DEUXIEME LOI : LES DEUX PHASES DE LA MALADIE

 

La première loi biologique nous a enseigné que la maladie est une perturbation simultanée des trois niveaux - le psychisme, le cerveau et les organes - mais dont l'origine réside dans un choc émotif. La "loi des deux phases de la maladie" va introduire la notion de réversibilité dans cette triple perturbation : dès que le conflit est résolu, la zone du cerveau qui était touchée va se réparer et cette reprise d'activité cérébrale normale va entraîner la restauration de l'organe malade. C'est donc ici la deuxième partie de la maladie, celle qui est en fait la phase de guérison. Nous verrons dans le paragraphe suivant comment la troisième loi explique les grandes différences de symptômes que nous rencontrons dans chacune des deux phases mais arrêtons-nous d'abord sur les implications de cette deuxième loi.

La solution du conflit est donc l'élément charnière qui fait basculer naturellement dans un mode de guérison l'ensemble de la triade. Comme dans la première phase qui suit la naissance et l'évolution du conflit, cette solution est d'abord un changement d'ordre psychique et sa coloration subjective revêt tout autant d'importance. Sur un plan concret, elle peut être amenée de multiples façons, du moment qu'elle mette fin à l'état de ressassement qui entretenait le conflit. Si l'on prend par exemple un conflit de devoir se battre, la solution peut être dans la victoire, l'abdication, la fuite, la négociation, la relativisation ou la disparition de fait de l'enjeu etc. ; l'important est que l'individu ne ressente plus le conflit de devoir se battre.

On peut maintenant dépeindre le canevas général de toute affection. La première phase conflictuelle commence dès le début du conflit. Sur le plan psychique, le malade témoigne de son conflit par ses pensées, ses sentiments, ses comportements ; en un mot par son ressenti douloureux et persistant. Son système nerveux est globalement modifié (phase d'orthosympathicotonie) et montre les signes de ce qu'on appelle l'état de stress : il en perdra plus ou moins fort le sommeil, l'appétit, la joie de vivre etc. et aura des symptômes généraux de nervosité. En outre la perturbation d'une zone précise du cerveau provoquera la détérioration de l'organe correspondant à cette zone. LA SOLUTION DU CONFLIT STOPPE L'EVOLUTION DES PERTURBATIONS AUX TROIS NIVEAUX MAIS LA MALADIE COMPLETE NE S'ARRETE PAS POUR AUTANT. A ce stade l'organisme se retrouve avec diverses dégradations et c'est tout aussi spontanément que vont se mettre en route les processus de réparation prévus par la nature bien avant l'avènement de la médecine. Le système nerveux se branche sur un rythme de récupération (phase de vagosympathicotonie, encore appelée vagotonie): sensation de fatigue et besoin de se reposer ; reprise du sommeil et de l'appétit s'ils étaient perturbés, d'une meilleure circulation sanguine etc. Au niveau cérébral, le foyer préalablement atteint va se congestionner et cet œdème peut déjà expliquer plusieurs symptômes propres à cette deuxième phase mais toutes ces modifications cérébrales sont temporaires et le tissu nerveux non seulement reste fonctionnel mais redevient performant : il gère à nouveau l'intégrité des organes correspondants qui vont se réparer. Enfin sur le plan organique, cette autoguérison se traduira par un cortège de symptômes qu'il faut bien savoir décoder.

Cette notion d'autoguérison spontanée après la solution du conflit remet en question la portée réelle d'un traitement médical : le traitement ne vise plus à guérir une maladie mais à accompagner, favoriser, moduler, soulager cette deuxième phase souvent plus inconfortable que la première. Il est donc essentiel de savoir dans laquelle des deux phases de la maladie complète on se trouve pour choisir adéquatement les mesures thérapeutiques. Nous reparlerons plus loin de ces aspects bien pragmatiques de l'"art de guérir".

