BREILLAT Frédéric Session 1998
Académie de Poitiers

 

L’OUTIL INFORMATIQUE A L’ECOLE AUJOURD’HUI : QUELLES UTILISATIONS POSSIBLES?

 

 

Epreuve professionnelle

Concours externe de recrutement de Professeur des Ecoles

Frédéric Breillat Epreuve professionnelle

PE1

 

Fiche descriptive

 

L’ordinateur tend à devenir aujourd’hui un outil pédagogique de plus en plus usité. Les récentes évolutions technologiques en permettent désormais un usage de plus en plus varié, principalement au plan de la production, de l’information, et de la communication. Ce dernier point découle naturellement du développement en France, à l’instar d’autres pays européens ou américains, du réseau Internet.

L’outil informatique peut oeuvrer en faveur d’une pédagogie active, impliquant les enfants dans un projet (correspondance scolaire, création d’un site Internet ou d’un journal scolaire...), voire être d’une aide non négligeable pour certains enfants considérés comme étant en échec scolaire. Il facilite également la communication entre élèves de différents pays et cultures, l’échange de savoirs, et le rayonnement de la francophonie dans le monde.

Confrontés tôt à cet outil, les enfants peuvent être à même de le maîtriser progressivement, et ainsi de posséder certains atouts leur permettant de travailler plus efficacement dans l’avenir.

Toutefois, si l’ordinateur ne peut décemment pas être assimilé à un objet inutile au sein d’une classe, il ne représente pas pour autant la recette miracle à l’enseignement d’aujourd’hui, mais doit être considéré comme un outil de travail supplémentaire. Son fonctionnement, ses qualités et ses limites doivent être clairement expliqués tant aux élèves qu’aux enseignants, afin d’aller au-delà de certaines idées reçues.

Certaines questions relatives à son utilisation doivent être approfondies, notamment la notion de temps qui semble fondamentale, dès lors qu’il s’agit d’effectuer des recherches sur Internet ou d’organiser un travail individuel de chaque élève face à l’ordinateur.

 

Il a sa place au sein de disciplines aussi diverses que le français, les arts plastiques, l’histoire-géographie, et est donc en ce sens un outil transdisciplinaire. Il est possible d’en faire un usage adapté aux besoins de l’enfant qui, et ceci sans doute du fait de la nouveauté de l’outil, trouve dans son utilisation une motivation nouvelle qui pouvait lui faire défaut avec des outils plus traditionnels.

L’utilisation de l’outil informatique semble donc possible dans toutes les classes ; il favorise le développement de l’autonomie de l’élève, mais également le travail de groupe, et permet d’impliquer toute une classe, voire toute une école dans un même projet.

 

SOMMAIRE

 

Sommaire p.1
Introduction p.2
  1. Quelques questions légitimes à étudier p.3
  1. L’informatique : Pourquoi faire ? p.3
  2. " L’ordinateur va remplacer l’enseignant ! " p.5
C) " Avec le multimédia, les enfants comprennent mieux et plus rapidement " p.6
  1. Les limites de l’usage du réseau Internet p.7
E) Le temps p.9
F) Tout ceci est-il bien nécessaire ? p.11

 

II) Des exemples d’utilisation de l’ordinateur en classe p.12
  1. Utilisation du traitement de texte au CE2 p.12
    1. Séance type p.13
2) Observations p.13
B) Utilisation d’un logiciel de PAO en classe de CM1-CM2 p.15
1) Séance type p.15
2) Observations p.16
  1. Et l’école Maternelle ? p.18
1) Séance n°1 p.18
2) Observations p.19
3) Séance n°2 p.21
4) Observations p.23
5) Quel intérêt pour les enfants ? p.24
Conclusion p.26

Bibliographie p.27

 

 

INTRODUCTION

 

 

Quelque douze années séparent le lancement du plan Informatique Pour Tous, de la décision de M. Allègre d’équiper tous les établissements scolaires d’outils multimédia. De fait les progrès accomplis dans ce domaine permettent aujourd’hui un " emploi raisonné " (comme le préconisent les Instructions Officielles de 1995), de l’outil informatique. Cet " emploi raisonné " semble désormais apparaître comme un doux euphémisme, tant les possibilités d’utilisation de l’ordinateur à l’école sont variées et tendent à se développer.

En effet, l’introduction dans les écoles de machines permettant la consultation de cédéroms, l’utilisation de traitement de textes, et l’accès au réseau Internet, pour ne citer que quelques exemples, laisse entrevoir des changements certains quant aux moyens de produire, de s’informer et de communiquer à l’école.

Toutefois, par manque d’informations, l’évocation de la question de l’utilisation de l’outil informatique à l’école suscite généralement une polémique entre ceux qui n’y voient qu’un gadget supplémentaire et fort peu utile, et ceux qui croient enfin avoir déniché la baguette magique prompte à résoudre tous les problèmes actuels de l’école.

Qu’en est-il exactement ? Quels sont les avantages réels de l’outil informatique à l’école ? A quelles limites peut-on se heurter lorsque l’on décide d’utiliser activement l’outil informatique ? Bref, quelle place doit-on lui accorder dans l’école d’aujourd’hui ?

Je tente ici de répondre très succinctement à ces diverses questions, d’abord sur un plan plutôt théorique, puis sur un plan pratique, en me fondant sur des lectures et réflexions personnelles, ainsi que sur des activités en classe que j’ai pu être amené à observer ou à conduire lors de stages que j’ai eu l’occasion d’effectuer.

 

 

I) QUELQUES QUESTIONS LEGITIMES A ETUDIER

 
A) L’informatique: pourquoi faire?

L’utilisation pédagogique de l’ordinateur peut être orientée sur quatre grands axes.

