Sur un petit nuage....
LE TRENTIEME ANNIVERAIRE
1966 - 1996
AU KEUNEU, le samedi 12 - dimanche 13 octobre 1996
Nous sommes tous particulièrement heureux de pouvoir vous retrouver en ce week-end où nous célébrons les trente ans de notre bon vieux Keuneu. Quelle joie et quel bonheur de se réunir afin de revivre ensemble ces moments forts et émouvants bercés dans un cadre somptueux, orchestrés par des traditions importantes fondées sur les valeurs de la jeunesse, du respect et de l'amitié.
Le Keuneu nous rouvre ses portes, après trente ans d'existence et de navigation sur les eaux impétueuses de l'éducation. Des tables, des chaises, des tableaux noirs parsemés de cours de profs ou de graffiti d'élèves, des chambres jonchées par des détritus échappés d'une poubelle renversée par un "Master", des oreillers diminués de volume à la suite d'une altercation amicale et sportive, des couloirs inondés par des lances à incendie capricieuses. Voilà qui nous rappelle à tous ces années passées ici, sous le prétexte de la schtâcke fétide, à padger dans le fond de la classe devant un tableau noirci par d'incompréhensibles calculs savants, à lancer ses copies ingrates sous forme de boulettes de papier afin de vérifier les lois empiriques de la balistique sur la tête des polards du premier rang, à imiter lâchement les mimiques pédagogiques de nos professeurs enrubannés dans d'inséparables blouses blanches à l'épreuve de la poussière et, surtout, de notre ignorance menaçante, à préférer, nuitamment, les plaisirs des fameuses bastons de polars meuh-peuh ou supra-infra aux doux rêves, tant recommandés, emprunts de Pythagore, d'Huygens-Fresnel et autres intégrations de séries entières, ou, enfin, à rêver d'horizons meilleurs, plus vastes, peuplés ci et là d'uniformes plus seyants ...
Vous le remarquerez, le Keuneu a un peu changé, mais l'esprit est resté le même, cet esprit si particulier autour duquel se sont bâties nos amitiés les plus belles, nos années les plus folles. Redécouvrez donc avec enthousiasme le lieu de votre séjour et vos amis qui nous ont rejoints.
Nous fûmes plus de six cents à nous retrouver ce matin là. L'air était doux, le ciel clair. Le temps nous était clément, les dieux complaisants nous souriaient, tous les éléments convergeaient complaisamment en un vaste sourire de bienvenue. Certains avaient commencé la fête le vendredi soir, profitant de l'hospitalité gracieuse du KN. Les autres arrivèrent le samedi matin, de bonne heure, afin de profiter davantage de la journée si justement prometteuse.
Il faut saluer la grande mobilité de nos Anciens, et leur persévérance remarquable à honorer notre invitation : la plupart venaient bien sûr de Brest ou de la région bretonne (Lorient, Rennes...), mais nombreux étaient aussi ceux qui s'étaient déplacés de bien plus loin encore : Paris, Metz, Toulouse ! Honneur et bravo à eux, qui ont témoigné le grand intérêt qu'ils portent au KN et, de facto, à notre cause commune.
La journée commença par un amphi de présentation ; un moyen comme un autre de vous réadapter à l'univers qui embaumait les rêves et les délires de nos plus folles années : celui du KN, de la shtâcke fétide, des cours magistraux, des démonstrations aussi abstraites qu'absconses ! En introduction de cette grande et belle journée, le CV Bertrand, commandant du CIN, accueillit très aimablement les Anciens, ses hôtes de trente ans et d'un jour, en leur souhaitant la bienvenue en ce lieu que nous retrouvions tous avec délices : le CIN nous fit en effet la grande amitié de nous recevoir en grandes pompes. Voyons donc la suite. Au cours de ce retour aux sources profondes devenues même inhabituelles, nous pûmes écouter d'abord le Capitaine de Frégate DELAUNAY, Directeur des Études du LN, présenter en détail le KN sous toute sa splendeur. Ainsi, après avoir dignement accueilli les Anciens et les avoir alertés des mutations plus ou moins sensibles que les uns ou les autres risquaient de rencontrer au gré de leur visite, notre hôte retraça les grands axes de fondation du KN à partir des bases jetées par ses prédécesseurs jusqu'aux plus récentes évolutions structurelles et pédagogiques. Le discours insista largement sur la reconnaissance que nous devions accorder aux créateurs du plus beau lycée du monde : dès le début, chacun, à son niveau, avait étudié dans ses moindres détails les éléments à prévoir pour la réussite de cette entreprise atypique. Et depuis 1966, on ne pouvait constater qu'une stupéfiante régularité dans le souci de perfection de l'établissement chez les différents cadres qui se sont succédés à la barre de notre vaisseau. Replaçant le KN dans son contexte historique (d'un point de vue administratif), le Directeur nous amena à une réflexion sur la situation présente. De toute évidence, beaucoup de choses avaient changé : du nombre de classes à leur répartition en passant par les différentes restructurations pédagogiques traversées par le KN depuis 30 ans -dont la toute dernière réforme des classes préparatoires (voir l'article de monsieur Leroux à ce sujet)- mais il demeurait tout aussi certain que le temps avait conservé sinon magnifié les valeurs d'excellence et de franche camaraderie développées par une vie de communauté harmonieuse dans un cadre porteur de travail et de traditions. Soyez donc rassurés, l'esprit est sauf, l'essentiel perdure. Le directeur eut ensuite des mots bien sympathiques concernant l'avenir du KN et
celui de la toute nouvelle ALN : l'un et l'autre veillant mutuellement sur leur petite amie, nul doute que l'on pouvait envisager le futur dans la certitude d'une coopération efficace et particulièrement utile pour chacun. Devant une assistance peuplée essentiellement d'anciens élèves, le CF DELAUNAY invita chacun à se parer de l'énergie et du courage nécessaires afin de développer l'initiative récente destinée à promouvoir le rayonnement du KN en resserrant les liens entre ses différents hôtes, et de poursuivre avec dynamisme et enthousiasme le chemin déjà tracé sur la voie du succès.