Insistons encore sur le fait que le passage d'une phase à l'autre ne se réalise uniquement qu'en cas de solution du conflit et ici tous les scénarios sont possibles, Un conflit court et clairement résolu se soldera par une maladie dite aiguë. Mais la solution peut être progressive ou retardée par des restimulations du conflit et ce sera alors des affections fluctuantes ou récidivantes. Ou même chroniques si la reprise du conflit a lieu chaque fois avant la fin de la phase de guérison ; et dans ce cas, les divers symptômes seront fluctuants comme la vie psychique elle-même. Le conflit peut être en balance ou latent, c. à d. peu ou pas actif mais pas vraiment résolu et l'état psychique sera encore toujours l'arbitre de la reprise des dégâts ou de l'amorce de la guérison. Enfin le conflit peut durer de longues années, à condition bien sûr qu'il n'y ait pas une accumulation de plus en plus grave des lésions. Une paralysie par exemple peut persister une dizaine d'années et disparaître progressivement après la solution du conflit. Mais ces récupérations très tardives concernent surtout les pannes fonctionnelles (cf. 3ème loi) des organes. La complexité d'une pathologie sera aussi souvent liée au fait qu'un individu aura fréquemment plus d'un conflit dont l'un peut être encore actif tandis qu'un autre est déjà en solution. La démarche à suivre est toujours la même : prendre en considération les trois niveaux concernés, y opérer des recoupements pour être sûr du stade atteint dans l'ensemble du processus biphasique et prendre des mesures cohérentes avec cette connaissance globale de la maladie.

Si la première phase a été constante (c.à d. sans mise en balance ou en latence) et que la deuxième n'a pas été compliquée de restimulation(s), les durées des deux phases sont équivalentes : par exemple, un conflit de séparation de quelques semaines ou quelques mois sera suivi d'un eczéma persistant respectivement quelques semaines ou mois. Mais n'oublions pas que l'ampleur de la phase conflictuelle n'est pas seulement déterminée par sa durée mais aussi par son intensité : deux paramètres que l'on peut intégrer en parlant de "masse conflictuelle". Pour une période même courte, si l'intensité du conflit a été très forte, la deuxième phase peut se maintenir plus longtemps. Tout se passe comme si le cerveau programmait l'"amortissement"d'une réparation qui sinon pourrait être trop violente.

Nous terminerons cette deuxième loi en reprenant l'allusion aux limites de notre capacité à vivre un conflit et en l'étendant également à la deuxième phase. Ceci débouche sur une réalité parfois dramatique mais dont la compréhension est capitale. Il s'agit de l'ampleur des lésions accumulées pendant la phase conflictuelle et qui déterminera bien logiquement l'ampleur du travail naturel de réparation. Ce travail peut ne pas aboutir à terme pour diverses raisons : la restimulation du conflit, le "surdosage" dû à l'apparition de nouveaux conflits et surtout l'impuissance éventuelle de l'organisme à restaurer des lésions trop avancées. Cette impuissance peut provenir des trois niveaux de la triade psychisme-cerveau-organes : "disjonction" du psychisme qui cessera de maintenir la deuxième phase ; congestion trop forte du cerveau (cf. début de la 3° loi) ; insuffisance "matérielle" du corps à réparer. On comprendra encore mieux en étudiant la troisième loi sur la nature des symptômes en fonction des deux phases. Mais déjà on peut éviter un malentendu sur les termes de "phase de guérison". Au-delà de l'usage des mots, que l'on peut parfois critiquer, la guérison au sens courant - ou la guérison tout court - est bien sûr l'aboutissement heureux de la deuxième phase quand celle-ci est complètement terminée.

Cette précision d'importance est aussi une réponse à une des méconnaissances principales de l'œuvre dans son ensemble. Indépendamment de toute action extérieure, la plupart des décès ont lieu en phase de réparation mais surtout quand le compte à rebours évoqué plus haut a duré trop longtemps et face à une dégradation trop lourde en première phase. Elle permet aussi de saisir l'enjeu du "tact" dans toute communication d'ordre diagnostique et l’intérêt des diverses techniques thérapeutiques pour aider le patient dans chaque phase de sa maladie. Nous reviendrons encore sur cet aspect de la pratique médicale.