CHAPITRE 9.
LES REPUBLIQUES ETRUSQUES,
La crise du V° siècle
LES ALLIANCES ET LES CONFLITS.
Nul ne peut dire avec certitude quand apparaissent les républiques. Les seuls indices solides, si l'on peut parler ainsi, reposent sur des arguments ex silentio. Ainsi, quand Hiéron de Syracuse dédie à Olympie les casques pris au cours de la bataille navale qui l'oppose aux Etrusques en 474, il fait inscrire : "Hiéron le Deinoménide et les Syracusains à Zeus, sur les Tyrrheniens devant Cumes". C'est l'"ethnique" général, le nom du peuple qui est mentionné, comme dans toutes les dédicaces que les cités de Grèce propre multiplient tant à Delphes qu'à Olympie. La victoire des Grecs n'a pas été acquise sur un roi, mais sur un peuple, pas sur un chef ou un tyran, mais sur la collectivité considérée comme un "ethnos", c'est à dire positivement, un groupe d'organismes autonomes qui, à cette époque, apparaissent dans le langage grec comme des républiques fédérées. A l'époque des conflits les plus aigus avec Véies, en 428, le "roi" de Véies Lars Tolumnius, dont nous parlent Dion Cassius (XLIV, 4,3) et Tite-Live (IV, 17-20) et qui sans aucun doute est un tyran, et son successeur, qui en 403 restaure un pouvoir personnel (Tite Live, V, 1,3) lui aussi de nature tyrannique, apparaissent comme si exceptionnels, en dépit des conditions dramatiques où la cité se débat, qu'ils sont rejetés, pour des raisons politiques, par les autres cités de la ligue. En fait, partout où des crises graves (comme la guerre de Véies) ne menacent pas directement la cité, le régime qui prévaut est celui qui naît, entre la fin du VI° siècle et le début du V° de l'effacement progressif des tyrannies archaïques devant le système républicain qu'elles contribuent à mettre en place et qui semble répondre aux aspirations de cette classe nouvelle, laquelle n'est certainement ni un démos au sens grec ni une "plèbe" au sens latin, mais plus simplement la frange fortunée ou aisée de ces groupes plus juridiques qu'économiques, intégrée depuis peu, en raison sans doute de sa richesse, au clan, jusque-là très fermé, des gentes aristocratiques.
Le pouvoir théorique appartient certainement à un "conseil" équivalent la boulé des cités grecques, mais plus proche sans aucun doute de la gerousia lacédémonienne ou de l'areopage athénien que d'une assemblée réellement élue. Il y a tout lieu de penser que c'est d'abord le conseil des chefs de géné (l'assemblée des patres) qui constitue cette assemblée et que son élargissement, sa relative ouverture, se fait par l'admission de nouvelles familles beaucoup plus que par l'intégration collective de groupes sociaux entiers. Cette assemblée est attestée avec un parfaite certitude à Tarquinia et à Arezzo, elle est presque certaine à Caere au moment de l'invasion des Gaulois sénons (390 ou 386), elle est assurée au quatrième siècle à Volsinies. C'est l'embryon de ce même conseil qui assistait autrefois les Lucumons dans leurs décisions et permettait d'assurer un certain accord avec l'aristocratie. Il s'agit donc initialement d'une instance consultative qui finit par assumer l'autorité et la légitimité de l'Etat et surtout sa permanence. A Rome le Sénat est toujours nommé avant le peuple : en Etrurie, ces conseils ne sont pas "représentatifs", ils sont l'Etat. Quant au pouvoir exécutif, il est assumé par les magistratures.
C'est annuellement que l'on élit des magistrats. Tite Live en témoigne, même s'il projette dans le tableau politique de Véies des préoccupations de son temps :
Les Véiens... excédés par le retour annuel de la campagne électorale, cause périodique de discorde, élirent un roi. (V, 1).
Ces magistrats forment toujours des "collèges" dont la composition numérique est incertaine. Les zilaq, en qui on veut régulièrement reconnaître des préteurs, sont sans doute plus proches des archontes grecs, lesquels, plus nombreux, ont souvent des fonctions spécifiques. En effet, il semble que, dans chaque cité, le nombre des Zilaq soit toujours supérieur à deux et que, de surcroît, plusieurs soient strictement spécialisés. On connaît ainsi à Vulci quelqu'un qui "zilcti . purtvavcti. " c'est à dire fut le zilaq des Purt, qui sont eux aussi des magistrats. Il s'agit donc d'un magistrat chargé de superviser le travail d'autres magistrats ou de présider leur collège. A Musarna, ce sont deux autres magistrats qui furent "zilc . marunuXva" c'est à dire Zilaq des Maru. Nous sommes cette fois soit dans le domaine de la religion civique dont les Maru peuvent être les gérants, soit dans celui des finances locales. Quant aux "Zilaq eterav" de Tarquinia, mentionnés également dans une inscription où l'on peut lire : zileteraias, ils ont à s'occuper des etera. Nous ne savons pas au juste si ces derniers sont de dépendants, ou peut-être même des étrangers ; le magistrat ferait alors penser au Praetor peregrinus romain et à l'Archonte polémarque qui à Athènes avait charge des métèques. Mais si, comme on commence à le penser, ces etera sont des jeunes, non encore citoyens, mais appelés à le devenir, le zilaq qui en a la charge serait l'équivalent d'un princeps juventis et des magistrats grecs qui président à l'accession normale dans le corps civique. Ces fonctions de magistrats peuvent être gérées plusieurs fois, peut-être même à la suite. Une inscription déjà citée de Tarquinia affirme zilaXnu ciz fut trois fois zilaq. On peut semble-t-il commencer très jeune à exercer ces charges ; ainsi, à Vulci, on connaît un haut magistrat de vingt-quatre ans.

