JOURNAL DE L'ALN : 02
SOMMAIRE DU DEUXIEME NUMERO
- Editorial
- Le mot du Président de l'ALN
- Le mot du Directeur des Etudes
- L'annuaire
- Dossier : le KN en 1966
- Départ
- 60 ans de RUBIS
- Une expérience de la Yougoslavie
- Le mot du Père Potez
Vous pouvez également consulter le premier numéro du journal de l'ALN, ou charger le contenu de ce numéro sur votre poste au format Word, ou au format Texte.
EDITORIAL
Et de deux ! Nous ouvrons enfin avec une joie non contenue le deuxième numéro du "Carnet de Bord", le journal désormais habituel et régulier de l'ALN. Avec cette publication, nous avons l'ambition de créer ou, éventuellement, de recréer les liens entre les anciens et le Keuneu : nous voulons communiquer, toujours et sans cesse, avec le désir irresistible de proposer à tous les lecteurs des sujets dignes d'intérêt.
Vous l'aurez remarqué, nous avons fait de nombreux progrès depuis l'an dernier : les articles se sont multipliés, la diversité des auteurs s'est accrue, les champs d'intérêt se sont élargis, le niveau de satisfaction globale est -vraisemblalement- plus élevé. Tout est mieux, donc, pour répondre aux attentes ou aux espérances de tous.
Il ne faudrait pas, cependant, se détourner des faits : les améliorations réalisées sont le fruit de la collaboration de nos camarades dont vous verrez ci ou là la signature sympathique et courageuse. Nous tenons à leur adresser ici par cet intermédiaire à la fois impersonnel (hélas !) et solennel la reconnaissance de l'ALN et de tous leurs camarades qui bénéficieront de leur prose et des informations offertes. Un grand merci surtout à deux professeurs : Monsieur Foucher et Monsieur Leroux, qui nous ont longuement abreuvé de leur sciences respectives dans un remarquable esprit de camaraderie.
Reste à prolonger et à développer cette oeuvre : gageons que ce sera le souci de chacun d'entre vous, encouragés par les succès prometteurs de l'ALN et du Carnet de Bord ! Que la parole reste au peuple et que le peuple s'exprime !
Emmanuel Champetier de Ribes
Z an XXIX
LE MOT DU PRESIDENT
La parution de ce deuxième numéro du Carnet de Bord suscite en nous tous une grande joie et une vive émotion. Ah, les délices d'un petit voyage dans le temps, quel bonheur !
Parallèlement et même, pour être plus exact, concomitamment, l'ALN poursuit son développement. Nous gagnons en notoriété, en qualité, en volume, aussi. Notre horizon s'embellit chaque jour un peu davantage. Il faut dire que nous avons également bénéficié de l'élan d'enthousiasme suscité bien naturellement par le week-end anniversaire brestois célébrant les trente ans du Keuneu.
Il importe désormais de gérer ce potentiel nouveau qui s'est manifesté à nous : le dynamisme naissant de l'ALN doit être revigoré par des relais nombreux efficaces et variés symbolisés par l'action de chacun d'entre vous. L'avenir de l'ALN est entre les mains de ses membres : armez vous de bonne volonté, vous vous en régalerez vous-même.
Nous disposons de bases solides pour poursuivre notre construction : un journal, un annuaire, un site Internet, une base de données exploitable, des activités spontanées, des relations élargies...
Surtout, nous jouissons d'un atout de taille en la personne du CF Delaunay, le Directeur du KN : il ne manque pas, en effet, de bonnes intentions à notre égard, et sa collaboration est éminnement précieuse tant elle est essentielle et proposée dans un esprit de réelle sympathie. L'efficacité qui en résulte constitue l'assurance de notre épanouissement réussi, proche de nos sources et de notre intérêt.
Prenez du plaisir à lire ce journal et n'ayez qu'une obsession : manifester vos commentaires pour que nous puissions progresser, avec vous.
