)1,
( questionnement - travail oral et collectif - permettant de reconstituer líhistoire (travail enregistrÈ),
( mise en commun des étapes et des éléments constitutifs du conte dans un tableau grand format - travail oral et collectif,
( production individuelle des enfants : caractériser le héros et le représenter par le dessin.

Observations :
Les enfants sont très actifs à l'écoute (mimiques) et de ce fait répondent, dans l'ensemble, à la moindre incitation quant à la reconstitution de l'histoire.
Afin d'établir un constat plus fin sur la participation de chacun j'ai enregistré cette séquence du travail1.
La mise en commun concernant : les personnages, les lieux, les actions, la trame du conte se fait par participation, discussion, échanges entre tous.
Au moment de la production écrite, certains se figent et n'écrivent rien. Il est à noter qu'un seul enfant est scripteur, 7 autres écrivent à l'aide d'une machine et 2 autres grâce à un ordinateur. Après une dizaine de minutes, nous reprenons oralement les caractéristiques possibles, je les écris au tableau et à partir de ce moment les dernières réticences tombent et chacun produit quelque chose.

Bilan et suite envisagée :
Cette 1ère séance nous aura permis, dans un premier temps de nous connaître un peu mieux et de trouver nos marques. Il est peu évident pour eux, d'établir, rapidement, au delà d'un premier contact agréable, une relation de confiance permettant de travailler librement et pour moi, de trouver la juste place.
Je constate que la participation orale a été très riche et que l'histoire a été comprise. Chaque enfant, s'est prononcé sur sa vision du héros. Par contre les productions écrites et les dessins ont été minimalistes.
Pour la 2ème séance, je vais reprendre ce travail mais en partant d'un conte connu, qui, je l'espère, stimulera les productions individuelles.

2ème séance : lundi 19 janvier 1998
2 absents : Mathieu et AngËle

Objectifs spécifiques :
( Líenfant choisira un personnage [ou une scËne] ; reprÈsentera par un dessin a choix,
( Líenfant qui aura choisi un personnage devra le caractÈriser (par Ècrit) ; líenfant qui aura choisi une scËne devra y ajouter un dialogue ou un texte descriptif.

Déroulement :
( lecture du conte : le petit Chaperon Rouge - conte de Grimm2,
( questionnement permettant de reconstituer l'histoire et de caractériser les
diffÈrents personnages - travail oral et collectif,
( (voir 1Ëre sÈance),
( production individuelle des enfants : dessiner un personnage ou une scËne de son choix et "líannoter".

Observations :
Du fait, je pense, que líhistoire est connue de tous, la reconstitution se fait trËs vite et chacun intervient, il y a même quelques moments où plusieurs enfants parlent en même temps car ils veulent montrer "qu'ils savent".
Au moment du choix de la représentation, je constate que ce sont les enfants qui participent le plus à l'oral, qui choisissent les scènes; les autres préfèrent les personnages (peut-être car c'est un travail connu ???).

Bilan et suite envisagée :
Etant donné les différences de rythme de chaque enfant, je n'ai pas pris le temps de montrer les productions personnelles au restant du groupe, il faudra que je le fasse.
Les enfants qui avaient peu écrit à la 1ère séance n'ont pas été beaucoup plus productifs cette fois encore. Je compléterai la 3ème séance par un travail individuel.


3ème séance : lundi 26 janvier 1998
1 absent : Mathieu

Objectifs spÈcifiques :
Líenfant caractÈrisera la personnalité du héros en employant un vocabulaire le plus précis possible ; tiendra compte des contraintes du rÈcit pour le dessiner (ex: le bonnet rouge) et sera capable de remettre en ordre les différentes étapes du conte.

Déroulement :
( lecture du conte : le Petit Poucet - conte de Perrault1,
( questionnement permettant de reconstituer l'histoire et de caractériser au mieux le héros - travail oral et collectif,
( (voir 1ère séance),
( travail individuel
- retrouver l'ordre du récit à partir de phrases mélangées - travail sur feuille,
- caractériser le petit Poucet,
- dessiner le petit Poucet.