On a observé une considérable quantité d'insignes magistraturaux, cannes, sceptres, bâtons, baguettes, crosses diverses sont autant de signes distinctifs. Mais il est presque impossible de les faire correspondre à une fonction. Il semble même que la forme varie selon les cités et il est nécessaire d'admettre que les compétences et peut-être même les noms peuvent changer. A Tarquinia et à Caere certains magistrats portent ou font porter devant eux une curieuse baguette, très longue, qui en son centre présente comme une petite cage à trois branches. A Chiusi, il ne fait aucun doute que la canne en forme de "r" est un emblème ; à plusieurs reprise cet insigne est en effet porté par de jeunes garçons devant des personnages imposants, certainement des dignitaires et des magistrats.

La crosse, peut-être un lituus (que les lexicographes définissent comme un bâton recourbé sans nœuds) est connue partout mais on voit aussi assez souvent une sorte de pedum qui est un bâton beaucoup moins enroulé et dont l'extrémité s'orne d'un motif plus clair, peut-être métallique. Quant à la canne à pommeau métallique, qui évoque celle dont parlait Tite Live, elle est portée par deux personnages âgés de Caere et apparaît aussi à Chiusi. L'usage du siège pliant, qui sera à Rome la chaise curule et qui n'est autre qu'un meuble d'origine grecque le diphros, est constant ; de jeunes serviteurs la portent en accompagnant les magistrats qu'ils servent et elle apparaît parmi les meubles symboliques et emblématiques de la tombe des reliefs de Caere. Elle est parfois recouverte d'une peau d'animal, une fourrure, dont les franges débordent. Les magistrats enfin sont, comme l'étaient les Lucumons qui exerçaient le pouvoir régalien, précédés ou suivis par des porteurs de faisceaux, les licteurs. Ajoutons un dernier trait à cette évocation de l'appareil du pouvoir; des musiciens, dont l'importance en Etrurie est capitale, accompagnent les magistrats, mais il semble qu'il existe de véritables musiques "spécialisées" selon les magistratures et les circonstances, comme il y a tout un répertoire de sonneries pour les cérémonies militaires. Tandis que le cor (cornu) n'apparaît que dans l'accompagnement des fonctions à la fois politiques et militaires, celles qui sont de même nature que le consulat romain ou la stratégie athénienne, le lituus, cette trompette au pavillon recourbé, en dépit de sa fonction qu'on dit initialement guerrière, accompagne semble-t-il des fonctions plus proprement civiles.

Toutes les républiques étrusques, du moins au V° siècle, sont oligarchiques ou aristocratiques. Les inscriptions, qui commencent alors à être assez nombreuses pour qu'on puisse esquisser un essai de "prosopographie", font revenir dans les mêmes familles les magistratures majeures avec une insistance significative. Il s'agit de républiques fermées, dont, de toutes manières, la base est toujours étroite. Mais il est clair que, selon les circonstances et les rapports de forces internes, le corps social peut être ouvert ou fermé. Pendant toute la période archaïque, tout le VI° siècle et sans doute les débuts du V°, l'assimilation des étrangers de haut rang a été aisée. Grecs, Puniques et même Celtes, Vénètes et Ombriens, peut-être Samnites en Campanie, trouvent place dans le cercle des gentes s'ils appartiennent naturellement par la naissance ou la fortune au monde de l'aristocratie de leur propre peuple. Les liens d'amitié réciproque, que l'on nomme parfois liens d'hospitalité, aident puissamment à cette intégration. Un Démarate en était l'exemple, mais l'onomastique montre que ces intégrations étaient nombreuses, comme d'ailleurs elles l'étaient, au même moment, à Rome. L'enrichissement conduit à l'élargissement des bases sociales de l'Etat ; les nouvelles couches que nous avons observées sont intégrées, certainement par nécessité, au corps civique des cités. Rome, où la plèbe (dans sa partie riche) accède au pouvoir, n'est que l'exemple célèbre de ce mouvement qui marque presque partout les débuts du V° siècle.
En revanche, un renversement des conditions économiques ou politiques, une fermeture des échanges peuvent conduire à un rétrécissement du corps social qui de plus accompagne souvent les grandes défaites militaires.