Emmanuel Champetier de Ribes
Z an XXIX
LE MOT DU DIRECTEUR DES ETUDES
C'est avec satisfaction que j'ai appris la préparation du deuxième numéro du journal de l'ALN. Avec sa prochaine parution, l'ALN démontre ainsi la persévérance qui l'anime dans ses missions importantes : prolongement des relations entre les élèves, les professeurs et les cadres, lien entre les générations... et rayonnement en dehors des murs du Lycée.
L'ALN vient également de démontrer récemment sa vitalité et son imagination : la commémoration du trentième anniversaire du Lycée naval, préparée pendant plusieurs mois avec les cadres du Lycée, a constitué une fête appréciée de tous les participants et atteint ses objectifs.
Stimulée par cet élan nouveau et exceptionnel, conforté dans son autorité et sa crédibilité, l'ALN dispose, cette fois, de tous les atouts pour réussir son oeuvre. Il lui faudra de la clairvoyance, de l'énergie et encore une fois, de la constance pour y parvenir. L'équipe réduite qui a en charge sa destinée ne manque ni d'idées ni de fougue ni encore de dévouement.
Je vous engage à la soutenir par le flot de vos inscriptions et à lui prêter main forte grâce à votre participation active permanente et à votre aide efficace sur le terrain où l'attendent de nombreuses tâches.
A l'époque de la construction de ses fondations, les quelques années à venir sont de toute première importance pour l'ALN. Sachons tous, grâce à l'enthousiasme et l'impulsion nés du renouveau de 1995 et du feu de 1996, nous engager en vue de construire du solide !
Le capitaine de frégate Jean-Jacques DELAUNAY
Directeur des études du Lycée naval.
Vous le réclamez à cors et à cris. Mais savez-vous ce que représente un annuaire ? Savez-vous comment nous réalisons le vôtre ?
- Pourquoi ? pour permettre à chacun de retrouver la trace de ses anciens camarades, pour rechercher des renseignements utiles sur les carrières, les emplois...
- Quand ? en janvier, si tout va bien.
- Comment ? imprimé sur les presses du CIN, comme l'ensemble de notre correspondance.
- Pour qui ? pour tous les adhérents de 1996.
- Quelle régularité ? tous les 3 ans. Pour l'instant nous n'avons pas les moyens de nous payer le luxe d'éditer un annuaire tous les ans, nous adoptons donc le rythme des affectations militaires.
L'annuaire prochainement publié est vraiment sorti des cendres : il provient d'une liste de noms établies artisanalement lors de la création de l'ALN et d'une recherche non moins artisanale dans les annuaires des principales écoles militaires. Des renseignements donnés par des anciens nous ont aussi permis de retrouver beaucoup d'entre vous. Le reste du travail a été réalisé par Bernard Sobra, notre camarade qui travaille chez Cap Gemini à Toulouse. Grâce à des requêtes construites à partir de notre base de données, il a pu retrouver les adresses de nos camarades enregistrées sur la page 11 du Minitel. Cette entreprise, capitale pour nous, a été rendue possible par le dévouement de notre camarade qui n'a pas hésité à mettre à notre profit ses compétences et les moyens offerts par son bureau. Un seul problème : La procédure employée consiste à retrouver l'adresse de toute personne en fonction de son nom et de son prénom. Deux limites, donc : les Anciens inscrits sur liste rouge n'ont pu être repérés ; nous avons pas mal de doublons (200 adresses possibles pour un même individu) liés aux homonymes. Donc, continuez à nous renseigner sur les Anciens dont vous pourriez retrouvez la trace, continuez à nous envoyer des adresses : nous pourrons avancer nos recherches.
Emmanuel Champetier de Ribes
Z an XXIX
DOSSIER : LE KEUNEU EN 1966 - PAR LE CV(H) SIDO
Les premiers "Flottards" du Collège Naval se sont retrouvés un beau matin de septembre 1966 au deuxième étage de bâtiments pharaoniques dont la restauration venait enfin de s'achever, nous emménagions dans du neuf. Ces bâtiments orgueilleux avaient été conçus pour l'Ecole navale.