Observations :
Aucun enfant, sauf un, ne connaissait ce conte. Malgré un temps d'écoute assez long, ils ont été, dans l'ensemble, très attentifs. De ce fait et à leur grand étonnement ils ont retrouvé sans peine, et avec beaucoup de détails le déroulement de l'histoire, les lieux, les personnages. Comme plusieurs enfants ont des difficultés à lire et/ou à mémoriser ce qu'ils ont lu, le travail individuel sur fiche a été réalisé oralement et collectivement. Seule la trace écrite a été effectuée par chacun. Quelques enfants ont besoin qu'on leur signale où se trouvent les phrases dans l'espace (mais ils savent les organiser dans le temps).

Bilan et suite envisagée :
La structure constituante du conte semble bien intégrée. Ce qui pose le plus de problèmes c'est l'acte de dessiner : la production personnelle impliquante. Je pense qu'au cours de la prochaine séance je vais insister sur ce point en privilégiant le dessin à tout autre acte.


4ème séance : lundi 2 février 1998
Pas díabsent (retardataires : Zina et Angèle)

Objectif spÈcifique :
Líenfant devra dessiner les personnages, animaux, objets magiques du conte durant sa lecture.

Déroulement :
( lecture du conte : Cendrillon - conte de Grimm1.
Dans le même temps : réalisation du dessin où doivent apparaître : les personnages (humains, animaux) et les objets magiques du conte (animés, inanimés).
( le père - la marâtre - le prince - Cendrillon - les 2 soeurs - 2 pigeons blancs - des
tourterelles - un noisetier ; travail individuel.
( questionnement permettant de reconstituer l'histoire - travail oral et collectif,
( (voir 1ère séance),
( discussion et établissement de la structure de quête en retrouvant les différentes
épreuves.
1ère : aller au bal
( 1ère demande ( 1ère épreuve : trier 1 casserole de lentilles,
( 2ème demande ( 2ème épreuve : trier 2 casseroles de lentilles,
( 3ème demande ( refus
2ème : être la plus belle
( 1ère demande ( 1ère intervention du noisetier,
( 2ème demande ( 2ème intervention du noisetier,
( 3ème demande ( 3ème intervention du noisetier.
3ème : reconnaissance par le prince
( 1er essai ( avec l'aîné ( échec,
( 2ème demande ( avec l'autre soeur ( échec,
( 3ème demande ( réussite : Cendrillon est reconnue.
Observer la "triplication" des épreuves.

Observations :
Cette fois ci, tout comme lors de la sÈance prÈcÈdente, peu díenfants ont entendu ce conte (trois seulement). Jíavais fait ce choix pensant que la difficultÈ de líacte de dessiner serait attÈnuÈe par la connaissance prÈalable de líhistoire.
Jíavais tout de même voulu les surprendre en choisissant la version de Grimm qui comporte des variantes par rapport à celle, plus connue, de Perrault (et plus encore celle de Walt Disney que les enfants ont pu voir).
Au tout début de la séance, en leur rappelant les intentions que j'avais exprimées à la fin de la séance précédente j'ai entendu un tollé de protestations "c'est dur !". Je leur ai fait remarquer que dessiner me semblait moins dur qu'écrire. Au cours de la lecture, ce sont les enfants qui d'ordinaire participent le plus à l'oral qui ont représenté graphiquement les personnages du conte. Devant le blocage de certains, dès la fin de la lecture, nous avons repris la démarche devenue "rituelle" de l'analyse collective. Là, aucun problème, tout le monde, y compris les plus réservés ont participé activement et ont sans difficulté retrouvé les épreuves et leur triplication. Il y a même eu des marques de contestations devant les différences entre la version de ce conte et celle qu'ils connaissaient. Ensuite, j'ai de nouveau laissé un temps pour "finir" les productions.