 

1)Expérimenter, s’exercer, découvrir. La maîtrise de l’outil informatique passe nécessairement par une phase de tâtonnement, d’essais, d’expériences, que ce soit dans le domaine de la Bureautique (traitement de texte, PAO...) que dans l’utilisation de cédéroms, d’Internet, et de bases de données. L’enfant découvre un univers qui ne lui est pas forcément familier, notamment aux cycles 1 et 2, et qui comporte un certain nombre de règles à observer pour que l’usage en soit satisfaisant . De même, une certaine rigueur et une précision des mouvements sont nécessaires, pour, par exemple, manipuler la souris, dresser des tableaux, et utiliser les différentes fonctions d’un traitement de texte.

 

2)Produire. Par l’intermédiaire du traitement de texte et d’un logiciel de Publication Assistée par Ordinateur, un journal de classe ou d’école peut être élaboré, et ensuite être tiré à plusieurs exemplaires pour que chaque élève en possède un, voire déposé sur les pages Web élaborées par l’école et hébergées par l’intermédiaire d’un fournisseur d’accès, soit en réseau intranet, soit sur Internet, afin d’être vu de chacun. De même, le traitement peut être utilisé pour rédiger une correspondance destinée aux élèves d’une autre école ou aux parents afin de leur communiquer une information. Enfin, les élèves peuvent procéder à la rédaction ou à la réécriture de textes individuels ou collectifs, où chaque élève peut apporter sa " pierre ", modifier à volonté tout en gardant un travail " propre " et lisible, dénué de ratures.

 

3)Chercher, se documenter. C’est l’une des applications majeures de l’ordinateur que de permettre à l’utilisateur d’opérer une recherche qui serait restreinte dans les cadres habituels (bibliothèques notamment) du fait des ouvrages en nombre forcément limité. L’outil informatique offre la possibilité supplémentaire d’acquérir des informations grâce aux cédéroms, aux bases de données, et surtout au réseau Internet, que l’on peut comparer à une gigantesque bibliothèque sans cesse réapprovisionnée.

 

4)Communiquer. Ceci est désormais rendu possible par le biais du modem, qui permet à présent d’utiliser les forums de discussions présents sur Internet, de communiquer en groupes plus restreints, par exemple un regroupement d’écoles et d’institutions scolaires, grâce à un réseau Intranet, et enfin d’envoyer et de recevoir des messages électroniques. Cette dernière possibilité offre principalement un gain de temps (et d’argent) considérable par rapport au courrier classique, tout en évitant le côté dérangeant du téléphone qui, les directeurs d’école en font très souvent l’expérience, sonne fréquemment au cours d’une activité de classe. Avec le message électronique, l’utilisateur peut ainsi décider du moment opportun où il pourra consulter sa boîte aux lettres. Avec des enfants, l’une des utilisations que l’on peut sérieusement envisager est celle qui a trait à la correspondance entre deux écoles. Les élèves peuvent alors correspondre très régulièrement entre eux, s’échanger toutes sortes de documents et travaux effectués en classe (grâce à la fonction de transfert de fichiers), même si le message envoyé ne contient qu’une ou deux phrases amicales.

  B) " l’ordinateur va remplacer l’enseignant ! "

 

De fait, l’école n’a jamais été très active dans la promotion de tout ce qui risquait de la concurrencer. En effet, les BCD ont eu du mal à s’implanter dans les écoles, lorsque leur usage a été encouragé. De même, l’introduction de supports audiovisuels, notamment la télévision, a suscité de nombreuses angoisses. On craignait alors que les cours dispensés par les enseignants puissent être remplacés par des cassettes vidéos, et que par conséquent l’enseignant ne serait plus d’aucune utilité. Or, force est de constater qu’aujourd’hui, la télévision n’a rien remplacé, qu’elle a démontré ses limites, et qu'elle n'est devenue qu’un outil parmi tant d’autres.

En fait, ce sont toujours les mêmes craintes qui resurgissent lorsque de nouveaux supports sont introduits dans l’enseignement, a fortiori lorsqu’il s’agit d’innovations technologiques. Ces craintes sont principalement dues, comme souvent, à la méconnaissance et à la nouveauté de l’outil.

Il faut pourtant savoir que l’ordinateur n’est pas utilisé de manière systématique dans la classe, et que dans l’état actuel des choses, il l’est beaucoup moins qu’un support plus classique tel le livre. De même, il convient de rappeler à ceux qui croient que, derrière le mot informatique, se dessinent les contours d’une machine qui a vocation à remplacer l’enseignant, que l’ordinateur n’est pas capable d’évaluer un enfant autrement que de manière somative, et qu’il n’est pas capable de s’adapter seul aux besoins particuliers de l’enfant.

En bref, il faut constamment garder à l’esprit que l’ordinateur est un moyen et non une fin, que son rôle doit être défini par l’utilisateur, et que rien ne peut remplacer le facteur humain, principalement en matière d’éducation.

 

  1. " Avec le multimédia, les enfants comprennent mieux et plus rapidement ! "
 

Là aussi, l’enthousiasme que peut susciter l’ordinateur doit être quelque peu tempéré.

Une étude menée par M. Jean-François ROUET, chargé de recherche au CNRS, " Laboratoire langage et cognition ", portant sur l’impact psychologique du multimédia, est venu mettre un bémol à certaines idées reçues.

Tout d’abord, il semblerait que la lecture sur écran soit plus lente d’environ 20 à 30% par rapport à une lecture " à plat ", sur un livre par exemple. De plus, dans l’hypothèse d’une activité de recherche d’erreurs (typographiques, syntaxiques, ...), une telle lecture entraînerait des résultats moins satisfaisants.

La lecture sur écran serait également plus fatigante, surtout en cas d’activité prolongée, c’est-à-dire supérieure à dix minutes. Toutefois, il faut préciser qu’à l’heure actuelle, aucune pathologie inhérente à la lecture sur écran n’a pu être décelée.