Après la condamnation du Borda (1913), la Baille s'était installée à Lannion, une solution d'attente qui allait durer jusqu'en 1936 : an raison de la guerre de 14-18 et aussi de quelques atermoiements, la construction des nouveaux bâtiments sur le plateau des "Quatre-Pompes" n'avait commencé qu'en 1929 et l'Ecole n'y a finalement fonctionné que de 1936 à 1940. Après la dernière guerre, ces bâtiments furent délaissés ; ils étaient certes fort endommagés et édifiés au contact d'une zone dont l'urbanisation avait commencé, mais on disait aussi que certaines vieilles barbes déconseillaient vivement l'installation des bordaches dans un cadre aussi majestueux : il valait mieux que les élèves fussent maintenus hors de portée des tentations de la Cythère brestoise et exilés dans un site plus propice à la réflexion et à l'étude En vérité, abandonner le choix initial, c'était surtout faire table rase sur le passé : après avoir été portée à un niveau qu'elle n'avait jamais atteint, la Marine française avait dérivé vers le destin dramatique que nous connaissons. Il fallait cautériser cette plaie. Or, qu'on le veuille ou non, l'Ecole navale est un symbole ; l'installer à cet endroit, c'était entériner une décision d'envergure prise avant la guerre et donc donner quitus sur ce point à un passé globalement discrédité.
C'est ainsi que le site de l'hydrolyse du Poulmic fut finalement retenu.
Cette palinodie peu glorieuse a tout au moins permis d'éviter les aléas d'une reconstruction précipitée : l'architecte qui avait conduit la construction de l'Ecole navale de Georges Leygues, Monsieur Maurice, fut également chargé de diriger sa réhabilitation qu'il réalisa avec un soin scrupuleux, allant dit-on jusqu'à imposer aux entreprises de rechercher les pierres dans les carrières qui avaient servi pour la construction. Une fois remis en état, cet ensemble immobilier put abriter un certain nombre d'écoles de la Marine réunies en un "Centre d'instruction naval" qui, au reste, ne souffre aucunement des inconvénients qui avaient été mis avant. Le "Collège naval" y trouva aussi sa place et nous nous y installâmes un beau matin de septembre 1996. Nous étions une petite quinzaine ayant connu des tribulations diverses : le sous-groupe dominant provenait de "Saint-Charles", prestigieuse "boîte-à-curés" de Saint-Brieuc qui venait de saborder sa vénérable "Flotte d'ESTREMAU".
Candidats à l'Ecole navale, on nous avait offert un avant goût de nos rêves : depuis les sabords de nos batteries, nous avions une vue imprenable sur la rade, le cuirassé RICHELIEU (alors embossé à l'épi de Lannion), la flotte au mouillage ; nous pouvions admirer les manoeuvres des bâtiments sur rade, les voir embouquer les passes puis le goulet pour disparaître derrière le Portzic. De plus, notre installation était plus que convenable : à l'époque, la plupart des internats offraient des aménagements bien plus spartiates et il n'était pas courant d'y trouver des locaux bien chauffés et bien éclairés, des sanitaires propres et bien agencés, de l'eau chaude aux robinets, des sièges sur les cabinets, etc.