Bilan et suite envisagée :
Je me heurte toujours a un refus profond, non exprimé, de la part de certains élèves à entrer dans une production "active". Ces derniers, qui au début n'écrivaient ou ne dessinaient rien, reproduisent actuellement des mots ou des dessins élaborés en commun durant la phase d'analyse. Mais, en aucune façon, ils ne s'impliquent réellement. Pour la prochaine séance je vais cibler la production de dessin sur la scène finale du conte que je leur demanderai d'imaginer.


5ème séance : lundi 9 février 1998
1 absent : Franck

Objectif spécifique :
L'enfant traduira le plus fidèlement possible par le dessin la fin du conte quíil aura inventé oralement (séquence enregistrée).

Déroulement :
( lecture du conte italien "La Méduse" 1 (choisit parce quíil est peu connu et obligera les enfants ‡ inventer la partie manquante) jusquí‡ la scËne qui va opposer le hÈros ‡ son ennemie : ´†Alors se fit entendre un son perÁant, semblable au sifflement des serpents et la Méduse sortit de son palais ".
( questionnement permettant de reconstituer l'histoire : insister sur les formules introductives, l'indétermination des lieux.
( (voir 1ère séance).
( à partir de là, demander à chaque enfant d'inventer la suite de l'histoire et de la dessiner. Passer voir individuellement chaque enfant et enregistrer chaque "fin" proposée1 .
( prendre un petit temps d'échange à partir des diverses productions proposées.

Observations :
Dès le rappel de la consigne et comme à l'ordinaire j'ai entendu "oh ! Ca va être dur". Je leur ai signifié que je ne leur demandais pas d'écrire mais seulement de raconter.
Le "rituel" de mise en commun, a "rassuré" l'ensemble des élèves. C'est de devoir parler "seul" face au micro qui les inquiétait. J'ai donc attendu que les productions de dessins avancent avant d'aller les voir, un par un, au fur et à mesure des demandes. La fin inventée par Zina nous a "interrogé" et nous avons décidé avec l'institutrice de raconter, (au cours d'une séance ultérieure) le conte "Peau d'âne".

Bilan et suite envisagée :
Tous les enfants ont dessiné et ont raconté "leur fin" de l'histoire. Ce sont, comme toujours,
les mêmes qui dessinent et parlent le moins. Néanmoins la démarche de sollicitation individuelle les pousse dans leurs retranchements et les oblige à produire.
La prochaine séquence aura lieu dans presque un mois. Je commencerais la 2ème phase du travail par une remise en mémoire de ce que nous avons effectué jusque là.
J'en profiterai pour m'appuyer sur le conte "Peau d'âne" qui nous permettra une petite discussion au sujet des rapports père-fille qui questionnent Zina. Ensuite, nous aborderons la création de notre conte commun que nous destinons aux classes des plus petits.


6ème séance : mercredi 11 mars 1998
1 absent : Clébert

Objectif spécifique :
Líenfant sera capable de retrouver la structure du conte et les diffÈrents ÈlÈments constitutifs :
- le hÈros, - les Èpreuves,
- líobjet de la quÍte, - les défaites / les victoires,
- les amis, - les lieux,
- les ennemis, - les formules et/ou objets magiques,
en faisant le moins possible appel à l'adulte.

Déroulement :
( lecture du conte : Peau díAne - conte de Perrault2,
( mise en commun des étapes et des éléments constitutifs du conte dans un tableau grand format (les rubriques doivent être retrouvées par les élèves) - travail oral et collectif.