Enfin, globalement, il a été constaté qu’une lecture sur écran n’entraîne pas de différence de compréhension par rapport à une lecture plus " classique ".

Dans le cas d’une activité de recherche à partir de documents reliés en hypertextes1 , il apparaîtrait que celle-ci demande plus de temps qu’une recherche à partir de textes linéaires. Toutefois, il faut garder à l’esprit que ce type de recherche n’en est qu’à ses débuts, et que, la faculté d’adaptation de l’individu aidant, cette différence de temps pourrait rapidement se réduire.

Enfin, si nous prenons l’exemple des systèmes multimédia d’apprentissage des langues, il semblerait qu’une méthode comprenant des images et du son serait d’un coût cognitif supplémentaire, autrement dit qui nécessite un effort intellectuel plus lourd par rapport à une version sans images ni sons, car ces deux éléments apporteraient une certaine gêne à la compréhension d’un document.

 

  1. Les limites de l’usage du réseau Internet
 

L’une des premières démarches à mettre en œuvre dans l’optique d’un usage pédagogique d’Internet, est d’amener les enfants à adopter un réflexe de proximité. En effet, il n’y a nul besoin pour les enfants de se lancer dans une recherche complexe sur Internet, si les documents susceptibles de les aider peuvent se trouver aisément à la BCD ou chez eux. Cela implique donc de considérer Internet non comme une sorte de gadget qu’il faut utiliser en n’importe quelle occasion, mais comme un outil de plus au service de la recherche des enfants.

Un autre problème très important surgit avec l’usage d’Internet, celui de la fiabilité des informations collectées. Il ne faut pas oublier que l’on peut trouver à peu près tout et n’importe quoi sur Internet, le meilleur comme le pire, l’information la plus sérieuse comme la plus fantaisiste. C’est une occasion pour l’enseignant d’informer les élèves sur le statut de l’information, du support sur lequel elle se trouve, et sur la nécessité de vérifier les informations reçues.

Un autre danger inhérent à Internet est celui du contenu des sites visités. Récemment, les personnes qui visitaient le site officiel américain de l’entreprise de jeux vidéos Sega, marque bien connue des enfants, ont pu contempler un bandeau publicitaire vantant les mérites de l’église de Scientologie. Ce cas de figure n’est pas rare, et il existe de gros risques pour les enfants d’être ainsi confrontés au prosélytisme de sectes en tous genres, lors d’une recherche sur tel ou tel sujet. Cela pose également le problème de la législation concernant Internet qui, lorsqu’elle existe, varie selon les différents pays. De même, des enfants faisant une recherche sur la seconde guerre mondiale par exemple, pourraient très bien se retrouver sur un site négationniste si l’on n’y prend pas garde.

Enfin, la plus grande crainte, notamment des parents, concerne le nombre de plus en plus important de sites pornographiques, voire pédophiles, sur lesquels les enfants risqueraient de tomber au hasard d’une recherche. Un exemple parmi tant d’autres : des écoliers américains souhaitant se connecter sur le site de la NASA afin de collecter des images de Mars, se sont retrouvés sur un site de femmes nues. Ils avaient juste commis l’erreur de saisir comme adresse du site " www.nasa.com " au lieu de " www.nasa.gov "...

Des solutions commencent à apparaître pour palier ce problème, mais elles ne sont pas encore tout à fait au point. L’une d’elle, par exemple, concerne l’utilisation de programmes filtrants. Cela consiste en la saisie de certains termes (sexe, meurtre,...) dans une sorte de glossaire, afin de paramètrer à l’avance les sites que les enfants pourront visiter sans faire de " mauvaises rencontres ". Toutefois, cette solution pose l’inconvénient de bloquer l’accès à de nombreux sites tout à fait respectables, mais qui comportent des mots qui, employés dans un certain contexte, sont de nature à choquer les enfants. Ainsi, un de ces programmes filtrants, ne permet pas l’accès au site de la Maison Blanche, car il y reconnaît le mot " couple " !

L’une des solutions les plus envisageables, dans un premier temps, peut consister dans l’établissement d’un corpus de sites intéressants, à stocker sur le disque dur ou à glisser dans la liste des sites favoris. Ainsi, les enfants qui ne maîtrisent pas suffisamment l’outil et la démarche de recherche, peuvent être initiés au monde d’Internet en toute sécurité.

 

      1. Le temps
 

Le temps est un concept qui devrait prendre de plus en plus d’importance avec le développement généralisé de l'informatique à l’école. L’ordinateur apporte en effet un gain de temps considérable dans l’exécution de certaines tâches.

Dans le domaine de l’écriture et de la réécriture, le traitement de texte peut éviter d’avoir recours au travail souvent fastidieux de recopiage d’un texte entier lorsque, par exemple, s’y sont glissées quelques erreurs d’orthographe, de grammaire ou de mise en page. Il ne s’agit bien évidemment pas de mettre de côté tout le travail nécessaire de recherche des erreurs ni de " mise au propre ", mais d’éviter à l’élève de se consacrer à un pensum au détriment d’activités plus enrichissantes.

De même, la recherche d’informations via l’ordinateur (avec Internet notamment ou les cédéroms), réduit le temps d’attente nécessaire à la collecte de ces informations. Il arrive en effet souvent que ce que l’on cherche ne soit pas disponible dans l’entourage immédiat, notamment les BCDI ou les bibliothèques familiales et municipales. Internet offre alors l’accès à une gigantesque base de données où l’on peut, avec un peu de pratique, trouver les documents souhaités sans avoir à passer par une demande classique par courrier, qui nécessite un temps d’attente certain, voire par un déplacement physique sur le lieu où l’information se trouve.