La parole revint ensuite à monsieur Lefort, ancien proviseur du KN, lequel rendit à nouveau un hommage vibrant à ces personnes qui avaient réussi à créer un établissement de renom dans des circonstances et dans un environnement peu banals. Il salua aussi l'effort accompli par les différents cadres du KN qui ont donné à ce lycée très particulier une telle envergure. Il se félicita enfin que l'on puisse désormais compter sur un développement des liens entre les Anciens, cadres ou élèves.
Le Président de l'ALN tâcha de fournir quelques renseignements sur l'association sans pour autant tenter de dépeindre une fresque exhaustive de l'historique, de la situation et de l'avenir de l'ALN (lire "des nouvelles de l'ALN") : après avoir pourtant largement abreuvé l'assistance exceptionnellement disciplinée de discours divers, les orateurs successifs ne sont pas parvenus à étancher une soif et une faim inextinguibles. En fait, les Anciens semblaient plus préoccupés par leurs estomacs douloureux que par la manne intellectuelle qu'on leur offrait. Ah, chers professeurs, vous connaissez bien cela... (que c'est dur d'être incompris)
Déjeuner
Depuis cette matinée, seul l'enthousiasme délirant du retour aux plus belles années se lisait sur les visages souriants et gais. La pose déjeuner, qui traduisait également la fin de l'amphi, ne fit que revigorer encore davantage la joie et le bonheur de chacun.
L'après-midi
Le début d'une après-midi déjà bien entamée était offert à la discrétion de chacun, afin que les Anciens puissent vaquer à leur bon gré dans les antres somptueuses de notre mère nourricière. Les Anciens purent ainsi retrouver (ou même les trouver, pour certains) leurs salles de padge de classe, verser une dernière larme nostalgique sur le lit qu'ils occupaient naguère... Les anciens flottards se réjouirent aussi de lire à nouveau des cahiers bien particuliers où est consignée leur mémoire. Il ne fait pas de doute, non plus, que les réflexes d'antan revinrent bien vite, avec toute la splendeur de leurs motivations spirituelles (n'est-ce pas Sobra, Grégoire, Jestin ???). Et puis, c'est tellement vrai, c'est con un padge bien fait, de l'eau dans un lavabo... Ah ce que l'on peut se marrer quand-même au KN, aujourd'hui comme hier !
Après avoir visité en long et en large les murs rénovés de notre bon vieux KN, un match de rugby livra aux règles du sport les élèves opposés à leurs vénérables anciens. Il fut presque émouvant de voir se rencontrer si amicalement plusieurs générations d'élèves, toutes restées plus fraîches que les autres. Il était particulièrement plaisant de compter dans l'équipe des Anciens certains, plus vénérables que d'autres, qui avaient connu les premières heures du KN (toute chose étant égale par ailleurs, Grégoire, entre autres...) se donner au jeu avec un même enthousiasme et une énergie égale. Honneur à eux qui se sont mouillés et ont regagné leur jeunesse !
Cérémonie
La suite se distinguait, pour quelques instants en tout cas, par un élan plus solennel. En effet, nous nous livrâmes en fin de journée à une cérémonie militaire prestigieuse et imposante. Devant une assistance d'Anciens et de conjoints de tout âge et de tout grade, les élèves constituaient un fier bloc face à leurs aînés et au hall Tourville. La garde du drapeau était présente, bien sûr ; torses bombés et plumes au vent, les élèves de la garde avaient fière allure. Deux élèves, un garçon et une jeune fille, présentèrent à l'assemblée manifestement émue les raisons d'une telle cérémonie, et situèrent le KN dans son contexte à la fois social et exigeant, rappelant l'impressionnant palmarès des réussites scolaires à tous les niveaux. Après la présentation au drapeau -celui de la TVTHTP Flotte Guépratte, bien sûr- le Directeur puis le Commandant du CIN inspectèrent les troupes et rendirent les honneurs au drapeau. La Flotte défila devant ses pairs, les Khûbbes en tête, avec les bretelles en évidence sur leurs torses puissants. Le Commandant salua les vocations des Anciens au service de la Patrie, nées ou épanouies dans cette atmosphère forte en traditions. Il dévoila ensuite avec le Directeur une plaque commémorant ce trentième anniversaire.