Observations :
Une certaine impatience régnait dans la classe avant le début de la séance. En effet, l'institutrice étant en stage les 9 et 10 mars je n'ai pu me remettre au travail avec la classe que le mercredi 11 (bien qu'étant présente dans l'établissement depuis le lundi). Dès le début, j'ai remis en mémoire l'objectif final, c'est à dire : la production collective d'un conte en direction des autres classes de l'établissement ainsi que la classe des correspondants. J'ai précisé que cette séance me permettrait de vérifier si tous se rappelaient du travail effectué jusqu'à maintenant mais qui avait connu presqu'un mois d'arrêt. J'ai aussi expliqué le choix du conte (discussion avec Zina des droits et devoirs d'un père envers sa fille).

Bilan et suite envisagée :
A peine avais-je eu le temps de fournir les explications que tous me redonnaient les éléments constitutifs du conte en faisant preuve d'une grande mobilisation. Après l'explication du choix du conte, tous (hormis Alim qui se manifeste toujours en réaction opposé au groupe classe) sont entrés en état d'écoute, et ce jusqu'à la fin de l'histoire.
La reconstitution des étapes et des éléments s'est faite de façon un peu débridée mais en
suivant des fils conducteurs.
Le travail a été suivi d'un échange intéressant suscité par le thème de l'inceste. Joël a tout de suite affirmé que le mariage père-fille ou mère-fils était INTERDIT. De là nous avons évoqué les responsabilités des parents envers leurs enfants et le côté préventif des contes. Demain nous débuterons la création de "notre" conte.


7ème séance : mercredi 11 mars 1998
3 absents : Alim, Angèle et Franck (rééducation).

Objectifs spécifiques :
Les élèves choisiront les éléments constitutifs de notre conte. Chacun devra affirmer ses choix, en respectant ceux des autres, en acceptant le dialogue et les compromis. En résumé : chacun montrera ses capacités à travailler en groupe.

Déroulement :
( à partir d'une trame grand format affiché, proposer oralement des éléments (héros,
lieux ...),
( discuter des choix possibles en fonction des préférences du groupe et de la cohérence nécessaire à l'élaboration d'un récit,
( détermination collective du choix final.

Observations :
Sur les 7 élèves présents, 3 se manifestent beaucoup (Joël, Zina et Guy), 2 autres ont tendance à marquer une opposition (Clébert et Mathieu), 2 autres encore ne s'expriment pas directement mais se prononcent spontanément sur les propositions des autres : il s'agit d'Alix et de Marc. A deux reprises, le chiffre 3 est nommé (3 châteaux, 3 mousquetaires); peut être s'agit-il de la triplication que nous avons évoquée durant les lectures précédentes ?

Bilan et suite envisagée :
Tous n'ont pas pris le même espace de parole. Par contre, tous ont participé à l'élaboration du schéma du conte. Après avoir tenu compte de toutes les propositions quant à la détermination : du héros, des amis, des ennemis et des lieux, nous avons par "voie démocratique" effectué des choix. Puis, nous avons vérifié que les différents éléments étaient compatibles entre eux (problème de la pieuvre et du lac qui s'est transformé en sorcier et lac) et nous avons affiné nos positions. C'est le fait de vouloir conserver deux héros qui a introduit le début de l'histoire. Pour que ce choix soit crédible, il fallait que les deux héros ne se quittent pas : nous en avons fait deux jumeaux et il a été décidé qu'ils avaient été séparés à la naissance suite au décès de leur mère ...
Clébert s'est fait chahuter par Joël et Zina car il ne savait pas que 2 enfants de sexe différents pouvaient être jumeaux. Il reste à trouver le passage central du conte, car la fin est induite ( le frère et la soeur se retrouvent).

8ème séance : vendredi 13 mars 1998
2 absentes : Angèle et Alix (hospitalisée).

Objectif spécifique :
Etre capable díÈlaborer líhistoire en tenant compte díobligations (personnages, lieux, intrigue) et en acceptant la remise en questions des choix.

Déroulement :
travail collectif et oral ;
( remÈmorisation des éléments choisis,
( construction des étapes du conte,
( dénomination des personnages.