De plus, grâce au courrier électronique, la communication entre les élèves d’écoles différentes, pour envoyer un simple message ou un document (avec le transfert de fichiers) peut devenir plus fréquente, car plus rapide. Il en va de même pour l’enseignant qui peut alors communiquer plus rapidement avec ses collègues ou avec l’administration.

Toutefois, cette recherche de la vitesse et du gain de temps n’est pas sans poser quelques problèmes. Comme le souligne Philippe Breton, chercheur en sciences de la communication au CNRS, " la vitesse est antagoniste avec le temps de la réflexion ". De fait, la volonté " d’aller plus vite " dans une recherche sur le réseau Internet, et ceci souvent par souci d’économie (Internet ayant un coût financier non négligeable), peut amener l’utilisateur, et donc l’enfant, à glisser sur certaines étapes, certains messages plus ou moins essentiels. On cherche à se dépêcher, et ce faisant, on ne lit pas " consciencieusement " ce que l’on rencontre, on ne cherche pas les informations les plus pertinentes, bref, on se contente de ce que l’on trouve en premier. Il convient donc de traiter avec mesure cette prépondérance du gain de temps sur la pertinence de l’information, et d’apprendre aux enfants qui souhaitent effectuer une recherche sur Internet à définir à l’avance le but exact de leur recherche et les limites qu’ils fixent à cette même recherche.

Enfin, l’apport de ces nouvelles technologies dans la pédagogie pose une fois de plus la question de l’aménagement des rythmes scolaires. Il deviendra particulièrement difficile, et ce dès que les enfants sauront utiliser aisément l’outil informatique, de prévoir une plage horaire spécifique à l’utilisation de l’ordinateur, à l’instar d’une séance plus traditionnelle. Comme l’indique Guy Pouzard, Inspecteur Général de L’Education Nationale et auteur d’un rapport sur le multimédia à l’école, il faudra alors entamer une réflexion sur la modification des formes de travail, particulièrement en ce qui concerne les rythmes scolaires. L’une des solutions envisageables et applicables dans l’état actuel des choses, est la mise en place, lors des activités d’études dirigées, d’un accès à l’ordinateur pour les élèves désireux de poursuivre un travail commencé.

 
F) Tout ceci est-il bien nécessaire ?
 

L’une des critiques les plus fréquentes que l’on peut rencontrer quant à l’introduction de l’ordinateur à l’école concerne l’aspect nécessaire ou non de ce nouvel outil. Il est en effet légitime de se demander si, à l’heure où l’école manque de livres dans ses bibliothèques, de locaux, d’enseignants, la dépense de plusieurs milliards de francs pour équiper les écoles en ordinateurs est réellement opportune. Ces critiques, voire ces craintes peuvent être levées par l’apport d’une bonne information et d’un apprentissage simple et raisonné des possibilités offertes par l’outil.

De par sa nature, l’école a pour mission d’offrir à tous les enfants les mêmes chances de devenir citoyen et acteur de la société. Qu’on l’admette ou non, de plus en plus d’enfants aujourd’hui n’ont pas les moyens d’accéder chez eux aux avantages que peut procurer l’ordinateur. En mettant à disposition de tous les élèves la possibilité d’utiliser l’outil informatique, l’Ecole contribue à réduire la différence d’opportunités liées aux inégalités sociales. Comme le souligne Guy Pouzard, " l’Ecole [...] doit offrir à tous les mêmes possibilités de préparation aux nouvelles formes de travail et d’accès aux nouveaux supports de la connaissance et du savoir ".

L’utilisation de l’outil informatique joue également un grand rôle au plan de la motivation des élèves. Il semblerait en effet que les enfants se sentent plus responsables et plus soucieux de la qualité du travail réalisé sur l’ordinateur. Dans le cadre d’un travail qui a vocation à être présenté sur le réseau Internet, les enfants sont sensibles aux messages et commentaires venant du monde entier. Enfin, il a été constaté un grand intérêt pour l’outil multimédia de la part d’élèves en difficultés scolaires, et qui jusque-là étaient réfractaires aux méthodes " traditionnelles " d’enseignement. Même si cet engouement n’est pas généralisé, un travail approfondi à partir de l’outil multimédia peut ramener ces élèves vers des méthodes plus " classiques ", bien que complémentaires.

Les nouveaux réseaux de communication électronique ont également vocation à briser l’isolement dans lequel certaines écoles, notamment rurales, sont confinées. Des écoles à classe unique, à l’instar de l’école de Piquecos, dans le Tarn-et-Garonne, acquièrent une notoriété nationale et internationale par la qualité et le sérieux de leur travail, présenté sur Internet. De plus, les écoles qui sont présentes sur Internet participent au développement de notre langue et de notre culture sur le réseau des réseaux. A une époque où l’on craint une hégémonie de la culture anglo-saxonne dans de nombreux domaines, surtout celui de l’informatique, Internet permet un rééquilibrage culturel certain.

Enfin, l’ordinateur offre de nombreuses possibilités de travail aux élèves hospitalisés, qui peuvent ainsi rester plus facilement en contact avec le monde éducatif, et aux élèves handicapés ; Stephen Hawkins, cet astrophysicien qui, paraplégique, communique à l’aide d’un ordinateur, en est un exemple frappant.

 

  1. DES EXEMPLES D’UTILISATIONS DE L’ORDINATEUR EN CLASSE
 

A) Utilisation du traitement de texte au CE2

Lors d’un stage dans une classe de CE2, j’ai pu observer des enfants utiliser le traitement de texte afin de " mettre au propre " un texte.