Le phénomène bien connu à Rome que les historiens italiens nomment la serrata del patrizio, et qu'on pourrait transcrire très librement par le "blocage social", est daté avec précision : l'arrivée de nombreux consuls plébéiens entre 509 et 486 est connue de tous, puis brutalement, à partir de 485, ceux-ci disparaissent pour un quart de siècle ; l'intégration de nouvelles familles dans le groupe actif de l'Etat est temporairement interrompue. A Rome, c'est l'épilogue d'une longue période de luttes sociales et le triomphe d'un statu quo oligarchique.
Ce courant conservateur semble avoir marqué également les républiques étrusques. Il est difficile d'en trouver la raison, toutefois, les circonstances internationales constituent sans doute la cause déterminante du phénomène.
Pendant tout le sixième siècle, les cités côtières n'ont cessé de s'enrichir grâce surtout au commerce maritime ; la conséquence sociale et politique de cet enrichissement fut l'élargissement du nombre des gentes aisées et le développement des tyrannies puis des républiques. Or l'une des conditions de cette prospérité était certainement l'alliance avec Carthage dont l'effet militaire et maritime s'était manifesté à la bataille d'Aléria, tandis que les dédicaces de Pyrgi en montrent la dimension religieuse et politique. On pourrait sans doute en retrouver trace dans les tentatives déjà évoquées autour des îles Lipari et il est certain que le premier traité entre Rome et Carthage, que la tradition historiographique romaine attribue en 509 à la république naissante, n'est que la reprise ou l'extension d'un traité entre Carthage et les cités étrusques méridionales, principalement Caere, dont les ports assurent assez largement le trafic romain. Ce sont donc les bonnes relations avec Carthage qui, indirectement, apportent les conditions d'une évolution politique favorable aux gentes nouvelles. Or, en 480, des forces carthaginoises viennent au secours du petit tyran grec d'Himère, appelées par un autre tyran grec, Anaxilas de Rhegion (Reggio di Calabria), qui se sentait menacé par l'extension des domaines de Théron, tyran d'Agrigente et de Gélon, tyran de Géla et depuis peu de Syracuse. Cette intervention de Carthage est sans doute motivée par l'intérêt évident que les Puniques peuvent tirer d'une alliance avec une cité du détroit. Mais la rencontre tourne en faveur de Gélon et de Théron qui défont les prétendus 300000 hommes d'Hamilcar ! Tandis qu'Agrigente et Syracuse en la personne de Gélon, triomphent en Sicile, la politique de Carthage est certainement contrée sur la côte nord de la Sicile et dans le sud de la mer Tyrrhénienne. Mais les Puniques, qui gardent leurs comptoirs siciliens, prennent leur parti de cet échec qui semble pour eux de peu de conséquence. Il n'en va pas de même des Etrusques qui perdent là une chance considérable de se faire ouvrir des routes qu'ils convoitent depuis longtemps.
La mort de Gélon laisse la place à son frère Hiéron. Celui-ci, soucieux de sa renommée, ne manque pas de faire établir un parallèle entre sa victoire et celle qui, la même année, dans les eaux de Salamine, libère Athènes et la Grèce des ambitions de Xerxès. Fort de cet exemple et désireux d'apparaître comme le champion de l'hellénisme occidental, il construit une flotte de trières qui est de loin la plus puissante à l'ouest.

La cité grecque de Cumes est, depuis quelques décennies, le champ clos de luttes sociales qui opposent des oligarques à un démos que le tyran Aristodème a su, semble-t-il, mettre à son service. Ses liens avec Tarquin le Superbe qu'il accueille après sa chute, et avec les cités d'Etrurie côtière, ses succès contre Porsenna et les cités de l'Etrurie intérieure, ont été l'occasion pour les Etrusques de la mer, ceux-là même qui ont fait fortune dans le grand commerce, de se réimplanter en Campanie et sans doute d'y mener une activité navale intense, à la fois marchande et corsaire, dans un climat qui politiquement leur convient. C'est certainement un moment de grande prospérité pour les cités étrusco-campaniennes comme Cales et Nola, peut-être même pour Capoue. Lorsqu'en 490, certainement à la suite d'une révolution oligarchique, Aristodème est assassiné, les choses se gâtent pour les Etrusques de Campanie maritime. Ils tentent sans doute de se maintenir, contre le gré des Cuméens, de profiter de l'affaiblissement temporaire de Rhégion, de se faufiler dans le détroit. Grâce à sa flotte toute neuve, Hiéron les anéantit en une seule bataille devant le promontoire de Cumes (474) et les Syracusains ne tardent pas à fonder Naples pour contrer à la fois Cumes et les villes campaniennes. S'en est fait de la puissance maritime étrusque dans le sud de la mer Tyrrhénienne, et, de l'île d'Ischia, une troupe et des navires syracusains interdisent ces parages aux Etrusques. Le temps est proche où, non contente de faire la loi dans les eaux méridionales, Syracuse va se lancer dans des croisières destructrices contre les intérêts étrusques au nord de la mer Tyrrhénienne. En 453 deux incursions navales syracusaines, commandées par les navarques Phailos et Apelle, visent des objectifs économiques étrusques : d'une part l'île d'Elbe, reconnue puis dévastée, d'autre part sur la côte orientale de la Corse qui est mise à sac. Ce sont peut-être les mêmes troupes de marine qui établissent, à la suite de leur raid, une sorte de tête de pont syracusaine dans l'île, que d'aucuns situent à Porto Vecchio. Les expéditions de ce type se reproduisent périodiquement, en particulier sous Denys l'Ancien qui porte le coup de grâce au sanctuaire de Pyrgi et au port international de Caere en 384.
