LA SCLEROSE EN PLAQUES


Ce diagnostic a une réputation tout aussi épouvantable que celui de cancer ou de sida, d'où sa relecture indispensable à la lumière des lois biologiques. A l'origine de la sclérose en plaques (CF3), le conflit de se sentir entravé, emprisonné, comporte deux facettes : l'incapacité de subir une situation et l'impuissance à s'en dépêtrer par un comportement approprié, que ce soit dans un sens d'arrangement, de combat ou de fuite. Ces deux aspects (sensitif et moteur) se répercutent sur les aires corticales de la sensibilité et de la musculature volontaire (muscles striés). Les proportions des troubles moteurs et sensitifs varient en fonction de la facette prédominante mais en général, les troubles sensitifs sont moins spectaculaires que les parésies et paralysies de la maladie. Comme pour toute affection, l'histoire est personnelle : être coincé par des dettes insurmontables ou spolié par suite de manœuvres indélicates, se retrouver seule avec un bébé sur les bras et sans guère de moyens d'existence, se sentir contraint de subir une habitation, une relation familiale ou une situation professionnelle vécues comme opprimantes etc. Mais le conflit est toujours le ressenti douloureux typique : "Je ne peux supporter cela et je ne peux y échapper". La localisation des muscles touchés exprime les nuances dans l'impossibilité de réagir : fuir avec les membres inférieurs, repousser avec les membres supérieurs, éviter avec le dos etc.

Dès la solution du conflit, sensibilité et motricité se restaurent mais après une période d'aggravation due à l'œdème cérébral. Cette période est souvent l'occasion du diagnostic et explique le succès thérapeutique de la cortisone. Mais celui-ci n'est possible qu'en 2ème phase et on peut alors comprendre les résultats divers de ce traitement : appliqué en 1ère phase, il provoquera une augmentation des symptômes et si le conflit est en balance, il n'aura pas d'action nette. Plutôt qu'une prescription de routine - et présentée comme la thérapeutique principale dans les seules "poussées" d'une maladie par ailleurs inexorable - cette cortisone peut être utile pour soulager la période d'aggravation ainsi que les symptômes d'hyperfonctionnement de la 2ème phase : démangeaisons, sensations de brûlure et hyperesthésie pour la sensibilité ; tiraillements et spasmes douloureux pour la motricité.

Le problème de la S.E.P. n'est pas seulement dans son conflit initial qui peut présenter tous les degrés d'intensité et de fréquence de restimulations qui sont à l'origine des rechutes. Il se complique d'abord par le risque de cercle vicieux : quand le patient se sentira handicapé par l'augmentation temporaire de ses paralysies, il peut replonger dans son conflit. Mais le plus grave est dans l'impact iatrogène. Dans la réalité des symptomatologies initiales, la différence est énorme entre une très légère boiterie et l'usage de deux béquilles ; mais cette différence tient dans celle des conflits. Par contre le discours neurologique est littéralement insoutenable : une destruction du système nerveux par notre immunité ; une origine inconnue avec une hypothèse combinant des facteurs lointains - et d'autant plus insécurisants - comme l'hérédité et des infections de jeunesse ; l'imprévisibilité dans son évolution et le caprice dans ses manifestations ; l'imprécision dans les rapports entre lésions objectives (les taches à la résonance magnétique qui sont en fait les cicatrices de conflits secondaires de dévalorisation) et les symptômes ; et enfin l'incurabilité à long terme. Un pessimisme encore renforcé par un "soutien" psychologique qui s'articule autour de la nécessité de s'adapter, soi et son entourage, à une invalidité attendue. Tout cela est bien suffisant pour enraciner et amplifier un conflit qui devient alors insoluble car la garantie (même lointaine si on a la chance d'être classé dans une forme lente de la maladie) de la chaise roulante ravive le ressenti d'une situation insupportable et qu'on ne peut désormais plus fuir