1) Séance type Conditions d’enseignement :

- environ 25 élèves de début de cycle 3

- par groupe de six, un élève à tour de rôle devant l’ordinateur, aux côtés d’un autre élève

- moment : durant l’étude dirigée

- temps : environ dix minutes par enfant

Matériel nécessaire :

- logiciel : Word Pad

- une imprimante

Objectifs principaux :

- mise au propre d’un texte court

- renforcement des acquis concernant le traitement de texte

Déroulement :

Après avoir rédigé la suite d’un texte au brouillon, les enfants le dactylographient grâce au traitement de texte, puis l’impriment.

 

      1. Observations
 

Malgré le peu de temps que j’ai pu avoir à passer dans cette classe, j’ai eu l’occasion de voir comment des enfants de début de cycle 3 pouvaient utiliser l’outil informatique.

Ayant au préalable étudié une petite nouvelle, les enfants avaient pour tâche dans un premier temps de rédiger une suite à ce texte. Puis, après diverses corrections, les élèves pouvaient enfin taper leur texte et le sortir sur imprimante. L’objectif final étant de composer un panneau mural avec la mise bout à bout des textes ainsi rédigés.

Il convient de préciser avant tout que les enfants de cette classe avaient souvent l’occasion de se familiariser avec l’ordinateur. J’ai pu constater, après un rapide sondage, qu’environ 80% d’entre eux avaient ou pouvaient avoir accès peu ou prou à un ordinateur en dehors du temps scolaire. L’utilisation la plus courante qu’ils en faisaient concernait les cédéroms à caractère ludique ou culture.

Au début, les enfants se contentaient d’utiliser des caractères simples (" Times New Roman ", taille dix). Leurs textes, composés en moyenne de deux lignes, étaient généralement tapés en dix minutes. Dans l’ensemble, ils réussissaient cet exercice avec sérieux et application, évitant de se déconcentrer de leur tâche. Certains enfants avaient déjà de bonnes notions du traitement de texte et de certains mots-clés tels " fichier ", " imprimer ", ou de l’utilisation courante de l’ordinateur, tel le fait de laisser sécher quelques secondes le texte sorti avant de le récupérer. D’autres connaissaient certaines règles typographiques, tel l’espacement nécessaire après une virgule...

Toutefois, les enfants étant encore en situation d’apprentissage, des problèmes subsistaient, notamment l’utilisation de caractères spéciaux comme l’accent circonflexe, l’apostrophe ou le point. Je pense que ceci est lié au fait que la frappe de ces caractères nécessite une phase en deux temps (pour l’accent circonflexe), l’usage de la touche majuscule (pour le point), et que certaines touches peuvent afficher plusieurs caractères selon les cas. C’est donc par un travail répété d’appropriation de l’outil et de ses caractéristiques que l’élève peut arriver à en maîtriser les fonctions.

D’autres petits problèmes sont liés au mode de travail par groupe de deux. Le matériel mis à disposition étant restreint (trois ordinateurs équipés), les enfants allaient à tour de rôle par groupe de six taper leur texte, deux enfants travaillant par ordinateur.

J’ai remarqué en effet que parfois, les enfants travaillant à deux sur un ordinateur tapaient le texte à deux, au lieu de l’un après l’autre. De plus, certains élèves avaient tendance à vouloir saisir un texte à la place de celui qui devait normalement le faire. Ceci était vrai notamment dans le cas d’un élève ne tapant pas son texte assez vite au goût de son camarade. De même, toujours dans cette éventualité, un enfant ayant déjà saisi son texte finissait par se désintéresser du travail du suivant.

Toutefois, même si cette forme de travail par deux pouvait dans ce cas précis s’avérer préjudiciable, il s’avère qu’elle permettait surtout un meilleur roulement des passages des enfants devant l’ordinateur, et une certaine entraide entre un élève habitué à utiliser le traitement de texte et un élève novice.

 

    1. Utilisation d’un logiciel de PAO en classe de CM1-CM2
 

Les observations qui suivent ont été faites lors d’un stage dans une classe de CM1-CM2, et donnent un petit aperçu du travail qui peut être réalisé par des élèves grâce à un logiciel de Publication Assistée par Ordinateur.

1) Séance type

Conditions d’enseignement :

-17 élèves de cycle 3 (CM1 et CM2)

-trois groupes (un enfant devant un ordinateur)

-deux salles communiquantes

-temps : une heure et demie (une demi-heure par groupe)

*un groupe en informatique

*un groupe en " fiche lecture "

*un groupe en travail autonome

Matériel :

-un cahier informatique par élève

-une disquette par enfant

-logiciel " Publisher "

-une imprimante

Objectifs :

-découvrir et utiliser un logiciel de PAO

-saisir un texte et insérer une image

Compétences :

-connaissance du clavier

-connaissance de la typographie, de ses règles

-manipulation de la souris

Déroulement :

Pendant que deux groupes travaillent en autonomie à d’autre tâches un groupe occupe les ordinateurs. Sous Publisher, les élèves ont à définir une zone dans laquelle saisir un texte, puis une autre zone dans laquelle insérer une image, et enfin d’imprimer le résultat avant d’enregistrer leur fichier sur une disquette.

.

      1. Observations
 

La tâche demandée nécessitait l’utilisation de plusieurs compétences. Les élèves devaient dans un premier temps lancer le programme, puis, dans un nouveau fichier, estimer la taille du cadre qui allait accueillir le texte, créer ce cadre après avoir sélectionné l’option " traitement de texte ", et enfin saisir le texte fourni par l’enseignante avant de le mettre en forme en agrandissant ou en réduisant la police de caractères, et de corriger les éventuelles erreurs d’orthographes.

Comme nous l’avons déjà vu, la saisie d’un texte sous traitement de texte demande l’observation de certaines règles, que l’on retrouve d’ailleurs sous toute forme écrite. Le texte à saisir comprenant du dialogue, il incombait aux enfants, entre autre, d’appliquer les règles propres à ce type de discours, à savoir l’usage de tirets, de guillemets, ainsi que le retour à la ligne. Ce dernier critère, obtenu grâce à la touche " entrée ", et l’utilisation de la touche de tabulation permettait également de séquencer le texte en paragraphes.