La période d'enrichissement général avait coïncidé avec l'alliance carthaginoise et le grand commerce méridional. En Etrurie côtière le coup d'arrêt est immédiatement sensible : en moins d'une génération les tombes peintes de Tarquinia, diminuent de nombre et deviennent plus banales ; les nouvelles tombes riches de Caere qui avaient marqué la fin du VI° siècle cessent d'être creusées pour faire place à des hypogées beaucoup plus modestes ; les grandes constructions de temples des cités se ralentissent, les importations de vases grecs chutent si vite que la production céramique d'Athènes en semble ralentie. Politiquement, les aristocraties, fussent-elles élargies, se défendent frileusement en fermant l'accès de leur caste ; c'est, comme à Rome qui a peut-être fourni le modèle de cette réaction, la serrata del patrizio. Cette classe aristocratique pratique alors, presque par système, une thésaurisation cachée que Platon dénoncera dans l'Athènes du IV° siècle ; la richesse cesse d'être un outil de pouvoir et se dissimule sous une apparence de médiocrité, contribuant ainsi à une stagnation générale. Mentalement autant qu'économiquement, les descendants des hommes du large se transforment en notables ruraux et en rentiers du sol, comme le feront les patriciens de Venise à partir du XVI° siècle. De manière inévitable cette politique engendre, là où l'expansion rurale est impossible, des tensions grandissantes entre cités voisines et une montée des problèmes sociaux à l'intérieur de la cité. C'est probablement le cas à Caere. Quant à la prise de Véies par Rome, elle en est sans doute, nous le verrons, une des conséquences secondes.

De la victoire sur les Perses et de l'ouverture qui s'en suivit, Athènes venait de faire l'occasion d'une transformation de l'Etat, de la naissance d'une démocratie impérialiste qu'avaient préparée la tyrannie des Pisistratides et la révolution isonomique de Clisthènes. Inversement, la défaite de Cumes, en brisant tout espoir d'expansion maritime et en enfermant dans leur territoire les cités maritimes d'Etrurie méridionale, produit le résultat contraire ; le conservatisme apparaît comme le fruit de la récession.

Dans le domaine, immédiatement visible, de la production artistique, et de l'évolution des formes, le contrecoup est évident. En effet cette période, dans les grandes cités de l'Etrurie côtière, est marquée artistiquement par deux phénomènes qui se succèdent. Le premier, à l'aube du V° siècle, est le développement, à partir des données de l'archaïsme mûr, d'un style sévère particulièrement brillant, mais dont la vie intense, marquée par les splendides réalisations de la peinture tarquinienne, ne se prolonge guère après 460. Le second en revanche, sensible partout, mais surtout à Tarquinia et à Caere, est l'inexistence d'un langage classique, la sclérose des formules archaïsantes, la répétition lassante des thèmes et des techniques des années 460 et l'absence pratiquement totale des influences de la Grèce classique au moment même où celles-ci devraient apparaître. A la place de ce que nous attendrions et tenant lieu d'une évolution vers le classicisme, nous ne trouvons qu'une dégénérescence de l'archaïsme tardif qui semble en se sclérosant avouer qu'il a perdu le contact avec ses sources. Avant que n'y apparaissent les œuvres qui reflètent les expériences classiques qui ne naissent pas d'une évolution locale, mais au contraire d'une importation de formes, avant que ne se développe à l'aube du IV° siècle un classicisme déjà tardif, porteur d'admirables réussites, mais dans un contexte politique diffèrent et dans un monde dont l'équilibre a été une nouvelle fois complètement bouleversé par la défaite d'Athènes et la victoire de Syracuse, les cités côtières semblent privées des inventions vivifiantes du milieu du siècle. Il y a un hiatus, une pause, un passage à vide dans l'évolution naturelle des arts, qui n'est sans doute que l'effet naturel de la profonde secousse politique et militaire subie par les cités côtières.
Aussi, il est de tradition de parler de la "crise du V° siècle". Mais il serait légitime de se demander si le terme est approprié partout et non pas seulement là où nos sources sont les plus nombreuses (ou les plus étudiées), c'est à dire dans le domaine maritime et méridional.
