LES TERRASSIERS DE LA KARDUNG-LA   
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KardungLa - 5602m
La KardungLa est la passe qui mène à la dernière vallée au nord de l'Inde, dernière enclave entre la Chine et le Pakistan. Haut lieu stratégique pour l'armée indienne, la KardungLa est depuis plusieurs années la route motorisable la plus haute du monde ... ouverte 365 jours par an : un enfer pour les 300 jeunes terrassiers qui la contruisent et reconstruisent tous les jours.
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7 militaires vivent en haut de la passe toute l'année, par des températures qui descendent fréquemment à -45¡ -50¡.
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Les terrassiers vivent dans de simples tentes au milieu de la glace, la seule chaleur qui les fait vivre semblant être celle des barils de goudron enflammés qui jalonnent la route.
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pkard3.jpg (16430 bytes) La présence de ces jeunes hommes (parfois adolescents) donne au paysage son aspect véritablement inhumain. pkard12.jpg (10722 bytes)
La plupart des jeunes Indiens qui travaillent là n'ont rien pour se protéger du soleil ; rien non plus pour éviter d'inhaler toute la journée les vapeurs de goudron. On leur a distribué de grosses bottes courtes ... la même taille pour tout le monde, ce qui donne au adolescents une allure de clowns. Avec le goudron qui se solidifie sur leur combinaison, certains font penser aux oiseaux piégés par les marées noires.

La montée vers la passe s'apparente en quelque sorte à une progression lente vers un terrible huis-clos ... où les ouvriers qualifiés et organisés du bas de la route semblent insensiblement se transformer au fur et à mesure de l'altitude en jeunes esclaves hagards piégés à l'absurde de leur labeur.
Les premiers ont 30 ans en moyenne ; les derniers, accroupis le long de la route à ramasser des graviers, ne sont que des adolescents.

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27 septembre 1998

A 10h00 du matin, il fait encore -15¡ à la passe. Montant en voiture vers la vallée Kardung, on tombe nez-à-nez avec ces hommes.

pkard5.jpg (11695 bytes) L'impression d'être dans la voiture lorsque ces hommes se sacrifient précisément pour que roulent des véhicules est particulièrement désagréable. Pourtant, leur univers dégage une atmosphère qui est plus fascinante que terrible (dans ce que ce mot peut avoir de simple).
On sent au plus profond de soi l'obligation de s'arrêter une heure ou deux ... histoire de parler.
Le travail continue, mais pourtant de nombreux Indiens viennent vers nous : un dialogue s'improvise. Assez incroyable car personne ne se comprend, et pourtant, en jonglant avec les noms propres et les chiffres (seul vocabulaire anglais connu par tous les Indiens), le dialogue progresse pendant près de deux heures.

On apprend qu'ils viennent tous de la région du Bihar, une des parties les plus peuplées et les plus pauvres d'Inde, coincée entre Bénarès et Calcutta. Ils ont donc grandi dans une des régions les plus humides et moites, pour se retrouver ici dans un univers de glace et d'altitude. La quasi totalité sont des anciens enfants de la rue de Patna (capitale du Bihar). Ils travaillent pour une durée de 10 mois normalement, et pour un salaire de 45 roupies par jour (1 $US) ; puisqu'ils ne peuvent rien dépenser à la KardungLa, ils ont la profonde fierté de devenir riche.

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