Enfin notre encadrement était d'une courtoisie insigne ; confronté à une entreprise sans précédent et pleine d'embûches, ne voulant rien compromettre, il s'est gardé d'agir de manière tyrannique ; la justice voudrait qu'on lui rend hommage aujourd'hui. Le commandant était le capitaine de vaisseau Liberge, le directeur, le capitaine de frégate Champvallain, notre chef d'escouade, le lieutenant de vaisseau Tramson, notre adjudant, le premier-maître Le Stum, notre chef de groupe, le maître Le Hénaff ; tous ces messieurs croisaient les doigts pour que al première croisière annuelle de l'établissement ne s'achève pas en naufrage. Ils n'en eussent pas été que modérément responsables puisque, cette année là, le corps professoral n'étant pas encore tout à fait complet, nos cours de mathématiques, de physique et de chimie avaient été "sous-traités" au lycée brestois de Kérichen où nous retrouvions ce qui restait encore de la "Flotte Portzmoguer dit Primauguet". Cette situation nous contraignait à d'interminables et homériques allers et retours quotidiens en bus dans une ville où les voitures particulières étaient encore clairsemées ; autant dire que ce que nous appelions déjà le "Keuneu" (en l'écrivant toute fois d'une manière moins académique) nous servait principalement de cantine, de salle d'étude et de dortoir ; par la force des choses, nous n'avions que peu de contacts avec les autres élèves (que nous avions surnommés les "gouyots"), y compris avec nos "fils" qui disposaient d'un corps professoral complet dont Monsieur Merrien, dit le "père la Schloum", transfuge du Prytanée militaire d'où son surnom l'avait suivi. A la fin de cette première année, peut-être à la faveur d'une baisse transitoire mais bienvenue du niveau des écoles militaires, le désastre redouté n'eut pas lieu : trois ou quatre d'entre nous furent admis honorablement à l'Ecole navale, d'autres durent se contenter de l'Ecole de l'Air.
L'aventure pouvait continuer.
Dominique Sido
CV(h)
DEPARTS
Pierre Auffray
Cela fait trois ans que Pierre Auffray est parmi nous, succédant à Larbi Djeddari. Il avait quitté les coteaux ensoleillés du sud de la France pour venir dans les brumes et le vivifiant crachin breton, initier les élèves de Math. Sup. aux subtilités de l'algèbre et de l'analyse. Nous avons tous apprécié son sérieux et sa discrétion tels que ce n'est que par hasard en le rencontrant à Orly que j'ai appris qu'il faisait partie du Jury de l'agrégation interne. Malgré cette charge supplémentaire, il exigeait beaucoup et obtenait beaucoup de ses élèves. Nous qui les recevions ensuite en Math. Spé. n'avions qu'à nous en réjouir... Il retourne maintenant vers les rives de la Méditerranée, au Lycée Antonin Artaud à Marseille où il obtient une Spé. TA et rejoint enfin sa famille.
André Baumy
Voilà 28 ans (depuis Septembre 1968) qu'André Baumy est au Lycée Naval. Professeur de terminale depuis de nombreuses années, il a passé l'agrégation interne en 1991. Nous savons ce que représente, pour quelqu'un déjà engagé dans la vie active, la préparation d'un concours. Les élèves l'ont ignoré, car il les faisait travailler avec sa rigueur coutumière. Peut-être certains l'ont-ils trouvé dur, mais il connaissait les exigences des classes préparatoires et atténuait grâce à la qualité de sa préparation, la brutalité de la transition entre le secondaire et elles. C'est aussi pour faciliter cette transition qu'il a rédigé, en collaboration avec un des anciens professeurs du Lycée, Michel Bonnaud, un ouvrage sur les méthodes mathématiques pour préparer les élèves à la Math. Sup. (Je crois savoir que cet ouvrage a eu beaucoup de succès!) Toutes ces activités ne l'empêchaient pas de continuer à accomplir des périodes annuelles de réserve (puisqu'il est maintenant frégatton), et de faire des cours dans d'autres établissements. Il est nommé professeur de Math. Sup. à Sainte Anne (à Brest).
Monsieur Le Coz
Comme le temps passe vite ! Et déjà, Monsieur Le Coz, notre célèbre et sourcilleux proviseur-adjoint, s'apprête à se diriger vers de nouveaux horizons plus détendus et plus calmes. Son départ en retraite, qui aura lieu au moment de Noël, traduira assurément la fin d'une époque que beaucoup d'Anciens ont connue. Nul en effet ne fut dispensé de quelques visites de courtoisie préalables à des mercredis après-midis ou des samedis plus studieux que prévus... Ou alors, pour déplacer un devoir avant des vacances. Mais Monsieur Le Coz n'était pas seulement notre interlocuteur privilégié pour écouter nos suppliques, il était essentiellement le véritable organisateur de la vie quotidienne du KN, avec ses exigences propres qu'il savait manier à la perfection : il était l'interlocuteur de tous, à l'écoute des problèmes et des difficultés de chacun, tant des professeurs que des élèves. Et ses interventions régulières garantissaient un équilibre décisif au KN. Signe de sa personnalité très exceptionnelle, son poste ne sera pas soumis à remplacement. Son départ laissera assurément un grand vide qu'il sera difficile à combler, car nous aimions tous notre proviseur-adjoint et nous lui devons beaucoup.