Cette première phase achevée, les élèves devaient créer un nouveau cadre destiné à recevoir un dessin, sélectionner sous la rubrique " clip-art " un motif puis, soit ajuster celui-ci au cadre, soit ajuster le cadre au motif.

Enfin, après avoir imprimé leur travail, les élèves devaient sauvegarder celui-ci dans un fichier de leur disquette, puis quitter le programme.

Ce travail de découverte n’a dans l’ensemble pas posé de problèmes sérieux, la principale difficulté venant de la manipulation liée au choix d’un motif pour illustrer leur texte. Les élèves étaient là aussi intéressés par leur travail, et s’appliquaient à le réussir. Une minorité avait du mal à maîtriser aisément la souris, et à ajuster le cadre au texte ou inversement. Le choix des motifs pouvait en revanche paraître quelque peu singulier. En effet, les élèves ne semblaient pas réellement tenir compte du thème abordé (le texte évoquait un empereur et une impératrice), et choisissaient tout simplement le motif qui leur plaisait (avion, animal...).

Cette séance fut suivie le lendemain d’un retour sur la découverte par les élèves de Publisher. Les élèves avaient à évoquer les différences avec d’autres logiciels (" on peut insérer une image plus facilement "), et à rappeler les étapes à mettre en œuvre pour l’exécution du travail demandé (cliquer sur l’icône de traitement de texte, créer un cadre, etc.). Après avoir réécris ce qu’ils avaient fait, les élèves devait reproduire sur l’ordinateur de la classe tout ou partie de leur travail dans la salle informatique, afin de se perfectionner.

Ce premier travail sous un logiciel de PAO avait pour but de préparer les enfants à la création d’un site Web présentant leur école, ses activités et l’histoire de leur ville. Ce projet, bien que non achevé pour l’instant, se construit jour après jour, les futures pages Web, créées grâce à Publisher, étant agrémentées au fur et à mesure notamment des nouvelles informations sur leur ville recueillies par les enfants. Ce travail implique un réel effort de recherche de la part des enfants, et la perspective que leur travail puisse être contemplé par tout un chacun n’en rend que celui-ci encore plus motivant.

 
C) Et l’école maternelle ?

 

Les propos qui suivent sont déterminés par les observations que j’ai pu faire lors d’un stage de quinze jours dans une classe de petite et moyenne section. Lors de mon arrivée dans cette classe, j’ai constaté qu’il s’y trouvait un ordinateur assez récent, qui était arrivé peu auparavant. Le maître qui m’accueillait me confessait qu’il ne savait pas vraiment l’utiliser, faute de formation adéquate. J’ai alors décidé de préparer quelques activités destinées à initier les enfants à cet outil.

 

1) Séance n°1

 

Conditions d’enseignement :

-25 élèves de cycle 1 (petite et moyenne section)

-un élève à tour de rôle devant l’ordinateur, aux côtés de l’enseignant

-moment : après la sieste, lors des activités autonomes

-temps : environ 3 ou 4 minutes par enfant

Matériel nécessaire :

-logiciel : Publisher

-une imprimante couleur

Objectifs principaux:

-Familiariser les enfants avec l’outil informatique.

-Découverte de certaines possibilités de l’ordinateur

Objectifs secondaires :

-Dessiner à partir d’un support donné et choisi par l’enfant, à savoir une image de type " clip art "

-Préciser sa pensée et son souhait, adopter un choix original par rapport aux autres

Compétences nécessaires :

-Aucune touchant le domaine informatique.

Déroulement :

Le maître fait défiler toute la collection d’images contenues dans le logiciel Publisher. L’enfant choisit alors une image. Le Maître imprime, puis confie le dessin obtenu à l’enfant avec pour tâche de le compléter par les éléments de son choix, à l’aide de crayons feutre.

 

      1. Observations
 

Répondant à une demande de certains enfants qui désiraient " jouer " avec l’ordinateur, j’ai agi dans la plus grande improvisation pour élaborer une activité. J’ai donc décidé d’offrir à ces enfants une première approche des possibilités de l’ordinateur.

J’ai lancé le programme Publisher, fourni avec l’ordinateur, puis je suis allé sous la rubrique Clip-art, une base de données regroupant un nombre assez conséquent d’images. J’ai alors demandé aux enfants de choisir un thème, puis un dessin. J’ai sélectionné le dessin choisi, puis je l’ai imprimé, avant de donner la feuille à l’enfant en lui demandant de dessiner autour du motif imprimé.

Les séances, que j’ai organisées lors des activités autonomes, ont connu un certain succès. Il m’a fallu à de nombreuses reprises rappeler aux enfants qui se pressaient devant l’ordinateur qu’ils devaient attendre leur tour. J’ai pu noter toutefois un vif intérêt de la part des enfants dans l’ensemble pour ce nouvel outil. Les choix qu’ils formulaient quant au dessin étaient, en fonction des enfants, plus ou moins originaux. J’ai dû en effet de temps en temps insister pour qu’un enfant ne choisisse pas systématiquement le même dessin que le prédécesseur. D’une manière générale, les enfants étaient spontanément demandeurs de nouveaux motifs, support d’un coloriage ultérieur.

Toutefois, l’un des problèmes de ce type d’activité est qu’il nécessitait la présence d’un adulte, et que les enfants, lors de cette première séance, n’ont pas manipulé par eux-mêmes l’ordinateur.