Observations :
Joël, Zina et Mathieu se sont impliqués du début à la fin de la séance : avançant des idées, les étayant, cherchant à s'aider les uns les autres pour progresser dans le récit. Alim à, quant à lui, fait preuve d'une attitude de rejet qui lui est coutumière et a réussi à perturber Guy et Marc.
Franck s'est montré très "à l'écoute" mais n'a pas semblé avoir envie d'incliner le sens du conte.

Bilan et suite envisagée :
Nous n'avons pas eu le temps de dénommer les personnages. Par contre la structure du conte est terminée. Lors de la prochaine séance, les élèves travailleront par groupe pour façonner le texte. Il est à regretter qu'Alix qui, hier, pour la 1ère fois avait montré un début de participation, soit absente pour hospitalisation (la durée est indéterminée).


9ème séance : lundi 16 mars 1998

Objectif spécifique :
Ecrire le conte (construire des phrases syntaxiquement et orthographiquement correctes) en partant de la trame Ètablie.

DÈroulement :
( travail collectif : choix des noms des personnages,
( travail en 4 groupes : à partir de l'idée générale du texte, écrire la partie de l'histoire concernée.

Observations :
Nous avons commencé par raconter à Angèle ce que nous avons inventé. Puis nous avons choisi le nom des personnages et déterminé l'objet magique :
le prince : Jean la princesse : Marianne
le roi : Richard la reine : Charlotte
le paysan : Thomas la fée : Loïs
le sorcier : Raspoutine l'objet : un médaillon
Puis les élèves ont décidé sur quelle partie du texte ils voulaient travailler. Mathieu, Joël, Franck et Clébert ayant choisi la 4ème, nous avons tiré au sort.
1ère partie : Zina - Clébert 3ème partie : Angèle - Franck
2ème partie : Marc - Alim - Guy 4ème partie : Mathieu - Joël
Nous avions, l'institutrice et moi, pris le parti de faire travailler les 4 groupes en même temps. Cela a été dur à gérer, car il fallait sans cesse aider les enfants à reformuler le texte oralement pour mettre en évidence les modifications à apporter. Heureusement, les différences de vitesse d'exécution ont permis un soutien aux groupes qui en avaient le plus besoin.

Bilan et suite envisagée :
Il aurait fallu prendre en charge chaque groupe pour avoir plus de temps d'explication.
Pour la prochaine séance, je vais mettre en forme le texte final. Après l'avoir lu, chaque enfant se déterminera pour illustrer l'épisode qu'il aura choisi.

10ème séance : mardi 17 mars 1998
2 absents : Alix et JoÎl.

Objectifs spécifiques :
Illustrer, en utilisant des encres, le plus fidèlement possible et le plus richement possible une étape de conte.

Déroulement :
( lecture de la forme finale du conte,
( choix collectif du titre,
( détermination individuelle du passage que chaque élève va illustrer,
( réalisation plastique individuelle.

Observations :
Alix étant hospitalisée, nous lui avons demandé de réfléchir à un titre possible (auparavant nous lui avions fait parvenir la 1ère monture du conte). Elle ne nous a rien proposé mais a approuvé le choix du groupe (Le roi Richard et la reine Charlotte(.
Tous étaient impatients d'illustrer notre conte. Je leur ai tout d'abord montré de quelle façon je pensai agencer le livre, et, c'est après l'accord général que nous avons démarré l'activité. J'ai choisi de mettre à leur disposition le crayon noir et des encres.
Après avoir rediscuté individuellement, avec chacun, du passage qu'il avait à illustrer le plus fidèlement possible, tous se sont mis à la réalisation dans le plus grand sérieux (concentration, application).
Pour des enfants comme Guy, Marc et Franck dont les problèmes spatiaux sont importants, il était remarquable de voir de quelle minutie ils ont fait preuve. Alim, qui lui, manifeste sa présence en critiquant tout et tous, s'est absorbé dans sa prodution.