Cher Monsieur, nous vous souhaitons d'apprécier ces moments de détente qui s'offrent à vous, et sachez que nous conserverons à votre égard toute la reconnaissance que votre travail nous doit de vous valoir.
SOIXANTE ANS DE RUBIS
Il n'est pas simple de rédiger un article pour le premier numéro d'un bulletin nouveau1, dont l'identité n'est donc pas encore affirmée. De surcroît, comment faire pour modestement contribuer à la croissance de l'Association des Anciens du collège puis lycée Naval ? J'ai choisi de répondre à cette question par l'exemple, tout d'abord de contribution par le biais de cet article, et ensuite par le sujet traité.
J'ai eu l'honneur de prendre le commandement de l'équipage bleu du sous-marin " RUBIS " le 30 mai 1996. L'une de mes premières obligations de commandant fut d'assister le 18 juin 1996 à une cérémonie très particulière au Mont Valérien, clairière désormais historique où périrent de nombreux Français de tous âges, par ce qu'ils avaient simplement choisi de défendre leur pays, avec ou sans uniforme.
Un rapide retour en arrière s'impose. Après avoir été basé à Cherbourg puis Bizerte, le sous-marin mouilleur de mines RUBIS est placé aux ordres de l'Amirauté britannique en avril 1940 afin d'effectuer des patrouilles en mer du Nord et des mouillages de mines sur les côtes norvégiennes. En opérations au moment de l'armistice ce sous-marin est la première unité navale à rallier les FNFL avec la quasi totalité de son équipage : seuls trois des 48 membres d'équipage demanderont à rentrer en France. Le RUBIS, première unité combattante décorée de la croix de la libération dès 1941, effectuera à partir des ports britanniques 28 patrouilles de guerre entre 1940 et 1945.
Quarante et un ans plus tard, afin de pérenniser l'Ordre de la libération dont les compagnons vivants sont chaque année moins nombreux, Monsieur Jacques CHIRAC, Président de la République, instituait une fourragère spécifique, aux couleurs de l'Ordre. Cet insigne particulier sera désormais arboré par tous les militaires servant au sein des différentes unités décorées. C'est à ce titre que soixante ans de RUBIS participaient le 18 juin 1996 à cette cérémonie annuelle au Mont Valérien, cette fois doublement exceptionnelle : tout d'abord, par le simple fait de cette première remise de la nouvelle fourragère aux différents commandants d'unités, mais plus encore par la présence des anciens du vieux RUBIS, ceux qui avaient mérité cette récompense collective.
Cette manifestation a ainsi permis de réunir deux périodes de navigation et d'opérations sous-marines, certes bien différentes, mais malgré tout très similaires par l'état d'esprit des individus tout comme leurs principales préoccupations dans la conduite d'un sous-marin. Elle m'a permis de comprendre que de telles opportunités, loin de constituer de simples réunions d'anciens et futurs anciens, auxquelles les individus accordent souvent peu d'intérêt, permettent bien au contraire d'échanger de multiples idées et constituent un facteur d'enrichissement personnel pour le moins appréciable.
Je pense que l'association des anciens du lycée naval peut, à une autre échelle et d'une autre manière, s'inspirer de cet exemple simple. Cette association a végété pendant de nombreuses années et semble aujourd'hui prendre un nouvel essor. Elle concerne tous ceux qui passent ou sont déjà sont passés par cette école. Ce passage n'a bien souvent simplement constitué qu'une transition entre deux autres étapes d'une formation professionnelle et il peut paraître difficile de motiver les individus pour cette courte phase de leur vie.