Le conflit avec Syracuse et les Siciliotes est demeuré complètement étranger aux cités de la Val di Chiana ; ni Volsinies, ni Chiusi et encore moins les villes septentrionales de Perouse, de Cortone ou d'Arezzo ne semblent s'y être intéressées. Le temps des aventures méridionales semble terminé après l'échec du fils de Porsenna, Arruns, devant Aricie. Il demeure que des liens solides ont été noués avec les cités campaniennes, que Chiusi a certainement gardé des relations avec Capoue, dont la grande période de prospérité est précisément le second quart du siècle et que l'influence réciproque des cités intérieures s'est affermie. Si les villes de la côte affrontent sur mer les trières siciliotes, les soldats de Chiusi de leur côté ont probablement maille à partir avec des combattants grecs comme semble le suggérer un relief des années 475 provenant de Chianciano ; il est très probable que ces rencontres sont méridionales et se déroulent en Campanie. Mais les conflits sont certainement d'autant plus rares que les cités de l'intérieur se tournent de manière résolue vers le nord. Les voies intérieures de communications, qui certes ont toujours fonctionné, mais qui semblaient secondaires au temps de la prospérité et de la prépondérance des cités côtières, deviennent alors essentielles, et de 476 à l'effondrement d'Athènes en 411, Chiusi, Volsinies, Arezzo et Cortone, Perouse et Fiesole et tous les centres mineurs de l'Etrurie tibérine et de la Val di Chiana, profitent de cette chance nouvelle.
C'est en effet le moment où Athènes s'intéresse sérieusement au commerce occidental, en particulier par la mer ionienne et l'Adriatique. Nous ne percevons avec certitude cet intérêt politique d'Athènes qu'à l'occasion de la crise d'Epidamme et de Corcyre qui dégénère, à partir de 433 en un conflit entre Corinthe et Athènes, premier affrontement de ce qui va devenir la guerre du Péloponnèse . Mais cet intérêt se manifeste depuis longtemps. Lorsque éclate le conflit, Athènes a déjà posé de nombreux jalons dans les eaux occidentales. Les mieux connus se situent dans le golfe de Tarente, sur l'emplacement de l'antique Sybaris, rasée en 510 par sa voisine Crotone. Une expédition en 446, et surtout la fondation de Thourioi en 444 répondent à une demande des derniers habitants de ce qui restait de Sybaris. Cet emplacement avait été économiquement capital et Sybaris avait du sa fortune, qui était fabuleuse, à son rôle de point de départ des routes continentales vers l'Italie moyenne et de tête de pont des routes isthmiques permettant de court-circuiter le détroit de Sicile.

Mais Thourioi échappa très vite à la tutelle initiale d'Athènes qui ne parvint pas à tirer le bénéfice qu'elle devait escompter de cette fondation. Un autre demande, venue de Leontinoi et de Catane, les cités siciliotes non encore soumises à l'empire syracusain, et de Rhegion, toujours hostile aux prétentions insulaires sur le détroit, conduit aussi Athènes vers 440 à accorder son alliance à ceux qui tentent de résister à l'appétit de puissance des Syracusains. Mais elle ne trouve pas là de débouché économique ni de route maritime praticable, et la fermeture de fait du détroit doit avoir joué un rôle capital dans le développement d'un climat d'hostilité croissante entre Athènes et Syracuse. On peut admettre, mais hélas ! sans preuves définitives, que cette politique devait être favorablement accueillie par les milieux marchands et maritimes des cités d'Etrurie méridionale. Nous verrons plus loin qu'en tous cas le rapprochement eût lieu pendant l'expédition athénienne de Sicile. Les jalons posés par Athènes en mer Ionienne et en Sicile sont plus des essais que des réussites.
En revanche, au fond de l'Adriatique le port d'Adria puis celui de Spina qui lui succède en l'évinçant vers 48O, assurent des relations étroites avec la Grèce propre, essentiellement avec Athènes, relations qui, sur la côte tyrrhénienne, semblent presque interrompues. Un simple examen des importations de vases attiques dans la première moitié du V° siècle suffit à se convaincre de la disproportion des trafics. Ce sont en effet les cités de l'intérieur qui drainent ces importations et éventuellement les redistribuent.

Le processus d'enrichissement qui a déserté la côte fonctionne mieux que jamais dans les cités de l'intérieur et surtout à Bologne et à Spina dont les tombes montrent alors une rare opulence. Une visite au musée de Ferrare permet aisément de s'en convaincre : les plus beaux cratères attiques y voisinent avec des bronzes prestigieux fabriqués à Vulci et que les Vulciens d'alors sont pratiquement incapables d'acheter pour eux-mêmes !
Mais ces cités nordiques ne s'enrichissent pas seulement dans le commerce avec Athènes et dans les importations adriatiques : leurs intérêts dans la plaine du Pô sont également politiques. En effet, en dépit de l'enrichissement dont elles bénéficient, elles ne résolvent pas leurs problèmes sociaux par une redistribution des profits qui d'ailleurs ne semblent pas stimuler très vivement la vie des cités. La plaine du Pô, depuis l'aube du V° siècle, est devenue l'exutoire des classes moyennes ou des milieux ruraux en quête d'ascension sociale. C'est au sens moderne du terme, une colonie de peuplement pour les cités de l'Etrurie intérieure. On retrouve dans les inscriptions l'alphabet et les formes linguistiques de Chiusi ou de Fiesole, de Volterra, d'Arezzo et de Cortone, tandis que des noms propres, souvent attestés à Volterra ou à Chiusi apparaissent dans les inscriptions des bords de l'Adriatique ou des confins de Plaisance. Les problèmes sociaux trouvent dans cette immigration une solution ou plutôt un palliatif qui permet à l'oligarchie dominante de faire l'économie d'une réforme et d'éviter une révolution. A dire vrai, les nouvelles classes sociales doivent réclamer une part de pouvoir, mais cette réclamation est temporairement satisfaite par la politique nordique et l'appui militaire que les cités de l'Etrurie intérieure offrent à ceux des leurs qui tentent l'aventure au delà de l'Apennin.