Bilan :
Ce qui est le plus frappant dans cette dernière étape c'est de constater le calme dans lequel la réalisation plastique s'est déroulée après l'agitation des étapes où devaient s'affirmer et s'ajuster le choix de chacun. Tous se sont appliqués à donner un produit (fini(, c'est à dire, le meilleur possible.




2.5 Analyse du projet

Ce travail peut s'analyser sur trois niveaux:
- la familiarisation avec le conte.
- la mise en évidence de la structure du conte et des éléments constitutifs.
- la création d'un conte

Familiarisation avec le conte
Ce travail préliminaire s'est déroulé sur 6 séances, à raison d'une intervention par semaine.
Chaque séance débutait par la lecture d'un conte. Très vite, les enfants ont manifesté leur intérêt pour ce petit rituel et très vite aussi, ils ont fait part de leurs réactions envers tel personnage (la générosité de Merghen ; l'intelligence du Petit Poucet; le rapport père-fille dans le conte (La Méduse( ou (Peau d'âne(), ou telle situation (le rapport magique aux animaux dans (Merghen( ; l'abandon des enfants dans le Petit Poucet ...), ou devant une version méconnue d'eux (l'exemple le plus frappant a été la lecture de (Cendrillon( selon la version de Grimm alors qu'ils avaient entendu celle de Perrault ou vu celle de Walt Disney).
Tous les enfants se sont montrés actifs. Certains étaient présents, attentifs, cherchant à anticiper les actions, d'autres refusaient délibérement de s'associer au groupe soit par une attitude (murée(, soit en perturbant les autres.
Ce plaisir évident tant à l'écoute des contes qu'à leur lecture, montre qu'il se passait, à ces moments là, quelque chose qui avait du sens pour nous tous. Je regrette que pour une question de temps, je n'ai pu offrir des contes pour le simple plaisir de l'écoute.

Mise en évidence de la structure du conte et des éléments constitutifs
Ce travail a été effectué en même temps que la familiarisation. Pour chaque conte proposé, une analyse collective était réalisée et chaque donnée était inscrite dans un tableau grand format. Durant cette phase, les élèves étaient actifs et motivés. Une réflexion naissait : les enfants devaient prélever des indices, les sélectionner (et mémoriser ceux qui étaient essentiels), les comparer les uns aux autres pour effectuer un classement, émettre des hypothèses. Ils soutenaient leurs propositions et étaient obligés de les argumenter. Je devais canaliser l'attention, remémorer au besoin l'objet de la discussion et guider chacun dans sa réflexion pour qu'il utilise au mieux ses outils cognitifs.
Ensuite, un travail individuel était demandé: reconstitution d'un conte, production de dessin, élaboration orale d'une partie d'un conte ... C'est à ce moment que je pouvais intervenir spécifiquement auprès de chacun d'eux (trouver une stratégie pour répondre à la sollicitation, aider à la lecture, donner des consignes en utilisant le canal auditif...).


Création du conte
C'est à partir de la septième séance que nous avons conçu notre conte. Dans un premier temps, nous avons déterminé les éléments constitutifs en veillant à une cohérence; puis nous avons construit la structure ; et, enfin, nous avons, par petits groupes, rédigé le texte. La rédaction s'effectuait par réajustements successifs entre les différents groupes (respect des noms choisis, emploi des pronoms à bon escient ...).
Enfin, chaque groupe, a réécrit (grâce à l'ordinateur ou à la machine à écrire) lisiblement sa partie, les élèves s'aidant les uns les autres, en faisant appel aux adultes afin de rendre un texte respectant la segmentation des mots et l'organisation des phrases.

2.6 Bilan de cette expérience pédagogique

Il est axé sur mes intentions pédagogiques de départ, c'est à dire :
( restaurer / développer les appétences des enfants,
( réaffirmer l'existence du groupe classe.
Je l'analyserai en observant :
- l'attitude par rapport au conte.
- l'attitude par rapport à la langue.
- l'attitude face au travail de groupe.