Et pourtant, la multiplication des contacts et de l'échange des expériences et des idées ne peut qu'apporter force, expérience et enrichissement à tous ceux qui y contribuent. Ainsi, loin de constituer une " association d'anciens combattants ", expression à la connotation aujourd'hui malheureusement péjorative, l'A.L.N. peut devenir un carrefour d'échanges entre ceux qui ont choisi de poursuivre, à l'issue, une carrière militaire et ceux qui ont opté pour le monde civil. Alors, je souhaite modestement que ce bulletin vive le plus longtemps possible et soit toujours plus riche de la diversité des expériences et informations communiquées par chacun de ses membres : que la simple lecture de ces quelques lignes puisse inciter d'autres à prendre leur plume !
PERRENNES
Capitaine de Vaisseau
UNE EXPÉRIENCE DE LA YOUGOSLAVIE
J'ai eu la chance de partir en opérations extérieures du 18 juillet au 27 novembre 1995 dans le cadre des Nations Unies comme officier Transmissions au sein du 5° Bataillon d'Infanterie. Ce dernier était stationné dans les Monts IGMAN, au sud de SARAJEVO, avec une compagnie dans TITO Barracks, au centre de SARAJEVO.
L'arrivée en BOSNIE par la route, le 19 juillet, nous causa le premier choc, même si l'on s'y attendait : villages détruits, impacts de balles, ponts effondrés... Nous sommes parvenus ensuite au pied de la piste logistique d'IGMAN que nous avons empruntée en VAB, précédés par les camions poubelles verts donnés par la ville de PARIS, spectacle incongru à nos yeux de nouveaux arrivants. Mais les Serbes ne l'entendaient pas ainsi et ce fut donc sous les tirs de canons de 30mm que nous avons atteint les hauteurs d'IGMAN, sans mal, excepté pour les VAB et la cantine d'un adjudant chef, malencontreusement arrimée sur le toit d'un véhicule...
Je suis donc arrivé à l'hôtel IGMAN, incendié par les Serbes, qui servait de PC Bataillon et où j'allais passer le reste du mandat. Je me suis mis au travail dans la foulée, avec un passage de consignes d'une journée avec mon prédécesseur, car ce n'était pas peu de choses que de maîtriser les réseaux trans et la diversité du matériel en place, dont les systèmes ONU, ( le VSAT, le central Ericsson, les Motorola...) que je découvrais sur place. Après des débuts très studieux, les choses se sont calmées, me permettant de faire le tour des postes du Bataillon, d'autant plus facilement que je bénéficiais d'une liberté de mouvement appréciable. En outre, je me raccrochais parfois à l'officier de liaison, ce qui m'a permis d'avoir des contacts directs avec les parties en présence. Je fus amené à travailler avec les PTT Bosniaques, ainsi qu'avec la société américaine TELEDATA, et la possession de l'anglais s'est avérée une aide précieuse, voire indispensable.
De façon plus générale, j'ai eu la chance de faire un mandat à cheval sur deux périodes : nous avons vécu la situation bloquée, avec des contrôles interminables aux check-points, les descentes sur SARAJEVO en empruntant la tristement connue piste LOG, mettant 6 heures pour parcourir 30 km, et cause des décès au sein du Bataillon. Puis avec l'arrivée de la Brigade Multinationale et les frappes aériennes, la liberté de mouvement fut restaurée. Si j'ai pleinement apprécié l'ambiance détendue de la popote du Chef de Corps, j'ai pris la mesure du travail opérationnel en ambiance interarmes, voire interalliés avec les Britanniques et les Hollandais de la BMN. Le mandat que j'ai vécu, c'est une multitude de souvenirs anodins : c'est l'abbé Pierre dont on découvre la présence en allant se raser, ce sont les sourires et les signes de la main des petits Bosniaques, Serbes ou Musulmans. C'est aussi le spectacle des avions attaquant des objectifs près de SARAJEVO, ce sont aussi ces visites dans SARAJEVO qui apprécie les Casques Bleus sans leur Frag et leur casque. C'est cette affaire de chien écrasé chez les Serbes par un véhicule ONU, c'est le chocolat partagé avec l'ingénieur Bosniaque travaillant sur la ligne SARAJEVO MOSTAR. C'est aussi, fait qui peut paraître irréel, les lieutenants du Bataillon, dont moi, qui ont même fait un repas que nous pourrions qualifier de gastronomique dans un restaurant serbe d'HAZDICI, , à la surprise il est vrai, des miliciens eux-mêmes qui s'y restauraient également ...