Par l'intermédiaire de ces pionniers, des relations étroites et dans un premier temps, extrêmement fructueuses, se multiplient avec les populations non étrusques, avec les Ombriens certes, mais aussi avec les Vénètes, les Rhètes, les Ligures et surtout des Gaulois nouveaux venus dont les tribus s'implantent depuis un peu plus d'un siècle dans la plaine du Pô. Une "cohabitation", dans laquelle les Gaulois sont en position d'infériorité, semble avoir initialement existé. Mais les poussées migratoires qui suivent la grande crise hallstattienne accélèrent le processus et conduisent les Senons dans l'actuelle province des Marches qui prend dès lors le nom d'Ager gallicus, elles font descendre les Boïens, les Cenomans, les Insubres et les Lignons des cols alpins vers les riches terres qu'ils convoitent et finalement mettent en péril la domination des Etrusques sur le domaine de la plaine padane. La position des "colons" devient difficile, aventurée, dangereuse.
Les riches tombes de Bologne que nous évoquions tout à l'heure, sont extérieurement signalées par des stèles en forme de fer à cheval, décorées sur un ou plusieurs registres de scènes en bas-relief. Or, sur un grand nombre de ces monuments, qui datent du dernier quart du V° siècle, on voit apparaître des combats qui opposent un cavalier et un fantassin ou deux fantassins. Invariablement, l'un des combattants est un Gaulois, parfaitement reconnaissable à ses armes ou au port du torque caractéristique. Ces celtomachies témoignent, mieux que les données de l'historiographie, de la pression qui commence dès le milieu du siècle et qui ne se relâchera pas.
Une tradition, non vérifiable, mais vraisemblable, évoque une bataille entre les Etrusques et les Gaulois Bituriges sur le Tessin à l'époque de Tarquin l'ancien. Qu'elle soit exacte ou fantaisiste, elle entend témoigner du caractère invétéré de la pression gauloise et expliquer le mouvement constant qui aboutit à l'émiettement de l'Etrurie padane et à la chute de Mantoue vers 400, à la prise de Felsina par les Boïens en 350, à la coupure avec Spina, à la fermeture de cette soupape de sécurité qu'était pour la société oligarchique l'existence de riches terres vierges au delà de l'Apennin. La fin de l'Etrurie padane est, pour les cités de l'intérieur, ce qu'avait été pour les cités côtières la fermeture méridionale de la mer Tyrrhénienne : le signal et la cause de la récession, le début des grands déséquilibres sociaux, le point de départ d'une politique ultra conservatrice dont la règle sera la brutalité, et le remède la faiblesse.
La cité étrusque de Capoue connaît une évolution comparable, mais si accélérée qu'on pourrait presque la prendre pour modèle. Il est très probable que les relations directes avec les cités de l'Etrurie intérieure et en particulier avec Chiusi, se distendent après la bataille d'Aricie (506), s'estompent dans le quart de siècle où l'hégémonie romaine s'exerce sur la ligue latine après le traité qu'on attribue à Sp. Cassius et que l'on date de 493. Les populations samnites ont toujours été présentes aux portes mêmes de Capoue. Il semble très probable qu'à un titre ou à un autre, elles aient été intégrées à la vie de la cité, sans doute à un rang subalterne, en même temps que les oligarques grecs chassés de Cumes par la tyrannie d'Aristodème peu avant 490. Caton prétendait que la fondation de Capoue datait de 471, ce qui est en contradiction avec toutes nos sources. Sans doute faut-il placer plutôt à cette date l'arrivée des Samnites dans le corps civique de Capoue ce que suggéreraient d'ailleurs nombre d'inscriptions osques en alphabet étrusque. Le processus d'intégration s'accélère au fur et à mesure que les liens avec l'Etrurie se distendent. Un conflit interne éclate entre Etrusques et Samnites vers 438, sans doute de nature à la fois politique et foncier : les Italiques, comme dans toute l'Italie moyenne d'alors, comme les Eques et les Volsques, les Osques et les Lucaniens, réclament sans doute la possession de terres au sein de l'Etat campanien. En 423 (ou 421), l'ayant obtenue, ils s'emparent de Capoue et réduisent la communauté étrusque à une position subalterne qui lui fait perdre jusqu'à sa propre langue ; en effet les descendants des Etrusques ne nous sont plus connus désormais que par des inscriptions en osque ou ultérieurement en latin. C'est très exactement le même phénomène que celui que nous avons observé, s'étalant sur un siècle et demi, en Etrurie padane. Les conséquences en sont comparables. La Campanie en effet avait, dans les riches régions méridionales, joué, comme la plaine du Pô, le double rôle de terre de peuplement et de voie de passage du grand commerce. Les deux fonctions, pour des raisons différentes, mais en un moment relativement court, déclinent ou disparaissent, annonçant au sud ce qui allait devenir l'évolution générale.
