LE SIDA


Avec le syndrome d'immunodéficience acquise, on confine aux sommets de la fantasmagorie médico-scientifique. Sommets dans l'incohérence d'une théorie bien obligée de se greffer toujours des amendements (mutations du virus, cofacteurs flous, co-serrures... ), sommets dans la course aux publications dont la masse n'a d'égal que la stérilité, sommets dans l'art d'entretenir l'angoisse dont l'écho résonne dans une médiatisation tous azimuts. L’information préventive a même des relents de propagande, bien dans l'esprit de cette nouvelle étoile jaune de fin de siècle. Reste heureusement le témoignage interpellant de tous les survivants à long terme (et dont le terme s'allonge parallèlement à la persistance du dogme !), les chercheurs de plus en plus nombreux qui remettent en cause la théorie... et l'espoir d'une démystification qui serait-elle aussi médiatisée.

Le lecteur désirant approfondir ce sujet peut lire la brochure qui lui est consacrée (n° 92 de novembre-décembre 92. Voir la rubrique LIENS, Sida et Santé) car nous n'en reprendrons ici que les grandes lignes. Ce qu'on appelle sida n'est pas une maladie précise mais un cocktail d'affections qui lui préexistaient et dont l'explication serait dans la déficience de notre défense immunitaire. Un système que nous avons déjà abordé dans la 4ème loi biologique et qui reviendra dans le chapitre suivant. Au regard des lois biologiques, il faut d'abord distinguer un conflit de base de tous les autres subséquents.

Le conflit de base se trouve dans les réponses à ces questions : quel est l'impact sur le psychisme d'un individu quand il apprend qu'il est séropositif ? Qui se croit soudainement condamné à mort tout en ignorant le terme exact ? Qui en plus peut en entraîner d'autres vers le même sort ? Qui doit renoncer à la pratique naturelle et spontanée des rapports intimes ? Qui est sans cesse médicalisé et mis à l'écart par la société ? Lui seul peut répondre à ces questions mais l'écoute des séropositifs révèle toujours une détresse, peu ou fortement exprimée. Une détresse qui oscille, avec la diversité des réactions propres à chaque cas, entre un repliement sur soi désespéré et une résignation assumée mais avec le sentiment d'une épée de Damoclès suspendue au-dessus d'eux (ce que nous appellerions un conflit en balance et prêt à se réactiver à la moindre occasion). Plutôt que d'un conflit spécifique, on devrait parler d'un ressenti qui peut prendre plusieurs colorations : vécu de se sentir amoindri, limité, handicapé, déstructuré (conflit de dévalorisation) ; vécu de se sentir contaminé, souillé, sali (conflit d'atteinte à son intégrité) ; vécu de peur, d'insécurité, de menace (conflit de peur) ; vécu de rejet, d'isolement (conflit de séparation)...

La suite obéit tout autant à la loi d'airain pour comprendre l'apparition des affections et aux autres pour en décoder les symptômes. Le cercle vicieux et surtout l'impact iatrogène sont plus que jamais au rendez-vous car si un séropositif ne fera jamais que les maladies consécutives à ses conflits (tout comme un séronégatif), ces maladies sont ici potentiellement l'occasion de nouveaux conflits. Et le toujours inexplicable passage de la simple séropositivité à la "maladie installée" repose le plus souvent sur le vécu du diagnostic : après des mois ou des années de séropositivité assumée sans trop de difficulté, on peut vivre un conflit quelconque qui se répercutera sur le corps, conformément aux lois biologiques. Si le lien avec la séropositivité est établi par l'homme de science et pris pour argent comptant par le patient, l'épée jusqu'alors suspendue le transperce et c'est le commencement d'une fin qui peut survenir en très peu de temps.

Cet "engrenage" est analogue à celui du cancer. La présence d'une nouvelle tumeur s'explique très bien en tant que métastase de la tumeur mère (qui elle car contre n'est pas expliquée... ) et ce diagnostic d'extension du cancer provoque un nouveau conflit. De même, une pneumonie chez un séropositif qui a surmonté un ressenti de mort suite au décès d'un ami ne sera pas seulement une pneumonie mais la manifestation d'une aggravation de sa maladie ; d'où rechute conflictuelle. Bref, deux poids et deux mesures - dans le diagnostic, le pronostic et le traitement - suivant que l'on ait déjà eu ou non une tumeur ou des anticorps préalables...

Dans l'évolution malheureuse des patients séropositifs, beaucoup de leurs histoires sont comme des spirales infernales dont il n'est pas facile de sortir. Sans compter avec les conflits qui ont pu précéder le lourd diagnostic, celui-ci suffit souvent pour amorcer cette spirale ; commencent alors les conflits de dévalorisation, de peur, de séparation etc. Et si un conflit se résoud, c'est le risque de voir les symptômes de guérison interprétés comme un signe du mal et d'engendrer le cercle vicieux par une réactivation du conflit. Il y a ensuite tous les conflits que peut vivre dans notre société actuelle, un individu muni d'une telle carte d'identité médicale : avec toujours le même danger de cercle vicieux chaque fois qu'un de ces conflits se résoud. Et entre-temps la vie continue aussi indépendamment du sida, c. à d. avec les conflits de tout un chacun ; mais ici encore, les conséquences organiques de ces conflits ou de leur résolution peuvent être dramatiquement interprétés et accentuer la spirale. En fin de compte, c'est l'accumulation, la persistance et l'enchevêtrement de tous ces conflits à divers stades (c. à d. conflits actifs déjà difficiles à vivre + phases de réparation souvent pénibles à endurer et risquant de maintenir le cercle vicieux) qui acheminent progressivement l'individu vers ses limites personnelles de survie...