Cependant, je pense qu’il s’agissait là d’une première approche qui avait pour but premier de montrer aux enfants ce que l’on pouvait faire avec un ordinateur, que ce nouvel outil " magique " avait un certain fonctionnement, et que certains termes propres y étaient liés (" écran ", " souris ", " imprimante "). Afin de désamorcer une certaine vision animiste de l’objet, j’ouvrais de temps à autres le capot de l’imprimante lors d’une impression, afin de donner une idée aux enfants sur la manière dont un dessin " sortait " de la machine, tout en leur rappelant que les dessins choisis ne devaient pas être trop grands, le cas échéant, il ne resterait bientôt plus d’encre dans l’imprimante pour sortir d’autres dessins.

 

Au bout de quelques séances, j’ai senti que les enfants souhaitaient manipuler eux-mêmes l’ordinateur. J’ai alors utilisé le logiciel Paint, puis esquissé un dessin que les enfants devaient remplir, à l’aide de la touche " remplissage de couleurs " du logiciel et en manipulant la souris avec précision, puis imprimer.

 

3) Séance n°2

 

Conditions d’enseignement :

-25 élèves de cycle 1 (petite et moyenne section)

-Un élève à tour de rôle devant l’ordinateur, aux côtés de l’enseignant

-Moment : le matin, après le regroupement, ou après la sieste, dans le cadre des activités autonomes et dirigées

-Temps : entre cinq et dix minutes selon l’enfant

Matériel nécessaire :

-Logiciel : Paint

-Une imprimante couleur

Objectifs principaux:

-Faire manipuler l’ordinateur par l’enfant une première fois

-Travail de la motricité fine par la manipulation de la souris

Objectifs secondaires :

-Fixer son attention sur un travail donné

-Choisir et nommer avec précision des couleurs différentes et les éléments d’un dessin

 

Compétences nécessaires :

-Connaissance des couleurs

-Connaissance du vocabulaire propre au dessin proposé

Déroulement :

A partir d’un dessin élaboré à l’aide de formes diverses, et vide de couleurs par le Maître, celui-ci propose aux enfants de remplir les différentes parties du dessin avec des couleurs, à l’aide de la fonction " remplissage " du logiciel Paint. Les enfants doivent donc choisir oralement une couleur, manipuler avec précision pour cliquer sur cette couleur, choisir la partie du dessin à colorier, amener le curseur sur cette partie, et cliquer dessus. Le dessin est ensuite imprimé.

Exemple d’image ci-dessous

      1. Observations
 

L’un des premiers problèmes auquel les enfants ont été confrontés était lié à la manipulation de la souris. Celle-ci n’étant pas d’emblée aisément utilisable avec précision par un adulte inexpérimenté, l’est encore moins pour des enfants, car la souris de type standard livrée avec tout ordinateur n’est pas conçue a priori pour être manipulée par de petites mains.

De plus, j’ai pu remarquer que les enfants avaient parfois du mal à garder la souris stable tout en cliquant. Il pourrait être intéressant, pour les élèves qui éprouvent le plus de difficultés à manipuler la souris, de faire l’acquisition d’une souris spécialement adaptée, qui se présente sous la forme d’une grosse boule et d’un ou deux boutons.

J’ai pu observer dix-huit élèves à l’œuvre, dont six enfants de petite section. J’ai focalisé mon attention sur certains points : le besoin par l’élève d’être aidé (principalement pour guider la souris), l’utilisation d’une main ou des deux, l’usage de la main droite ou gauche, et les éventuelles bavures commises par les élèves.

Ainsi, j’ai remarqué que les deux-tiers des élèves n’avaient pas besoin d’aide pour manipuler la souris, le tiers restant se partageant entre ceux qui n’avaient besoin d’être guidé que pour débuter, et ceux pour qui cette aide était constante du début à la fin. La moitié des enfants arrivaient à n’utiliser qu’une seule main, qui était d’ailleurs souvent la main gauche. Je pense que ceci s’explique par un phénomène d’imitation du camarade précédent, car les cinq enfants à se servir de cette main sont passés les uns à la suite des autres. Enfin, la moitié des élèves ont réussi à colorier leur dessin sans faire une seule bavure, deux enfants n’en ont commis qu’une, et sept en ont fait plusieurs. J’ai par ailleurs noté d’autres éléments assez intéressants concernant les difficultés que pouvaient rencontrer les enfants.

Ainsi, quelques enfants éprouvaient des difficultés à manier la souris avec précision. Certains appuyaient sur les deux boutons en même temps, d’autres faisaient des mouvements brusques et avaient besoin d’être guidés pour placer le curseur sur de petites parties telle la palette des couleurs. Pour l’un d’entre eux j’ai même dû cliquer à sa place pour choisir la couleur, tant il avait du mal à se débrouiller seul. J’ai noté chez cet enfant un certain manque de précision dans la manipulation de la souris, ce qui nécessitait de ma part de nombreuses aides au guidage. De même, cet enfant, au lieu de nommer la couleur, me la montrait du doigt à l’écran... Enfin, à la question " Quelle partie de la maison souhaites-tu colorier ? ", l’enfant me répondait par une couleur... On peut voir ainsi que les mises en situation que permet l’ordinateur peut aider à déceler chez l’enfant certaines lacunes, tant au plan de la motricité que du langage.

Dans l’ensemble, j’ai pu noter qu’à de très rares exceptions, les enfants étaient très motivés par ce travail. Seule l’une d’entre eux, par ailleurs benjamine de la classe, n’a pas achevé son travail. Les enfants soutenaient leur attention devant l’ordinateur et s’appliquaient quasiment tous à leur tâche. Bien qu’ayant parfois du mal à définir les couleurs et à différencier les tons, ils nommaient les couleurs avant de les choisir, et de même que la partie du dessin qu’ils s’apprêtaient à colorier. Enfin, fait intéressant, l’élève la plus à l’aise avec l’outil possédait déjà un ordinateur chez elle, et était donc habituée à le manipuler.