La récession frappe d'abord, et plus durement, les cités côtières, mais, nous venons de le voir, celles de l'intérieur sont touchées à leur tour. Les conséquences sociales sont sérieuses et, pour certaines cités, décisives. On connaît à Rome le soulèvement d'Herdonios, un Sabin, qui avec toute sa gens, environ 4000 hommes, ses clients et "les plus hardis des esclaves", s'empare du Capitole en 460, dans un climat social tendu, alors que l'aristocratie la plus intransigeante s'oppose vivement aux revendications plébéiennes ; peu s'en faut que la plèbe romaine ne le suive ! Ce type de soulèvement, dont la gravité est bien montrée par Tite-Live (III, 16, 5) et Dion d'Halicarnasse (X, 14, 1), n'est certainement pas un fait isolé.

On ignore comment Lars Tolumnius a pris le pouvoir à Véies, mais il est certainement porté par une crise interne, Tite-Live mentionnant à cette occasion les désordres causés par les campagnes électorales. On ne sait pas non plus comment le roi ou le tyran qui règne sur Caere et qui, si l'on en croit une inscription de Tarquinia, est chassé par Aulus Spurrina, a bien pu prendre le pouvoir dans cette ville, mais il y a fort à penser que c'est à l'appel de classes défavorisées puisque c'est un représentant de l'aristocratie tarquinienne qui vient le détrôner. On ignore l'origine de la puissance de ce Lucumo de Chiusi, et surtout de cet Arruns qui guide les troupes gauloises en 390 (386) dans leur marche sur Chiusi, mais on ne fera croire à personne qu'une tromperie conjugale ou le désir de boire du vin (car ce sont là les raisons invoquées par nos sources) puisse engendrer l'invasion des Gaulois et on pressent un conflit entre deux hommes, portés eux mêmes par deux groupes économiques et sociaux, dont l'un a certainement quelque chose à voir avec le commerce du vin. Toutes ces séditions, qu'elles aboutissent ou qu'elles échouent, épousent des querelles intérieures d'origine sociale reposant sur des problèmes économiques ou fonciers et provoquées par les difficultés et les bouleversements de l'heure. A Rome même, la guerre privée que mènent les Fabii contre Véies, semble destinée à offrir des terres et des troupeaux aux clients de la gens qui paraissent en avoir besoin. La conquête de la première cité étrusque par Rome est d'abord un moyen de doter en terres de nouveaux citoyens et de répondre à leurs revendications ; un projet d'installation de toute la plèbe romaine à Véies ne voit-il pas le jour dans ces moments troublés ? En cette fin de cinquième siècle, les conflits internes et les crises sociales engendrent des révolutions que nous ne faisons que soupçonner, et des conflits militaires dont, cette fois, nous avons la preuve.

LES ALLIANCES ET LES CONFLITS.
Pour les cités méridionales, l'ennemi est évident : c'est Syracuse. On la rend responsable de la fin du grand commerce, même si des signes de fléchissement ont précédé ses coups. Elle frappe la Corse, l'Ile d'Elbe, et elle frappera peu après la guerre le sanctuaire de Pyrgi. Tout ennemi de Syracuse est un allié potentiel. Les cités grecques de Sicile qui lui résistent encore, mais surtout Athènes qui les appuie, peuvent demander l'aide de l'Etrurie maritime avec une chance réelle d'être entendues.
La demande expresse des Athéniens est donc bien accueillie, toutefois, semble-t-il, non pas par toute la confédération, mais par quelques villes seulement :
Pendant l'hiver (415-414), les Athéniens se transportèrent de Naxos à Catane, reconstruisirent leurs campements incendiés par les Syracusains et s'y installèrent pour la fin de la saison. Ils envoyèrent à Carthage une trière pour demander l'alliance de cette ville et tenter d'obtenir une aide. Ils envoyèrent également une députation en Etrurie où quelques villes promettaient leur concours. Thucydide. (VI,88,6).
Il semble que dans cette affaire, à suivre l'historien de la guerre du Péloponnèse, l'initiative du "concours" soit autant du côté des cités étrusques que de celui d'Athènes ! Il y aurait donc en Etrurie maritime un "parti" favorable à Athènes, une sorte de philatticisme qui n'attendait que cette demande pour intervenir, qui espérait sans doute un retournement de la situation, une réouverture méridionale de la mer Tyrrhénienne. On a voulu reconnaître ce philatticisme dans des peintures et des thèmes iconographiques de Tarquinia qui recèleraient des allusions à la geste de Thésée (ainsi dans la chasse au sanglier de la tombe de la Scrofa nera, la laie noire). Ce n'est nullement certain, mais parfaitement possible. Quant à savoir qui souhaitait le rapprochement avec Athènes, cela semble bien difficile. Il est improbable que cette sympathie pour la politique attique ait été dictée par un intérêt pour le régime démocratique d'Athènes : il semble au contraire que ce soit l'aristocratie conservatrice de Tarquinia qui appuie l'expédition de Sicile. C'est exclusivement la politique anti-syracusaine qui mobilise les énergies ; aussi bien d'ailleurs, Syracuse jouit à l'époque d'un régime démocratique...