La Messe
Après l'hommage militaire vint l'hommage religieux. La messe du trentième anniversaire était dite dans la chapelle du CIN à la mémoire de nos camarades disparus. La célébration, sous la présidence du Père Le Hénaff, Aumônier du CIN depuis bientôt huit ans, rassembla le Père ret et le Pèrereg, deux anciens Aumôniers du CIN, ainsi que notre camarade, le Père François Potez (qui est rentré dans les ordres après avoir reçu son troisième galon de louffiat. Lire son article dans "que sont nos amis devenus"). Préparée de longue date avec un sérieux et un enthousiasme remarquablement efficaces, la messe, très belle, gaie et priante, fut chargée de beaucoup d'émotion mêlée dans sentiment de joie et de bonheur. Les premières félicitions reviennent de droit aux élèves qui ont préparé si bien cette cérémonie, et plus particulièrement à la chorale qui enchanta -pour ne pas dire séduisit (elle était mixte...)- l'assistance.
Le diner
Notre devoir était ainsi effectué. Restait tout de même à ripailler gaiement : il fallait bien se remettre de cette longue journée, forte en événements de tout genre. Et puis avoir trente ans, ça creuse ! Mais notre âge et la circonstance participant à la dignité de la fête, la traditionnelle "rampe", lieu de toutes les courses de sprint avant les repas (et d'inénarrables bastons de bouffe), s'effaça devant les fastes de la salle Richelieu. L'apéritif y fut servi, donc, en présence de tous les hôtes qui participaient à l'événement : en première ligne -les plus nombreux et les moins discrets- les Anciens auxquels se mélangèrent joyeusement des élèves invités par le KN. Le repas, sous l'autorité du Commandant du CIN et des plus anciens de nos Anciens, se déroula dans la joie des retrouvailles bercées au rythme harmonieux et adéquat de la musique des équipages de la Flotte, qui nous accordaient là un très beau concert de chambre.
La nuit
La fin de soirée, conforme aux samedis soirs tradis, ne pouvait se dérouler dans un lieu aussi prestigieux et décent que le KN. Nous retrouvâmes donc le chemin habituel de "Brest-même". Notre premier arrêt fut au Vauban, restaurant mythique où se déroulait la fin du reps des intégrés (lire "le Keuneu aujourd'hui"), puis, la nuit s'acheva au gré des enthousiasmes festifs de chacun, à une heure plus ou moins avancée de la matinée.
Dimanche
Le lendemain matin, une vingtaine d'anciens se retrouvèrent pour déjeuner dans un restaurant de Brest, essentiellement des élèves des trois dernières promotions des écoles militaires, ainsi que l'inséparable bande des trois mousquetaires : Sabran, Grégoire, Jestin (au fait, comme ça, en aparté, si vous les avez connus au KN, pourriez-vous nous dire un peu comment ils étaient ces gars-là ?). L'après-midi était laissée au choix de chacun : certains purent visiter des bâtiments de la Marine nationale. Deux possibilités de choix étaient offertes aux volontaires : visiter le Latouche-Tréville ou la Jeanne. A bord de la Jeanne, bateau mythique s'il en est, le Commandant, notre camarade le CV Sifantus, nous fit les honneurs de ses appartements privés agrémentés d'un délicieux champagne. Hum... merci ! Puis tout le monde regagna ses pénates, le coeur joyeux et satisfait, revigoré par tant de souvenirs revécus et d'allégresse. Chacun gardera de ce superbe week-end un souvenir ému.
Conclusion
Tout n'était peut-être pas encore parfait, mais pour un début (organiser les 30 ans du KN après seulement un an d'existence) c'était déjà pas si mal. Et puis, c'est promis, la prochaine fois, ce sera encore mieux ! Mais soyez-en intimement convaincu : plus vous vous impliquerez, mieux nous ferons les choses. Alors aidez-nous à préparer pour les 40 ans la plus belle fête que vous n'avez encore jamais vécue.
A très bientôt, pour les quarante ans ...
Emmanuel Champetier de
Ribes
Z an XXIX
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REMERCIEMENTS
La réussite de ce week-end fut le résultat de la collaboration efficace et compréhensive des cadres du CIN qui nous ont réservé un accueil particluièrement chaleureux. En particulier, nous adressons nos sincères remerciements à :
Ce week-end a aussi été rendu possible grâce à l'aide essentielle de nos camarades :
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