Avant de partir, nous avons pu goûter les joies du domaine olympique, sans les sports, puisque le froid et la neige furent au rendez vous, la température chutant à -30°. Il est vrai que nous étions à 1250m d'altitude, et que SARAJEVO, contrairement aux apparences, se trouve quand même à 800m au dessus du niveau de la mer. En outre, on découvre l'importance vitale du déneigement et la vanité de cette tâche, qui doit être recommencée sans cesse. Je garde donc un excellent souvenir de cette expérience, tant sur le plan professionnel que celui des rapports humains, loin de la grisaille du quotidien banal...
NAVILLE
Lieutenant
Chers amis
Voilà bien longtemps que je vous promettais ces nouvelles, que je suis enfin en mesure de vous donner.
Une fois de plus, je suis obligé d'employer ce moyen très impersonnel pour répondre à quantité de lettres ou de cartes, et de messages téléphoniques, auxquels je suis dans l'impossibilité de répondre individuellement. J'en suis d'autant plus désolé que j'ai un grand désir de garder un contact personnel avec chacun, mais je dois y renoncer cette fois encore. Je sais que vous ne m'en voudrez pas, et que ceux qui désirent un mot plus personnel reprendront contact à partir de maintenant.
A partir de ce mois d'octobre 96, je serai aux côtés du Père Mansour Labaky, que beaucoup d'entre vous connaissent déjà, pour développer avec lui le mouvement, ou plutôt la famille spirituelle, qu'il a fondée il y a quelques années, et qui s'appelle "Lo Tedhal", ce qui dans la langue du Christ -l'araméen- signifie "Ne crains pas"... Beau programme n'est-ce pas ?!...
Cette "Association de Fidèles", reconnue canoniquement ce 1er octobre 1996 par Mgr Pican, évêque de Bayeux et de Lisieux, pour le service de la famille et de l'éducation dans et par la famille, voudrait rassembler, au coeur de l'Église, tous ceux qui ont choisi de prendre au sérieux cette consigne impérieuse du Christ : "Ne crains pas !", répercutée en échos par le Pape depuis bientôt 20 ans à travers le monde... et ces tout derniers jours chez nous, avec quelle puissance, quelle gravité et quel enthousiasme !
Cristallisé au début autour du Foyer que le Père Labaky a fondé à Douvres (tout près de Caen) pour des enfants orphelins de guerre libanais, Lo Tedhal, qui a vocation universelle, a commencé à prendre un peu d'extension, en France surtout. Je participerai donc maintenant, et pour le temps que Dieu voudra, à sa structuration et à son extension.
Pour le service de cette mission, j'ai été, à ma demande, détaché de la communauté Saint-Jean. Et c'est à ce titre en particulier que, en accord avec mes supérieurs, je porterai désormais le Clergyman : vous ne serez donc pas étonnés, lors de nos prochaines rencontres, de ne plus me voir pour le moment dans l'habit gris que vous me connaissiez.
D'autre part, bien que ce soit Mgr Pican qui me reçoive dans son diocèse, en même temps que Lo Tendhal, c'est avec le plein accord du Cardinal Lustiger que je garderai ce bureau à Paris, passage Piver, où vous pourrez me contacter désormais.
Cette importante étape dans le cours de mon ministère m'a permis de faire une longue retraite, dont je remercie la Providence. Croyez bien que je n'ai oublié, durant tout ce temps, aucun d'entre vous ! Confiant dans l'avenir et sûr de l'aide et de la protection de l'Immaculé, je bénis chacun et chacune, avec toute mon amitié et mon affection,
Père
François Potez.
5
passage Piver
75011 PARIS
fax : 01 49 29 02 57.
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: Bernard SOBRA Copyright © 1996
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