Attitude par rapport au conte
L'intention principale que je m'étais fixée, était de déclencher chez des enfants handicapés moteurs, l'envie de produire (aussi bien à l'oral qu'à l'écrit) en utilisant le conte comme outils. En me remémorant la participation active des enfants à l'écoute de ces récits, leurs demandes réitérées de (nourriture( à chaque fin de séance, leur implication dans chaque production demandée, je pense que le but est atteint.

Attitude par rapport à la langue
Il ne m'est pas possible de quantifier les progrès réalisés et mon évaluation ne peut porter sur cet aspect productif.
En revanche, tous les élèves de cette classe, dont 2 sont des non-lecteurs, se sont exprimés aussi bien à l'oral qu'à l'écrit (sous forme de dictée à l'adulte pour les non-lecteurs). Alix et Marc qui n'avaient, pas participé à la première séquence orale (cf. annexe 4) ont développé leurs idées durant la cinquième séquence (cf. annexe 5). Bien sûr, tout n'est pas spontané; mais, si l'adulte remplit son rôle d'accompagnateur, de pédagogue, l'enfant ainsi épaulé peut croire en ses possibilités et ainsi (lacher prise( afin d'oser perdre un moment le contrôle pour mieux réussir par la suite. Chaque enfant (re)prend un peu plus d'assurance ou de confiance en lui et devient conscient de sa richesse personnelle auprès de ses pairs et des adultes.

Attitude face au travail de groupe
L'essentiel était de réunir ce groupe d'enfants dont les pathologies nécessitent une prise en charge rééducative plus ou moins lourde et qui, de ce fait, sont rarement réunis ensemble au sein de la classe; autour d'un projet commun : la création collective d'un conte.
Ce but a été atteint, car tous ont participé à la mesure de ce qui leur a été possible et ont accepté de réaliser ou de ne pas pouvoir réaliser au bénéfice du groupe. Je m'explique:
- à partir de la huitième séance, Alix a été hospitalisée. Nous l'avons sollicité : elle a reçu la première mouture du conte, n'a pas voulu affirmer un choix différent mais a approuvé l'histoire et le titre choisi.
- Joël était absent lors de l'illustration. Tous les autres élèves présents ont voulu le remplacer et lorsqu'il est revenu, c'est lui qui a choisi la production en remplacement de la sienne.
- Alim, Angèle et Franck absent lors d'une séance, se sont réappropriés les orientations du groupe et ont retrouvé (leur place( dans ce travail collectif.



CONCLUSION


J'ai tenté, tout au long de ce dossier, de montrer à quel point il me parait essentiel et primordial, avant mÍme díentreprendre quelque apprentissage que ce soit, d'aider l'élève à désirer. Ce sont ces désirs, d'apprendre, de réaliser, de communiquer, qui seront les moteurs permettant à chaque pédagogue de s'inscrire dans le projet personnel de l'élève.
Il faut garder à l'esprit que notre rôle principal en tant qu'enseignant, et c'est d'autant plus évident dans les structures de l'A.I.S. (Adaptation et Intégration Scolaire), est d'aider l'élève, non pas en lui transmettant des connaissances, mais, prioritairement en lui donnant la possibilité de grandir, c'est à dire de faire des choix, de les affirmer et de faire appel à la fonction médiatrice du pédagogue si le besoin s'en fait sentir.