L'aide fut modeste.
Trois pentecontores arrivèrent d'Etrurie. (Thucydide, VI, 103,2).
En fait, ces navires sont à cette époque des transports de troupes, aptes à convoyer et à débarquer des hommes en assez grand nombre. Le contingent étrusque doit se situer entre 150 et 500 hommes, c'est à dire qu'il est équivalent à ceux de Mantinée ou d'Argos.
L'intervention de ce détachement est un succès, mais à la mesure des moyens mis en œuvre :
La garde de cet endroit avait été confiée par les Athéniens aux Etrusques. Ceux-ci, à la vue de l'ennemi qui arrivait en désordre, se précipitèrent à sa rencontre, tombèrent sur les premiers rangs des assaillants, les mirent en fuite et les poussèrent jusqu'au marais nommé Lysiméleia. (Thucydide, VII, 53,2).
Les Athéniens dressèrent un trophée pour le succès remporté par les Etrusques qui avaient repoussé l'infanterie syracusaine jusqu'au marais. (Id. VII, 54).
Ce succès, pour limité qu'il ait été, est certainement apparu comme un fait d'armes considérable dont il se peut que cinq siècles plus tard les derniers représentants de la famille Spurinna aient encore tenu à perpétuer le souvenir. Un inscription en effet, qui date sans doute de l'empereur Claude, gravée sous une statue qui se dressait le long du temple poliade de Tarquinia, rappelait la carrière d'un membre de leur famille. On a pensé qu'il était le commandant de cette troupe victorieuse des Syracusains.
Velthur Spurinna
fils de Lars,
il fut deux fois préteur,
il commanda une armée
il en conduisit une autre en Sicile
; le premier de tous
les Etrusques, il fit traverser la mer
à une légion; de là lui fut donné un bouclier
et une couronne d'or, en raison de son courage.
On doit à la vérité de dire que dans cette inscription, l'identification de l'expédition de 414-413 est loin d'être assurée, et que certains estiment qu'il s'agit en fait de l'intervention aux îles Lipari, d'autres même de l'expédition d'Aleria.
Qu'importe d'ailleurs, ce n'est finalement qu'un détail. En revanche la participation des Etrusques des cités côtières méridionales au conflit sicilien est une certitude absolue. Que le contingent ait été de Tarquinia ou de Caere, voire de Vulci, qu'il ait été formé de combattants venant de plusieurs villes, ce qui est plus probable, qu'il ait été composé pour partie de mercenaires, ce qui est vraisemblable, il était porteur des espoirs des cités côtières en un retour à la thalassocratie ou plus simplement aux fructueuses expéditions de commerce et de course.
Rome ne semble pas concernée, nul n'a songé à lui demander d'aide; c'est que, confrontée à des problèmes sociaux et politiques, elle s'est engagée dans une série de luttes de voisinage qui lui font affronter Veies.
En cette fin de V° siècle, tandis que s'effondre l'espoir d'une revanche sur Syracuse, les cités du sud cherchent confusément une solution. Tarquinia et Vulci se lancent dans une exploitation systématique de l'arrière-pays un moment négligé et redonnent vie aux centres secondaires que les succès de la politique maritime avaient relégués dans l'ombre. Les petits centres se développent, les grandes familles vont y exploiter leurs domaines et y gérer les affaires locales : c'est par exemple le cas des Curunas de Tuscania. Caere, de manière moins voyante, agit de même et commence à escompter ce qu'elle pourra tirer de l'éventuelle défaite de Véies devant Rome.
A l'intérieur, après la prospérité du milieu du siècle, les effets de la pression gauloise se font sentir et la plaine du Pô devenant une terre fermée, les problèmes sociaux commencent à se poser. Il faut certainement songer à élargir le corps civique, à trouver des terres, à répondre aux demandes des couches sociales qui s'agitent et qui sont disposées à s'allier avec les étrangers dont il a bien fallu admettre la présence.
Partout, le contact avec le monde grec demeure étroit. S'il s'est relâché économiquement sur la côte, il s'est en revanche resserré politiquement et militairement à la suite des entreprises aventurées d'Athènes en Occident. En Etrurie intérieure, le contact n'a jamais été aussi étroit. Il ne semble pas que l'exemple démocratique ait eu un quelconque succès, mais il est certainement connu, surtout dans les couches sociales qui souhaitent accéder au pouvoir. Au contraire, le modèle aristocratique suscite l'admiration des classes aisées qui tentent de conformer leur mode de vie au style que proposent vers la fin du V° siècle les cercles fermés de l'aristocratie athénienne. Les banquets et les jeux, les vêtements et les pratiques sportives, le faste caché, mais réel, des "hétairies" attiques a gagné toute l'aristocratie étrusque, pour qui Athènes est devenue un modèle culturel, mais non politique, et un allié privilégié, soit stratégiquement en mer Tyrrhénienne soit économiquement en mer Adriatique.

La défaite et l'effondrement d'Athènes anéantissent en 411 les espoirs des uns et des autres. L'Italie se retrouve confrontée à elle-même.