 

      1. Quel intérêt pour les enfants ?
L’accomplissement de ce premier travail a dégagé à mon sens plusieurs intérêts.

* Intérêt premier : Les enfants acquièrent un nouveau savoir-faire. Ils appliquent une nouvelle technique avec un désir de produire quelque chose de bien fait. " C’est bien. On ne dépasse pas. " (Khachayar, cinq ans).

* Intérêt second : Les enfants réinvestissent le savoir-faire pour dominer la technique et progresser, afin d’être à même de se servir du logiciel " Paint " de façon autonome. Depuis mon stage, Thomas, élève de Moyenne Section, est désormais capable de faire son dessin, de le corriger, de faire le tirage à l’imprimante sans aucune aide. L’enfant doit enfin être capable d’aider un camarade en difficulté.

* Intérêt éducatif : Les enfants apprennent à se concentrer sur une tâche et à la mener à son terme. Un autre intérêt se dégage sur le plan de l’Education civique. Les enfants doivent respecter celui qui travaille à l’ordinateur en apprenant à attendre son tour, respecter le matériel qui leur permet de travailler, ainsi que le travail produit.

Enfin, la production de dessins (via l’ordinateur ou non), entraîne un commentaire de l’enfant sur son travail, un savoir faire et une exigence des procédures à mettre en œuvre, une chronologie des actions, et une nécessité de la maîtrise de soi, particulièrement de la motricité fine dans l’écriture ou la manipulation de la souris. Je pense qu’en confrontant les enfants à l’outil informatique à plusieurs reprises, ceux-ci ont pu au fur et à mesure donner du sens à ce qu’ils découvraient. Lors de leur première mise en situation, ce que je leur montrais n’avait pas de sens pour eux. C’était la découverte d’un nouvel outil qui venait d’arriver dans la classe, dont il fallait leur expliquer le fonctionnement et l’usage, même si certains enfants possédaient un P.C. chez eux. Pour les autres, c’était quelque chose de magique. Voici les commentaires des enfants à ce sujet :

" On fait des choses dedans la télé (le moniteur), on les fait sortir par la petite machine (l’imprimante). La souris sert à faire bouger la petite flèche de la télé. On peut faire des dessins. Le maître le met et nous, on les colorie " (Thomas, cinq ans). Au fur et à mesure, les enfants saisissaient mieux ce que représentait l’ordinateur et ce qu’ils pouvaient en tirer, pour finalement être à même de produire seul un dessin. " On peut faire un dessin comme sur le papier et même mieux " (Thomas, cinq ans).

 

CONCLUSION

 

Il apparaît clairement qu’aujourd’hui, l’outil informatique a bel et bien sa place au sein de la classe, au même titre que les autres supports pédagogiques. C’est un outil transdisciplinaire qui peut être utilisé dans diverses activités. Les possibilités qu’il offre permettent un travail pédagogique, qui jusqu'à présent ne semblait réservé qu’aux plus " initiés " des enseignants. De nombreux projets d’école peuvent désormais être conduits (l’élaboration d’un site Internet), ou tout du moins facilités (correspondance scolaire, journal d’école ou de classe...).

De même, il est légitime de penser que cet outil jouera un rôle important dans le développement de l’autonomie de l’élève, et de sa capacité à choisir le support adéquat susceptible de l’aider à accomplir une tâche précise.

Toutefois, une utilisation active et pertinente de l’outil informatique n’est pas chose aisée. Certains problèmes doivent encore être réglés, telle la formation des enseignants, et des réflexions fondamentales restent à approfondir, notamment la question de la place réelle de l’ordinateur dans une classe, ou la question de la gestion du temps par exemple.

Outil de production comme de communication, il se doit d’être maîtrisé par les élèves, qui seront de plus en plus amené à l’utiliser, tant au plan personnel qu’au plan professionnel. Il appartient donc à l’école, dans un souci d’égalité des chances, de permettre à tous les élèves d’accéder aux nouvelles technologies de la communication et de l’information.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

VERSINI, Anny et Jean-Marc, Ordinateur et pédagogie différenciée, Paris, Nathan, coll. Les pratiques de la pédagogie, 1996

 

LEFEBVRE, David, Pratiques de l’informatique, Paris, Nathan, coll. Les pratiques de la pédagogie, 1994

 

BERTRAND Françoise, " Une expérience informatique en Maternelle ", in La revue de l’EPI n°87 pp 119-124

 

MARTIN Thérèse, " Hypermédias ludo-éducatifs et apprentissages des jeunes utilisateurs ", in La revue de l’EPI n°88 pp109-119

 

BRETON Philippe, " Démagogie électronique ", in Libération du 24/10/97, cahier multimédia pp VI

 

SABATIER Patrick, " Parents apeurés cherchent Net nettoyé ", in Libération du 12/12/97, cahier multimédia pp.V

 

Cahier multimédia in Libération du 23/01/98

 

Rapport officiel de l’Inspection Générale de l’Education Nationale sur l’utilisation du Multimédia dans les enseignements,chap.5, présenté par M.Guy POUZARD, Inspecteur Général de l’Education Nationale.

 

CONFERENCES

(Ces conférences ont été organisées par l’Espace Mendès-France de Poitiers dans le cadre d’un cycle dédié aux nouvelles technologies de la communication et de l’information ; les communications n’ont pas été publiées à ce jour).

 

La documentation au service de l’acte d’apprentissage à l’heure d’Internet., par M.Jean-Louis DURPAIRE, Inspecteur d’Académie, directeur du C.R.D.P., (29/01/98)

 

L’accès au savoir dans les documents électroniques : mythes et réalités., par M.Jean-François ROUET, chargé de recherche au C.N.R.S. " Laboratoire langage et cognition " de l’Université de Poitiers (17/02/98).

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