Sa virtuosité était extraordinaire et aucune
limite n’entravait son imagination, le conduisant à épuiser toutes les
finesses du jeu -prises en passant, mat grâce à un roque, problèmes
rétrogrades- et de donner des formes géométriques ou d’animaux à ses
problèmes. Il envoyait même à ses amis des cartes de vœux comportant un
problème d'échecs formé de leurs propres initiales!
Comme cela est souvent le cas pour les
problèmistes, il ne fut pas un très grand joueur d’échecs, ce qui lui
permis de s’impliquer dans une multitude d’autres domaines ludiques,
pour notre plus grand intérêt ultérieur.
Après 1870, Loyd se désintéressa, en effet,
progressivement des échecs pour se tourner vers les récréations
mathématiques et les problèmes véhiculés par des prospectus
publicitaires, avec une carrière commerciale affirmée.
Son problème du poney se vendit aussi à des
millions d'exemplaires de même qu’un puzzle à découper qu'il appela
" Le tour des ânes ". Barnum en distribua des millions
d'exemplaires et Loyd en retira rapidement plusieurs milliers de dollars.
Une des créations publicitaires dues à Loyd a
encore du succès aujourd'hui, il s'agit d'un crayon muni à son extrémité
d'une petite boucle en métal qui sert à l'accrocher à la boutonnière de
quelqu'un, qui a ensuite toutes les peines du monde de s'en défaire s’il
en ignore l’astuce.
Précurseur des créateurs de "Scoubidou"
et autres "Jean’s", Loyd adapta également un jeu indou, pour
permettre à une firme commerciale d'écouler un stock de petits carrés de
carton. Il s'agissait d'un jeu, toujours répandu, basé sur la
numérotation binaire, et permettant de "deviner" un nombre choisi
par une personne en fonction des cartons sélectionnés
En 1896, Loyd breveta une remarquable invention mécanique
: "Quittez la Terre " : Treize guerriers chinois figurent sur deux
cercles de carton concentriques et mobiles l’un par rapport à l’autre.
En faisant légèrement tourner le cercle intérieur, on fait disparaître
l'un d'entre eux. Lequel et où est-il parti ? Plusieurs millions de ces
devinettes furent distribuées à titre de publicité en 1896 puis, la
formule étant bonne, en 1897, sous une variante appelée " Le Japonais
disparu ".
Loyd collabora régulièrement à diverses revues ou journaux
avec des rubriques de devinettes, quotidiennes dans le Brooklyn Daily Eagle ,
mensuelle dans le Woman's Home Companion .
Il faut noter que de nombreuses énigmes et
devinettes de l'œuvre de Loyd apparaissent sous une forme identiques dans
les ouvrages de Henry-Ernest DUDENEY(1) (1857-1931),
le célèbre "ludographe" anglais. Il est le plus souvent
difficile de savoir lequel des deux a emprunté à l'autre. Les sources
traditionnelles sont en effet les mêmes et la présentation originale des
deux auteurs, concurrents qui ne s’appréciaient guère, rend parfois
difficile la corrélation des problèmes.
Quand Loyd mourut le 10 avril 1911, son fils
Samuel Loyd Junior continua les rubriques de son père et publia plusieurs
collections des devinettes de ce dernier, la plus complète étant une
monumentale Cyclopedia of Puzzles publiée en 1914. Malgré de
nombreuses erreurs et un manque certain de relecture il s’agit d’une des
plus intéressantes compilations de récréations mathématiques, de rébus,
de devinettes, voire jeux de mots, blagues et épigrammes, jamais éditées.
Cet ouvrage extraordinaire est depuis longtemps épuisé mais de
très larges extraits en ont été publiés, entre autres, par Martin Gardner (2) qui perpétue et met en valeur le coté créatif et
anticonformiste de Loyd, ce que Pierre Berloquin a
qualifié très justement, dans la préface du livre de Gardner, de "désinvolture
foisonnante".
LUDOGRAPHIE :(1) H.E. DUDENEY
The Cantorbury Puzzles, 4ème édition, Dover, 1958
536 Puzzles & Curious Problems, Scribner’s, 1967
(2) M. GARDNER
Les casse-tête mathématiques de Sam Loyd Tomes 1 & 2 Dunod 1965
Les casse-tête mathématiques de Sam Loyd Dunod 1970, réédition en 1
volume
Mathematical Puzzles of Sam Loyd Volumes 1 & 2 Dover
Problèmes et divertissements mathématiques Tome 1 Chapitre 9 Dunod 1964