Je rapporterai les propos de P. Meirieu1 "Il n'y a pas d'éducabilité cognitive qui ne s'articule sur un projet d'apprendre et que, sans un projet d'apprendre, les meilleurs dispositifs sont construits sur du sable.( ... ) Nous n'apprenons que ce qui répond aux problèmes que nous nous posons. Nous n'apprenons que ce qui résout les difficultés auxquelles nous nous trouvons confrontés". C'est la raison pour laquelle, j'ai choisi cet outil médiateur qu'est le conte. De part la distance qu'il met entre l'enfant et les situations difficiles, il permet à l'élève d'apprendre en tirant profit de ces confrontations.
Un grand nombre d'activités, non mises en oeuvre cette année, peuvent se déployer autour du conte: théâtre de marionnettes, mise en scène, vidéos, expression corporelle ... Quelle que soit l'activité entreprise, il faut toujours garder à l'esprit l'importance d'une création achevée, c'est ce qui permet une communication directe. Il faut néanmoins se garder d'une exploitation difficile du conte qui pourrait en dénaturer l'essence. En voulant trop montrer, souvent l'on démontre et la part de l'imaginaire s'en trouve proportionnellement restreinte. "J'aime regarder autre chose et voir autre chose au-delà ou à travers ce qu'on me montre ou ce qu'on me dit." Nous dit E. Ionesco.2
Laissons aux contes leur pouvoir imaginaire...


C'est J. Held3 qui me permet de terminer mon propos:
... d'ou l'importance capitale d'une pédagogie qui sauvegarde et développe en lui cette disponibilité originelle, cette attitude de liberté créatrice face aux images, aux idées, aux mots, à ce que chacun peut en faire. Importance donc des contes, modernes ou anciens, pensés, vécus, sentis, et proposés non comme un donné rigide, univoque, imposé de l'extérieur, mais comme une nourriture essentielle. Bien propre, bien personnel qui sera pour chacun un point de départ. Germes de fantaisie, díhumour, de rêve, de poésie, d'invention de mots, d'objets, et d'êtres. Enrichissement de l'imagination, de la sensibilité, entraînement constant, à un maniement souple, complexe, critique et créatif du langage".



BIBLIOGRAPHIE


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( Psychanalyse des contes de fées. B. Bettelheim
( Morphologie du conte. V. propp Seuil en 1970
( Les pouvoirs du conte. S. Loiseau Puf en 1992
( Ce que disent les contes. L. Schnitzer Autrement n°97
( Le conte cet éternel nomade. L. Schnitzer Le Sorbier en 1981
( Le conte populaire français. M. Simonsen Puf. Que sais-je ? en 1986
( Le pouvoir des contes. G. Jean Casterman en 1990
( Magie du conte. L. Boulay Bourrelier en 1979
( Grammaire de l'imagination . G. Rodari Messidor temps actuel en 1986
( L'interprétation des contes de fées. M.L. Von FranzLa fontaine de pierre en 1980
( La petite fille dans la forêt des contes. P. Péju R. Laffont en 1981
( L'histoire des contes. C. Velay-Vallantin Fayard en 1992
( Les contes de Perrault, M. Soriano NRF en 1968
culture savante et traditions populaires.
( Imaginaire et pédagogie. B. Duborgel Le sourire qui mord en 1983
( Pour une pédagogie de l'imaginaire. G. Jean Casterman en 1981
( Le tarot des mille et un contes. F. Debyser et Estrade Ecole des L. en 1977
( Lire et écrire des contes. Bordas
( Revue des livres pour enfants. 107 - 108
( Revue des contes. Dire n° 5 - 13 - 14
( Le mécano du conte. R. Brémond Magazine littéraire n°150 en 1979
( Le conte populaire français. P. Delarue Erasme
( Le dit et le non-dit dans les contes R. Diatkine Voies livres n°17 en 1989
merveilleux.
( Le conte et les apprentissages conceptuels. A. Perrot Le français - Aujourd'hui
( Médiateur -Médiation. Cahier de Beaumont n°73
( L'imaginaire ça se cultive Ed. enfantine n°10 en juin 1997
jeux, jouets et imaginaire.
( L'imaginaire au pouvoir. J. Held Ed. ouvrières en 1977
( De bouche à oreilles : G. Massignon Territoires en 1983
le conte populaire Français.